Monsters Under The Bed Petite histoire du mort-vivant : Du zombie haïtien à l’infecté…

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« L’Enfer des zombies » de Lucio Fulci (1979)

Nous allons nous intéresser dans ces quelques pages, mon très cher lecteur et ami, aux origines de la créature, car, contrairement à ce que nous pourrions penser, le motif du zombie est assez ancien et ses premières occurrences peuvent paraître relativement éloignées de ce à quoi nous assistons actuellement dans les salles obscures… Preuve que le mort-vivant est une figure éminemment durable, en constante transformation et, nous le verrons dans quelques lignes, s’adapte de manière plus que pertinente au monde qui l’entoure, à ce qui en constitue les idées les plus sombres, les aspects les plus anxiogènes. Pour procéder à ce qui ressemble à un historique du monstre, je m’appuierai sur l’ouvrage récemment paru de Maxime Coulombe, sociologue et professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université de Laval au Canada, Petite philosophie du zombie. En effet, celui-ci voit principalement trois temps qui scandent l’histoire de la figure du zombie, et ce découpage, quoique non-exhaustif, rend compte d’une manière particulièrement claire de la dimension presque symptomatique du zombie comme excroissance putride et douloureuse des craintes d’une époque, qui à la manière d’une tumeur, semble même nous avertir, nous mettre en garde contre quelque-chose de plus profond qui, insidieusement ronge de l’intérieur notre monde, notre société. Rappelons qu’au sujet de l’étymologie du terme monstre, nous pouvons considérer le latin monstra qu’il est raisonnable de traduire par signe manifeste. Un signe manifeste, au sens où le monstre avertit, prévient, sous-entendu de quelque-chose : le zombie incarne à la perfection ce rôle.

Ce que propose Maxime Coulombe est, pour reprendre la terminologie de Gilles Deleuze, de s’interroger sur l’étrange  »force » qui anime, semble donner vie à la figure, la maintient à travers le temps et lui permet de muter, de se transformer de manière à ce que celle-ci semble toujours terriblement actuelle et en même temps profondément ancienne.

Les trois temps, les trois marqueurs qui attireront donc notre attention sont les suivants : nous partirons tout d’abord à Haïti et ses zombies esclaves des prêtres vaudous, puis nous nous arrêterons en 1968 lorsque Georges Romero investira le mythe pour mieux le transformer radicalement, enfin, nous découvrirons le zombie post-11 septembre 2001 à l’aube d’un nouveau genre, le film d’infectés.

 

"Vaudou" de Jacques Tourneur (1942)

« Vaudou » de Jacques Tourneur (1942)

Le zombie haïtien

Les histoires de zombies semblent avoir pris une place très importante dans le folklore haïtien. L’étymologie du terme zombie est incertaine. Certains voient une proximité avec le français  »les ombres », cependant l’origine africaine demeure la plus vraisemblable : le  »mvumbi » congolais renvoie à un individu en état de catalepsie, le terme  »nvumbi » en Angola à un corps privé d’esprit, le  »zanbibi » au Ghana, au Togo, et au Bénin à une créature jaillissant des entrailles de la nuit. C’est principalement grâce aux recherches ethnologiques occidentales opérées en Afrique noire que le zombie peu à peu gagne du terrain et prend pied notamment en Europe. Haïti semble le cas le plus intéressant. En effet, le mythe qui s’y joue soulève et cristallise plusieurs éléments : l’esclavage forcé, et la résurrection chrétienne. Certains prêtres vaudous, les bokors, drogueraient des individus avec un venin paralysant appelé  »coup de poudre » (dans certains ouvrages on trouve des théories qui attribueraient ce venin au poisson-lune). Dès lors, l’individu sous emprise de la substance se trouverait dans un état de mort apparente. Après l’enterrement, le prêtre profanerait la sépulture et procéderait à un rituel pour faire sortir le non-mort de sa tombe. Celui-ci, zombifié, sans-âme, n’aurait d’autre choix que de subir l’esclavagisme du prêtre, de travailler au champ, de procéder inlassablement aux tâches ménagères.

Dans certaines légendes, l’état de zombie n’est pas incurable, une dose quotidienne du venin est nécessaire pour que le prêtre conserve l’individu sous ses ordres, sans cela il retrouverait ses esprits, son esprit. Ce mythe du zombie vaudou apparaît à un carrefour historique assez bouleversant : l’esclavage forcé imposé par les colons occidentaux mettant pied en Afrique noire et l’avènement de la religion catholique, elle aussi violemment imposée à la population haïtienne par les missionnaires. Le zombie constitue l’excroissance cauchemardesque de l’esclavage perpétré par les colons (qui constitue déjà, lui-même, un cauchemar intolérable). Le zombie apparaît comme l’expression mythologique de la dépersonnalisation absolue du sujet, il n’est plus pour l’autre qu’un corps, qu’un outil, qu’un moyen d’obtenir certaines fins. Il devient la marionnette d’individus particulièrement malintentionnés. De plus, l’individu vidé de sa substantifique moelle, privé de son discernement et de sa volonté ne peut plus se révolter. D’autre part, le débarquement violent de la religion catholique constitue une peur profonde chez le sujet : comme le prêtre vaudous, le prêtre catholique brise la limite entre la vie et la mort, le zombie incarne la relecture haïtienne inquiète de la résurrection du Christ, mythe chrétien encore une fois imposé par les colons. C’est cette version, si l’on peut dire, du mythe du zombie qui va traverser la Méditerranée et l’Océan Atlantique au XIXe siècle et progressivement contaminer le folklore occidentale. Le zombie va devenir peu à peu une figure du fantastique incontournable de la littérature au cinéma, de The Magic Island de William Seebrook en 1929 au White Zombie de Victor Halperin avec Bela Lugosi en 1932, ce dernier reprenant de manière extrêmement fidèle le mythe haïtien.

 

"Zombie" de George A. Romero (1978)

« Zombie » de George A. Romero (1978)

George A. Romero : La Trilogie des morts

En 1968, George A. Romero réalise le séminal Night of the Living Dead, œuvre qui va littéralement bouleverser la représentation du zombie au cinéma bien loin de celle jusqu’alors connue, héritière du mythe haïtien, à tel point que bien plus qu’un monstre, c’est un genre tout entier qu’il va créer. Le zombie haïtien, nous le vîmes, possède deux particularités : il s’agit d’un vivant que l’on prendrait pour un mort, et celui-ci est soumis aux ordres d’un individu mal intentionné responsable de son état cataleptique. Chez Romero, la créature à l’inverse devient un mort qui semble vivant, et celle-ci pourrait-on dire, est affranchie de toute autorité supérieure. Le zombie erre dès lors sans réel but, mimant inlassablement les gestes d’un quotidien qui n’est plus. Une seule chose le tire de son état apathique : son double (pour reprendre une terminologie freudienne), l’être humain, le vivant, sa proie qu’il dévore goulûment. Du fait qu’il est mort, le zombie romerien se décompose lentement, ses chairs pourrissent, il est troué de toutes parts, il est mutilé, dévoré en partie. Il est un être profondément surnaturel qui est l’œuvre et l’instrument d’une volonté mystérieuse dont le plan demeurera inconnu cependant, il ne semble soumis à aucun maître. Quelque chose d’extraordinaire, d’inhumain a ramené ces hordes de cadavres en putréfaction à la vie, les morts se sont levés de leur tombe par on ne sait quel prodige, leur conscience cependant a été escamotée, désormais, ils sèment l’horreur et cette dernière ne semblent avoir aucune finalité sinon purement et simplement la destruction. Contrairement au zombie haïtien qui, empoisonné par un de ses semblables, est peut-être susceptible de guérison, la condition de zombie chez Romero est une fatalité qui n’accepte pas d’issu. Dès lors une seule solution s’offre aux survivants : expédier de nouveau leurs assaillants de là où ils viennent et où ils auraient dû rester en détruisant leur cerveau.

Autre caractère que Romero attribue à son zombie, le cannibalisme, ou tout du moins ce que nous considérons comme tel, car comme il le signale par la voix du docteur Rausch dans le deuxième épisode de la trilogie originale des morts[1] soit Dawn of the Dead en 1978, il s’agit d’une nouvelle espèce ; or le cannibalisme s’exerce entre les individus d’une même espèce (et les zombies ne se dévorent pas entre eux), c’est pourquoi, pour être plus précis, dans la mythologie romerienne nous parlerons plutôt d’anthropophagie. Dès lors, c’est un véritable état de guerre qui s’instaure entre vivants et morts (mais aussi entre vivants et vivants), les morts dévorant et transformant le camp adverse pour survivre et remplir ses rangs. Cette guerre totale,  »de tous contre tous » (pour reprendre les termes de Thomas Hobbes lorsqu’il théorise l’état de nature), se joue au cœur d’un monde dévasté : la trilogie originale à ce titre décrit la déchéance progressive du monde, des prémisses de l’invasion des morts-vivants (Night of the Living Dead) à son apogée (Day of the Dead), où les survivants, toujours plus rares, sont cachés sous terre et tentent de trouver une solution pour guérir un mal qui ne semble admettre aucune échappatoire, et surtout pour donner un sens à une survie qui, le temps s’égrainant de manière infernalement lente, ne semble plus en avoir… Les protagonistes des trois films ne sont jamais les mêmes, les héros d’aujourd’hui ne seront certainement pas ceux de demain, la victoire est éphémère et le dénouement inévitable, l’apocalypse est partout et pour tous : rien ni personne n’est épargné !

DAY OF THE DEAD

« Le Jour des morts-vivants » de George A. Romero (1985)

C’est ce contexte apocalyptique qui fait aussi la spécificité du travail de Romero, ce sont autant de portraits de survies violentes et finalement vaines qu’il dépeint avec une radicalité rare, c’est à un questionnement abyssale sur le sens de la vie dans un monde qui sombre de plus en plus dans le chaos qu’il nous convie. Les humains survivants confrontés aux attaques de féroces créatures anthropophages vont voir peu à peu se révéler leur véritable nature, les rapports sociaux vont se dégrader à vitesse grand V, la thématique certes apparaît galvaudée mais entre les mains de Romero va résonner d’une manière particulièrement pertinente et efficace. En lien avec ce climat d’apocalypse, on ne peut que toujours songer à l’aspect profondément religieux de cette fin du monde : chez Romero pas de virus, pas de contamination par la morsure à proprement parler, les morts non enterrés reviennent à la vie, c’est aussi simple que ça ! Les cadavres abandonnés sans sépulture décente en peu de temps se relèvent et attaquent les vivants : le mode de transmission du  »mal » est donc totalement surnaturel, nous pourrions l’assimiler au châtiment divin, au jugement dernier.

 »Quand il n’y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre… »[2]

D’une certaine façon, en ce qui concerne Romero nous n’en saurons pas beaucoup plus sur l’origine des résurrections. Face à pareille situation, il n’entretient d’ailleurs que peu de suspense : elle ne peut définitivement pas être arrêtée par des moyens humains. Même si en 1968, le final de Night of the Living Dead semble esquisser un retour à l’ordre, en réalité, Dawn of the Dead prouve que tout cela ne constituait que le calme avant la tempête. Cette idée de punition divine de nos sociétés occidentales va progressivement évoluer, et le zombie deviendra peu à peu contagieux : dans les années 70-80, il apparaît comme une métaphore pertinente et dérangeante de l’individu atteint du Sida, irrémédiablement condamné à mort et à la contagion de son prochain.

 

"28 jours plus tard" de Danny Boyle (2002)

« 28 jours plus tard » de Danny Boyle (2002)

Zombies et infectés

Le début des années 2000 (et ce surtout à la suite du 11 septembre 2001 bien sûr, traduisant les craintes à l’encontre d’une nouvelle forme de terrorisme ayant recours aux armes bactériologiques) voit naître un nouveau sous-genre quoique celui-ci finalement existait depuis déjà bon nombre d’années sans avoir été réellement catégorisé, Romero faisant aussi figure de précurseur en la matière dès 1973, soit avant même sa trilogie des morts, avec son Crazies (La Nuit des Fous Vivants) narrant les événements étranges et violents survenant dans la petite ville d’Evans City après qu’un avion militaire transportant une arme bactériologique expérimentale se soit écrasé dans les environs, déversant son contenu dans la rivière qui alimente le patelin en eau… Les habitants peu à peu contaminés sombrent dans une folie meurtrière incontrôlable et finissent par mourir laissant derrière eux de nombreuses victimes. Dans 28 jours plus tard (2002) de Danny Boyle et sa séquelle 28 semaines plus tard (2007) de Juan Carlos Fresnadillo, la pandémie débute par le sauvetage perpétré par des activistes d’une association de protection des droits des animaux de singes ayant subi d’obscures expérimentations. L’acte héroïque va très vite tourner au drame : ils seront les premiers contaminés par une épidémie particulièrement brutale de rage !

C’est finalement à une autodestruction de l’Occident à laquelle nous assistons : la science occidentale et ses dérives auront donné naissance à des créatures finalement inférieures qu’il ne convient donc pas de surmonter puisque celles-ci sont plus faibles, mais qui pousse au contraire l’homme à donner le pire de lui-même. Ce ne sont pas les hordes de zombies qui mèneront à la destruction totale de l’humanité, mais l’humanité elle-même qui, incapable de s’unir face au cauchemar, aveuglée par des valeurs individualistes, des problématiques narcissiques, va progressivement se précipiter dans le gouffre. Le film d’infectés donc explosant dans les années 2000, ne diverge pas tant des bases imposées par Romero, cependant, là où les zombies n’était jusqu’alors animés que par une faim gargantuesque de chair humaine, l’infecté semble, comme chez Cronenberg, souffrir de troubles que l’on pourrait apparenter à une forme de rage extrêmement virulente : perte progressive du langage, délires, nervosité extrême, production d’une très grande quantité de salive et de larmes (sanglantes), accès d’ultra-violence, contamination par la salive et le sang, donc la plupart du temps par les morsures… L’anthropophagie cependant n’est plus une caractéristique nécessaire.

"Rec" de Paco Plaza et Jaume Balaguero (2007)

« Rec » de Paco Plaza et Jaume Balaguero (2007)

La saga espagnole Rec de Jaume Balaguero et Paco Plaza (dont le quatrième et dernier opus a fait son apparition en salle il y a quelques temps) constitue une hybridation intéressante entre les deux approches : les zombies sont contaminés par une étrange infection encore une fois très proche de la rage, mais celle-ci a une origine surnaturelle, les infectés deviennent alors à proprement parler des possédés mais la possession démoniaque prend une forme épidémique, elle est contagieuse, se répand et mute comme un virus, en résulte donc une véritable pandémie. Scientifiques et militaires main dans la main s’octroient alors les pleins pouvoirs. Il est à noter que le militaire et/ou le scientifique en combinaison stérile dont le visage est dissimulé sous un masque à gaz devient avec l’avènement du film d’infectés un motif esthétique très puissant en même temps qu’un croque-mitaine particulièrement retord qui apparaît sur de nombreuses affiches de film alors que les zombies, dont il est question dans les lignes du synopsis, n’y figurent pas (prenons pour exemple le Crazies de George A. Romero et son intéressant remake réalisé par Breck Eisner en 2010) : il est finalement le véritable ennemi, celui qui nous terrifie parce qu’il est, contrairement aux zombies, fort, armé, détient tous les pouvoirs, tous les droits lorsqu’il instaure la mise en quarantaine, y compris celui de tuer. Il est en quelque sorte le bras armé de la raison scientifique aussi immorale soit-elle, capable donc du pire pour exterminer la menace (qu’elle a elle-même créé).

 

Des revenants…

Le fantôme incarne la figure moderne du revenant, le zombie en constitue la révision post-moderne. Pourquoi le fantôme revient-il hanter les vivants ? Son retour parmi nous a pour finalité une réparation, une ré-articulation : c’est le lien entre la vie et la mort en tant qu’ordre symbolique qui a été mis à mal. C’est avant tout une place que recherche l’individu décédé dans une mémoire, place qui lui revient de droit et donc qui lui convient de prendre. On meurt deux fois, une fois dans la réalité, l’autre fois symboliquement ; le fantôme condamné à revenir dans la réalité afin de hanter ses proches l’est donc pour une raison précise : sa restauration dans la mémoire symbolique. Le fantôme se manifeste dans un contexte précis, sans ce dernier il n’a aucune raison d’être : il faut nécessairement que le passage de la vie à la mort soit normé de manière on ne peut plus claire afin que ses conditions puissent être violées, justifiant le fait qu’elles doivent être restaurées en la personne du fantôme ayant subi par là un préjudice symbolique qui mérite réclamation et réparation si l’on peut dire. The Complex projeté il y a deux années de cela en compétition au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer marquait le grand retour du réalisateur japonais Hideo Nakata au Kaïdan eiga : l’héroïne est hantée entre autre par l’esprit d’un vieil homme qui s’avérera être son voisin décédé depuis peu dans l’indifférence et l’oubli. Elle est la seule à l’avoir entendu grattant désespérément le mur de sa chambre, appelant un secours en vain… Elle le libérera de sa condition, les visions cesseront, dès lors qu’elle retrouvera son cadavre dans son appartement lui offrant ainsi une place dans une mémoire.

"The Complex" de Hideo Nakata (2013)

« The Complex » de Hideo Nakata (2013)

 

 »Si une violence -physique, symbolique- a dénoué la ritualité de la mort, le fantôme n’aspire qu’à son remaillage. Il défend le passage de la vie à la mort, et de la survie d’une mémoire ; il protège le fil reliant le passé au présent et au futur. »[3]

 

Donc en conservant cette frontière entre vie et mort de manière étanche, le fantôme protège le monde des vivants. Le zombie au contraire brouille, comme nous l’écrivions plus haut au sujet du mythe haïtien, la limite entre la vie et la mort : soit il apparaît comme un vivant semblant mort soit comme un mort semblant vivant. Il est finalement à la fois mort et vivant et en même temps aucun des deux : il est mort-vivant, un oxymore qui n’a pas réellement de sens sinon celui de concilier deux termes inconciliables. De la même manière le vampire, Nosferatu[4], est non-mort mais cela ne veut pas pour autant dire de lui qu’il est vivant : comme le zombie il est à la fois mort et vivant et en même temps aucun des deux. Le vampire pourrait d’ailleurs constituer une troisième figure du revenant à la fois brouillant la frontière entre la vie et la mort, atteint d’un mal qui le ronge et le condamne pour sa survie à s’adonner à l’anthropophagie (un mal profondément religieux, une malédiction somme toute) et ce dernier peut aussi choisir de contaminer ses victimes du même mal. Notons au passage que dans l’excellente saga cinématographique Blade[5], adaptation de la série de comics éponyme de la Marvel, le vampirisme est présenté comme une maladie, plus précisément une sorte d’arbovirus[6] donc extrêmement contagieux lors de la succion sanguine. Finalement le vampire tout comme le zombie est autant un signe manifeste traduisant les angoisses d’un temps donné, le motif se transforme au gré des craintes d’une époque pour les incarner au mieux. Une triple problématique vient cependant le distinguer radicalement des deux autres types de revenant : séduction, sexualité et amour ; mais de cela, il sera question, mon très cher lecteur, dans un prochain épisode !

Naughty Bear

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[1] Ce que nous appelons la trilogie originale des morts de George A. Romero est composée de : Night of the Living Dead en 1968, Dawn of the Dead en 1978, Day of the Dead en 1985. L’année 2005 marquera vingt ans plus tard le retour de Romero au genre qu’il a créé, retour certes beaucoup moins inspiré mais certainement pas inintéressant avec le futuriste (et là est le principal problème) Land of the Dead. En 2008, il opère un véritable retour aux sources de sa saga en narrant de nouveau les prémisses de l’invasion sur un mode found-footage, malheureusement Diary of the Dead malgré ses très nombreuses qualités s’avère bien trop artificiel pour susciter un engouement total. Enfin, en 2009, il achève sa descente aux enfers avec le vraiment pas terrible si ce n’est pire, Survival of the Dead, traduit en français Le Vestige des Morts, adaptation dans la langue de Molière plutôt pertinente pour une fois, puisqu’il s’agit pour les inconditionnels dont je fais partie de contempler avec tristesse les vestiges du génie de Romero qui semble aujourd’hui avoir presque définitivement disparu…

[2] Georges A. Romero, Dawn of the Dead, 1978

[3] Maxime Coulombe, Petite philosophie du zombie, PUF, Paris, 2012, p. 90.

[4] Nosferatu est traduit à tort par Bram Stocker lui-même de la manière suivante :  »non-mort ». Cependant, Nosferatu viendrait en fait du roumain nesuferitu que l’on pourrait traduire par  »l’innomable » au sens où ce terme était utilisé dans les campagnes pour ne pas nommer Satan. Nesuferitu pourrait provenir du grec nosophoros signifiant  »porteur de contagion ».

[5] Nous considérerons ici les deux premiers épisodes Blade de Stephen Norrington (1998) et Blade II de Guillermo Del Toro (2002) et non le troisième réalisé David Goyer, excellent scénariste des précédents volets de la saga, mais piètre metteur en scène, son Blade Trinity en 2004 est honteux d’indigence et de bêtise.

[6] Soit classiquement un type de virus ayant pour vecteur de transmission les arthropodes suceurs de sang tels que les tiques et les moustiques.

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.