La Hard Science en 10 films

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 La Hard Science, ou Hard SF, ce n’est pas quand le porno hardcore s’invite dans la science-fiction. Non, c’est plutôt quand la science impose rigoureusement ses lois au récit. Bref, c’est la SF qui sait de quoi elle parle ! Dans ce dossier, vous trouverez 10 œuvres SF reposant sur des données ou hypothèses scientifiques toujours d’actualité. N’ont donc pas été retenues les œuvres du genre plus axées sur les implications philosophiques ou écologiques de leur argument SF (Solaris, THX 1138, Silent Running, Blade Runner, A.I. etc), les vieux films reposant sur des connaissances encore trop fraîches pour l’époque (les ambitieuses productions 50’s de George Pal comme Destination… Lune! et Le Choc des mondes), les trips mêlant science et New Age (les films de Darren Aronofsfy ou Mamoru Oshii) ou les films qui racontent n’importe quoi avec le plus grand sérieux (le néanmoins fort sympathique Sunshine).

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LE PRESTIGE de Christopher Nolan (2006)

LE PRESTIGE

« Ceci n’est pas de la magie mais de la science » déclare Hugh Jackman à son auditoire (il est prestidigitateur) avant de rentrer dans la machine à téléporter que lui a fabriqué sur mesure Nikola Tesla himself. Enfin bon, c’est plus une machine à dupliquer qu’à téléporter puisqu’il est impossible de téléporter quoi que ce soit sans garder la copie du sujet 1. Et voilà notre pauvre Hugh Jackman contraint d’éliminer les doubles intriqués de lui-même pour garder son subterfuge intact. Difficile de trouver un film plus pertinent sur les répercussions de la science sur notre appréciation de la réalité que ce chef-d’œuvre signé Christopher Nolan.

 

2001, L’ODYSSEE DE L’ESPACE de Stanley Kubrick (1968) &

2010, L’ANNEE DU PREMIER CONTACT de Peter Hyams (1984)

2010

On lui doit le célèbre adage : « Toute technologie suffisamment évoluée ne peut être distinguée de la magie » (qui colle parfaitement au film précédent). Consacré par Isaac Asimov et lui-même comme le meilleur écrivain de science-fiction et le deuxième meilleur vulgarisateur scientifique (le meilleur vulgarisateur et second meilleur écrivain de science-fiction étant Isaac Asimov), Arthur C. Clarke n’est certainement pas étranger au succès du séminal film de Kubrick, ne serait-ce que par la rigueur scientifique qu’il amène au genre, jusqu’alors des plus approximatives au cinéma (ex: dans l’espace, personne ne vous entendra crier… tout simplement parce qu’il n’y a rien pour véhiculer le son dans le vide sidéral). Passionné par les questions métaphysiques du rapport de l’homme à Dieu, le futur auteur de Rendez-vous avec Rama imagine un premier rendez-vous cosmique avec une intelligence supérieure extraterrestre qui régit la destinée galactique des êtres vivants. Méconnue, la suite cinématographique du classique de Kubrick que réalise Peter Hyams (Capricorn One, Outland) en 1984, toujours à partir des écrits de Clarke, transforme Jupiter en futur soleil qui veillera sur les futurs habitants du satellite Europe. Parce que si la vie existe ailleurs dans le système solaire, c’est peut-être la-bas (hypothèse encore reprise récemment par Monsters et Europa Report).

 

CONTACT de Robert Zemeckis (1997)

Plus jeune qu’Arthur C. Clarke, Carl Sagan est scientifique avant d’être romancier. On lui doit la mise en place du SETI (ces grosses antennes braquées vers le ciel à la recherche de signaux extraterrestres) et aussi l’histoire de Contact qui transforme la sceptique Jodie Foster en Jeanne d’Arc des temps modernes. Elle capte des messages venus de l’espace avant d’être envoyée au front dans un saut quantique (grâce à une machine génératrice de trous de ver – un trou de ver étant une fissure  dans le tissu de l’espace-temps générant de sacrés raccourcis dans l’Univers) pour devoir répudier ce dont elle a été témoin (un rendez-vous extraterrestre dans la cinquième dimension, très proche de celui de 2001). Outre ses qualités de vulgarisation, le film de Zemeckis pointe la question des répercussions spirituelles d’un changement de paradigme apporté par la science sur notre place dans l’Univers. Si elles sont encore loin de résoudre le grand mystère, les découvertes astronomiques de ces quinze dernières années tendent à prouver que l’on a toute les raisons de continuer à explorer le ciel.

LE MYSTÈRE ANDROMÈDE de Robert Wise (1971)

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La fin du monde entrevue dans un microscope… Dans les profondeurs d’un super-laboratoire ultrasecret, un groupe de scientifiques tentent de comprendre le fonctionnement moléculaire d’un virus extraterrestre qui a déjà décimé les habitants d’une petite bourgade et qui risque bien d’anéantir le reste de l’Humanité. Adaptation d’un roman de Michael Crichton (de Mondwest à Jurassic Park, un storyteller des plus bancables doté de solides connaissances en médecine et en biologie), Le Mystère Andromède est, en ce début des années 70, l’une des grosses productions les plus intransigeantes de la vague de «SF sérieuse» américaine à répondre à 2001. Passée une première partie à l’air libre nous annonçant la menace apocalyptique à venir, le film nous enferme ensuite définitivement entre les murs étanches de son labo. La situation urge : les scientifiques font des tests en pagaille, font tourner leurs ordinateurs à plein régime et confrontent leur conclusion dans la plus grande froideur.  Un classique du genre.

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BIENVENUE A GATTACA d’Andrew Niccol (1997)

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Valons-nous plus que nos gènes ? L’ADN, c’est la séquence génétique qui détermine chaque individu, une succession de bases azotées (Guanine, Adénine, Thymine et Cyanine, lettres constituant le titre du film d’Andrew Niccol) qui code le vivant comme le langage binaire code le langage informatique. L’ADN ne ment jamais et dans la société dystopique de Gattaca, il devient le facteur qui va prédestiner la vie toute entière de ses habitants. En mode Tech-Noir, l’histoire nous décrit la tentative de l’un d’eux, prêt à frauder pour outrepasser sa condition sociale.

 

PRIMER de Shane Carruth (2004)

PRIMER

Sur le thème du voyage dans le temps, difficile de trouver plus rigoureux que Primer, premier long-métrage d’un jeune ingénieur et mathématicien nommé Shane Carruth produit pour 7000 dollars et grand vainqueur du festival de Sundance 2004. Qu’importent les moyens quand on a les idées ! Comme les deux ingénieurs de l’histoire qui parviennent à construire une machine à remonter dans le temps. Bien qu’elle ne permette de remonter que quelques heures, on n’utilise pas cette machine à remonter dans le temps aussi simplement qu’un ascenseur. On en sort avant même d’y entrer, faut savoir se tenir en double et le moindre écart dans le passé peut avoir des répercussions désastreuses pour « boucler sa boucle » sinon on obtient un enchevêtrement de réalités parallèles difficile à démêler. Et ça devient pire si on commence à se faire des coups fourrés, y compris à soi-même…

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ABATTOIR 5  de George Roy Hill (1972)

ABATTOIR 5

S’il n’a pas des caractéristiques Hard Science qui sautent immédiatement aux yeux, pris dans son ensemble, Abattoir 5 est un film phénoménal sur la manière d’appréhender la perception de la cinquième dimension (celle qui rend le temps parcourable comme l’espace). Ayant gagné la faculté de voyager dans le temps après un enlèvement extraterrestre, Billy Pilgrim se retrouve, en spectateur conscient, ballotté aléatoirement à travers les moments passés et futurs de sa vie. Celle d’un bon élève, d’un bon ingénieur, d’un bon époux, d’un bon père de famille…. Celle également d’un prisonnier de guerre, marqué à vie par l’horreur des bombardements de Dresde en 1945. De l’enfance à la mort, les évènements douloureux du passé viennent perturber la quiétude d’un futur sans surprise. Mélancoliquement lucide, cette adaptation du très personnel chef-d’œuvre de Kurt Vonnegut rejoint des questionnements sur la matérialisation de la mémoire qui n’ont rien à envier à ceux des films d’Alain Resnais tout en posant un regard plutôt caustique sur l’existence.

MOON de Duncan Jones (2009)

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Le système solaire regorge de matériaux rares. Comme l’Hélium 3, un isotope qui sera très utile à l’heure de la fusion nucléaire (ce n’est pas encore pour demain, les amis). De l’Hélium 3, il y en a plein la Lune comme nous le rappelle Moon, premier long-métrage remarqué de Duncan Jones, fiston de David Bowie. On pourrait voir ce film comme la version purement Hard Science de Blade Runner, réfléchissant sur le quotidien qui attend le réplicant, celui qui se fadera le laborieux travail d’extraction dans un solitude lunaire. Ajoutons à cela une froideur bien kubrickienne et l’on obtient un exercice du genre des plus efficaces.

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PHASE IV de Saul Bass (1974)

Parlons des fourmis, ces petites bestioles qui ont fait la gloire de Bernard Werber et qui lui ont fait dire que l’Humanité serait bien incapable de communiquer avec des extraterrestres si elle n’arrive pas déjà à comprendre le langage des fourmis. Dans Phase IV, ultime film de Saul Bass (créateur de génériques somptueux comme ceux de Sueurs froides, Psychose et Casino), les plus civilisés des insectes conspirent par phéromones pour lancer l’offensive contre l’Humanité et régner sur la Terre. Film de laboratoire comme Le Mystère Andromède dont il serait la version psychédélique, Phase IV révèle la vie secrète des fourmis en les filmant en mode quasi-documentaire tout en nous interpellant sur notre place dans l’Univers (comme cette fourmi endeuillée fixant la Lune).

 

 

GRAVITY d’Alfonso Cuarón (2013)

GRAVITY

Comme le rappelle le tout frais Interstellar, la force de gravitation c’est un truc de dingue. Ça traverse les dimensions, attire les astres entre eux et donne du relief à notre Univers bidimensionnel (et, si on se laisse aller à des spéculations romantiques, peut être même du poids à nos émotions). C’est ce qui nous retient sur Terre, comme une sorte de cordon ombilical qui nous rappelle en permanence d’où l’on vient. Plus protecteur que le vide et ses lois de l’apesanteur avec lesquels Sandra Bullock doit se dépatouiller coûte que coûte pour regagner les vivants sur Terre. Cela donne un film d’action à portée spirituelle qui abolit le référentiel xyz de notre perception terrestre des trois dimensions pour nous retourner la tête à chaque plan.

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The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».