Critique: La Créature du Marais

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Swamp Thing

De Wes Craven

Avec Ray Wise, Adrienne Barbeau, Louis Jourdan, David Hess, Dick Durock et Mimi Craven

États-Unis– 1982 – 1h31

Rating: ★★☆☆☆

 

SWAMP THING 1

En ce début des années 80, Wes Craven n’est pas encore le réalisateur de Nightmare on Elm Street et Swamp Thing, le personnage, n’est pas encore tombé entre les mains d’Alan Moore qui révolutionnera les comic-books à jamais à travers lui. Craven voulait prouver aux grosses boîtes qu’il pouvait gérer un film d’action, aussi on peut légitimement se demander pourquoi il n’a pas choisi un autre sujet. Vraiment. Balayée ainsi la patine foncièrement issue des comics horrifiques des années 70 (qui elle-même se revendiquait de ceux des années 60) ainsi que le gothique et l’inventivité insufflés par Len Wein et Bernie Wrightson dans les premières aventures du personnage, les origines de celui-ci complètement réécrites et beaucoup moins tragiques que dans le matériau original, tout ça certainement pour justifier le rôle du personnage d’Adrienne Barbeau, qui met des pêches à des guérillos et se met à jouer les Rambos dès les vingt-première minutes. Bon, après tout c’est le propre des adaptations que de chambouler un peu les sources, n’y voyez aucune amertume de ma part (je répète, aucune amertume – et puis d’ailleurs elle nous gratifiera d’une super scène topless un peu plus tard, donc on reste bon public).

La réputation du film plane évidemment sur toute critique potentielle, car ce qu’on l’on retient généralement c’est la kitchouillerie ultime de la Créature, toute en latex et absolument aux antipodes de l’incommensurable iconicité du personnage, qui n’est absolument pas crédible. Non. A aucun moment donné. Jamais. Un moment il se met même à courser les méchants en hors-bord. Bon bref nous reviendrons sur ce point. Contre toute attente, les moments de bravoure sont à chercher quasiment à la périphérie du métrage, dans tout ce qui est secondaire au récit, à l’intrigue. L’ouverture dans l’hélicoptère nous promet un film comme les grands, parce qu’il nous jette dans le bain immédiatement, et puis pouf la scène suivante nous enlève le bol de punch de sous le nez, parée d’un didactisme affligeant (la descente de l’engin). On nous appâte avec des décors naturels merveilleux très bien sentis et puis on nous colle là-dedans des guerillos à peine crédibles soit… Mais qui plus est en plans-moyens !!!

C’est là où le visionnage devient purement et simplement une épreuve car la mise-en-scène joue au yoyo constamment entre quelques poses de plans pleines d’emphases suivis de leur désamorçage immédiat, ce que personnellement j’appelle le «Syndrome du Colosse de Rhodes Inversé» en référence au film de Sergio Leone qui se déroule presque intégralement dans des décors de studios, puis dans les dix dernières minutes ceux-ci s’effondrent avec une volonté manifeste de mettre en avant leur côté carton-papier mâché-cubes en mousse pour laisser place à des décors en prise de vue réelle, totalement en ruines et enflammés. La transition est plutôt abrupte, permettant ainsi de mieux clôturer le film sur une note tragique, mais voyez plutôt : pendant tout le film vous êtes dans un péplum presque fluo, et dans les dernières minutes vous vous retrouvez dans un Pasolini. Et dans le film de Craven c’est à peu près ce qui se passe toutes les cinq minutes. Par contre, quand c’est réussi c’est réussi. Je pense notamment au retour de la Créature dans le laboratoire détruit, à la scène topless évidemment, ou encore aux moments dans la demeure d’Anton Arcane, la némésis du héros, un savant foncièrement machiavélique mais qui sait choisir ses assistantes (Mimi Craven, whaou ! Elle sert à rien mais merci) et qui sait ce que c’est que de faire la teuf. On se demande même si ce n’est pas la baraque qui à elle seule aurait englouti le budget entier du film, le décor y est somptueux, de très belles mises en espace et une photographie à vous décrocher la mâchoire par moments.

Le lecteur attentif s’interrogera donc sur la nécessité de s’infliger un tel visionnage – même si on aime bien le personnage d’origine, car assurément ce n’est pas le héros de notre enfance qui est mis-en-scène ici. Et pourtant. En un sens, l’approche de Craven s’avère au énième degré un geste fondateur : en injectant dans ses scènes d’actions les sourire narquois (je veux dire la perversion sous-jacente) de son registre de prédilection, le survival (il venait tout juste de se faire connaître avec The Last House On The Left et The Hills Has Eyes), en transformant les affrontements des deux antagonistes en combats de créatures toutes droits sorties d’une série japonaise de l’époque – le final de Bride Of Re-Animator de Brian Yuzna serait bien plus proche de l’esprit adéquat pour le traitement des monstrueuses créations d Anton Arcane, mais c’est un esprit de fantaisie qui semble absolument faire défaut au créateur de Freddy Kruegger, mais encore une fois cela nous ramène à notre vraie interrogation : est-ce que Craven n’ouvrait pas ainsi la brèche aux futures productions de Lloyd Kaufman ? – car Toxic Avenger n’apparaîtra que deux ans plus tard. Non pas que les productions de ce genre vilipendé n’existaient point auparavant, mais peut-être la pellicule de Craven leur aura servi de marchepied. Peut-être était-ce là une intention secrète du réalisateur que d’ouvrir une brèche qui a bien failli s’avérer fatale au cinéma mainstream

 

 

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