Critique: P’tit Quinquin

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P’tit Quinquin

De Brunot Dumont

Avec Alane Delhaye, Lucy Caron, Bernard Pruvost, Philipe Jore

France – 2014 – 4×52 min

Sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs lors du festival de Cannes 2014

Rating: ★★★★☆

Grandes vacances à Boulogne-sur-Mer. P’tit Quinquin, gamin des environs, aperçoit avec ses amis un hélicoptère survoler la plage jusqu’à atteindre un blockhaus. De là, une vache est extraite dont les entrailles renferment le corps d’une femme démembrée…

On en est étonné, mais un des réalisateurs  les plus radicaux et les plus iconoclastes français s’essaye au genre policier burlesque. En effet, Bruno Dumont compare et superpose le monde des adultes et le monde des enfants à travers un même événement, un meurtre, pour suggérer que l’attitude des uns n’est pas plus responsable ou plus efficace que l’attitude des autres. Aux enfants allumant des pétards à travers la ville, à embêter les riverains et gêner les animaux, ou à jouer aux autos tamponneuses voire se baigner, le metteur en scène propose un duo de policier hors du commun : le commissaire Van der Weyden et le lieutenant Rudy Carpentier, tout aussi enfantin. Quand Carpentier se montre mutique et toujours  droit sur ses pieds pour ne pas dire quasiment inexpressif (ou expression froide), le commissaire se révèle en pantomime, en ne marchant pas droit (il aurait mal aux jambes) et en ayant un phrasé particulier. Précisons : d’une voix oscillant dans le moyen ou le très grave, avec un débit irrégulier ponctué d’intonation forte ou moyennement forte par à-coups, le policier débite des propos ou des paroles vides de sens mais reste tout le temps convaincu qu’un sens profond peut s’en extraire. Ajouté à cela, toujours dans le sens de pantomime, des multiples expressions faciales de tic ou de toc (haussement de sourcils, clignement continu d’yeux, moue boudeuse…), le personnage de Van der Weyden offre à Bernard Pruvost un excellent rôle qu’il joue à la perfection, entre policier blasé et philosophe de la vie. Tiens cela ne nous rappelle pas quelqu’un ? Et ces deux mondes, enfance et adulte, se rencontrent à plusieurs reprises entre acidité (la haine viscérale de la police de la part des habitants), ludisme (le commissaire qui apprend à monter à cheval avec le père de P’tit Quinquin) et cérémonial (la messe funéraire de la première victime entre chansons pop à l’église et fou rire des prêtres).

Mais encore, ces deux mondes possèdent des similitudes. En effet de l’expression faciale de Van der Weyden, répond le visage déjà marqué de P’tit Quinquin. Bec de lièvre et appareil auditif, crâne rasé de près, le jeune héros comme les autres personnages n’ont pas des visages mais des gueules, des gueules cassées, quoique le terme approprié serait « ganache », des ganaches du nord : dents cassés ou absence de dents, teints burinés ou violacés, coupes de kéké. Mais ce n’est pas dans une optique péjorative ou de rabaissement (bien qu’il y ait une blague sur le tuning et les acrobaties de voiture), car Bruno Dumont est un cinéaste engagé et réaliste. Par conséquent il veut montrer les gens du Nord comme ils sont, avec véracité et avec leurs défauts. Cela amène notamment à la question du racisme avec le dérapage colérique d’un enfant musulman qui fait figure de l’amalgame, de la question ou de ambiguïté islam-terrorisme (la résonance de la récente décapitation d’Hervé Gourdel) ou du fait qu’un des meilleurs scores de Marine Le Pen aux élections présidentielles fût dans la Somme, en Picardie. Cela nous permet d’avancer que Bruno Dumont questionne le quotidien et les aspirations des gens de ces villes moyennes, de ces villes périurbaines entre fermes, fête de village avec majorette et fanfare, et dialecte ch’ti. Ces villes qui semblent délaissées par la classe politique. Mais pour l’enquête par rapport à True Detective ? Il n’y en a pas vraiment car la réponse de fin est métaphorique, nous sommes transposés dans une dimension religieuse : la ville où ont lieu des meurtres serait l’enfer ou la porte d’entrée. Alors le metteur en scène choisit une des victimes, la dernière, pour la comparer à la première victime de la série HBO : une femme nue mis en évidence avec des accessoires et dans une pose particulière, en l’occurrence elle apparaît telle une sirène quand chez Nic Pizzolatto elle apparaît en cerf. Alors l’aventure serait plutôt du côté des enfants…

Avec une très bonne audience des deux soirées diffusant les épisodes sur Arte, lors des deux derniers jeudis de septembre, deux salles françaises projetteront la mini série, l’une à Paris, l’autre dans le Nord. C’est une occasion de rattrapage pour ceux qui aiment les thrillers insolites ou les comédies policières françaises à l’ancienne.

Hamburger Pimp


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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…