Critique: Interstellar

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Interstellar

De Christopher Nolan

Avec Matthew McConaughey, Jessica Chastain, Anne Hathaway, Michael Caine, John Lithgow, Mackenzie Foy, Matt Damon, Casey Affleck, David Gyasi, Wes Bentley, Topher Grace et Ellen Burstyn

États-Unis/Royaume-Uni – 2014 – 2h49

Rating: ★★★★★

INTERSTELLAR

Des tempêtes de poussière ravageant les récoltes ont condamné l’Humanité à une extinction proche. Afin de sauver ce qui peut encore l’être, le professeur Brand a lancé le programme Lazare, une mission spatiale secrète dont le but est d’envoyer des explorateurs à travers un trou de ver apparu mystérieusement aux abords de Saturne et qui mène vers un nouveau système solaire riche en nouvelles planètes telluriques potentiellement habitables. Partagé entre l’excitation de l’aventure et la culpabilité de laisser sa famille derrière lui, l’ancien pilote Cooper accepte le commandement de cette mission de la dernière chance.

Après trois Neo-Noir efficaces (Following, Memento, Insomnia) et une trilogie Dark Knight acclamée par le public et les critiques, Christopher Nolan vient compléter avec Interstellar un monumental triplet SF. Le Prestige illustrait de la plus belle manière qui soit l’influence de la maîtrise scientifique des forces physiques sur notre appréciation du réel, suivi de l’empirique Inception et son empilement de réalités tronquées qui transformait le cerveau en sorte de multivers. Avec Interstellar, Christopher Nolan et son frangin Jonathan décident de nous envoyer vers l’infini et l’au-delà avec la même rigueur scientifique qui animait précédemment des classiques hard science comme 2001, l’odyssée de l’espace et Contact. Trou de ver, exoplanètes, entropie des trous noirs, relativité du temps, magie de la gravité et bizarreries dimensionnelles… Appuyé par l’éminence scientifique Kip Thorne, le programme du voyage spatial proposé par Christopher Nolan est d’une exhaustivité astronomique particulièrement ambitieuse et le voyage cosmique est à la hauteur des espérance.

Au-delà de la science, il reste avant tout l’humain, incarné comme un roc par Matthew McConaughey qui apporte l’authentique sensibilité qui manquait aux héros nolaniens, archétypes masculins habituellement perdus et blessés dans des labyrinthes a priori inextricables (Memento, Inception). Ici, il y a encore un labyrinthe, lié à une ramification du possible déterminant l’entropie de notre Univers, dont il faut désespérément trouver l’issue de sortie pour pouvoir contredire la loi de Murphy qui prétend que « tout ce qui peut mal tourner va mal tourner ». Autrement dit : l’impossible réclame une croyance inaltérable pour pouvoir devenir possible (thématique récurrente chez Nolan : Tesla et la science dans Le Prestige, DiCaprio et ses gosses dans Inception, même Batman et l’idéal de justice dans la saga Dark Knight). Face au pessimisme ambiant, garder espoir reste donc une question de survie.

Partageant avec Gravity la même fascination romantique de la gravité – cette force qui attire les corps entre eux et qui traverse les dimensions de l’Univers – Interstellar substitue la conscience à l’âme et débarrasse le monde d’une quelconque présence divine, proposant à la place une connexion étroite entre l’Univers et le cerveau (le principe holographique ?) d’une façon beaucoup moins hermétique que Zero Theorem de Terry Gilliam. Conciliant la science-fiction tournée vers les cieux (2001) à celle qui cherche les réponses au plus profond de soi-même (Solaris), Christopher Nolan prouve une nouvelle fois qu’il atteint les sommets les plus élevés du genre lorsqu’on le laisse maître de ses propres délires. Si, en dépit de ses quasi-trois heures denses et parfaitement rythmées, le film n’est pas exempt de défauts (quelques personnages secondaires un peu trop plats, des justifications scénaristiques parfois abruptes), ses qualités formelles et intellectuelles le surélèvent néanmoins comme le space opera de hard science le plus impressionnant depuis 2001, l’odyssée de l’espace, mettant en scène quelques phénomènes physiques parmi les plus fous de l’Univers et qui viennent résonner à nos propres terreurs existentielles (l’abandon, la solitude, la mort). On en ressort émerveillé tout autant qu’intrigué, pris par le vertige métaphysique que seules les œuvres de science-fiction les plus éclairées savent donner.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».