Critique: Quand vient la nuit

 

 

The Drop

De Michael R. Roskam

Avec Tom Hardy, James Gandolfini, Noomi Rapace, Matthias Schoenaerts

Etats-Unis -1h46 – 2014

Rating: ★★★★☆

Quand vient la nuit

Bob Saginowski est barman dans le « drop bar  » de Brooklyn, bar où les mafieux viennent blanchir l’argent des paris sportifs les soirs de matchs, que possède son cousin Marv, ex-caïd et légende du quartier. Mais un soir, des braqueurs font irruption dans le bar et s’emparent du pactole des mafieux tchétchènes…

The Drop/Quand vient la nuit, c’est un peu au cinéma ce qu’un super groupe est au rock: la réunion d’une dream team dingue, le genre de projet à foutre des étoiles dans les yeux dès son annonce même. Ce super groupe, c’est un réalisateur européen ultra prometteur , Michael R. Roskam (Bullhead, nommé à l’Oscar du meilleur film étranger), un scénariste 5 étoiles, l’écrivain Dennis Lehane (Mystic River, Shutter Island) et un casting d’acteurs (pas de stars, de vrais acteurs) avec le quatuor parfait Hardy/Rapace/Gandolfini/Schoenaerts.

Les romans de Dennis Lehane épousent bien souvent les codes du roman noir, revendiquant un certain réalisme dans son traitement des affaires mafieuses. Quand vient la nuit n’échappe pas à cette règle, posant un regard quasi-naturaliste sur ses personnages, montrant l’influence inéluctable du quartier sur la destinée de ses habitants.  Ce quartier, Michael R. Roskam sait parfaitement le saisir par l’objectif de sa caméra, ce calme apparent qui couvre pas mal d’activités louches, ces rues où la rumeur est aussi tenace que la fausse semblance. Le réalisateur belge cadre au plus près de l’intimité des protagonistes avec la même précision et la même virtuosité qu’il capte les rues, les bâtiments, offrant de jolis plans séquence et de belles idées de mise en scène (le jeu de miroir dans le bar), rendant les uns comme les autres vivants.

A la manière de Cormac McCarthy avec Cartel, Dennis Lehane donne à son script une narration très romanesque, axée davantage sur la construction des personnages et à leurs interactions que sur l’action pure, l’intrigue de fond (contrairement à ce que montre la bande annonce). Car ce qui intéresse le plus Lehane, c’est de dresser ce portrait, celui de ces vies, de comment leurs actions passées influent sur leur présent, faisant d’eux ce qu’ils sont et déterminant ce qu’ils feront. Néanmoins, et c’est là la grande force du film, l’intrigue policière  se construit en filigrane, sans même que le spectateur n’en ait réellement conscience avant la fin, comme on peut le retrouver dans certains romans, comme Mystic River et même en un sens, Shutter Island. Cette construction atypique en fait un film atypique, un polar au style bien particulier et définitivement bien reconnaissable, celui  incroyablement classe de M. Lehane.

Porté par un casting dingue et une réalisation classieuse, Quand vient la nuit tire davantage sa particularité de  l’incroyable sens de la narration de l’écrivain qui signe son scenario. Portrait quasi-naturaliste de Brooklyn et de ceux qui l’habitent, le film demeure un polar singulier, atypique dans sa structure, appuyée par le sens aigu de composition et de mise en scène de Michael R. Roskam.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.