Critique: Post Tenebras Lux

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Post Tenebras Lux

De Carlos Reygadas

Avec Adolfo Jiménez Castro, Nathalia Acevedo, Willebaldo Torres, Rut Reygadas, Eleazar Reygadas

Mexique – 2012 – 2h00

Rating: ★★★★☆

post tenebras lux

Vendu au public par notre éminente profession comme le summum du cinéma crypté lors de sa présentation à Cannes, le dernier film de Carlos Reygadas remporta toutefois le Prix de la Mise en Scène, comme quoi heureusement tout le monde ne fait pas que manger des petits fours. En guise de passages à la sémantique déchaînée, peut-être la scène d’ouverture, peut-être la scène de foot à la fin, et encore.

A posteriori j’ai appris que le film serait autobiographique, Reygadas aurait envisagé sa trame comme un collage de souvenirs, et encore il n’est même pas nécessaire d’avoir ceci à l’esprit pour apprécier le film. Nous sommes au Mexique, un couple s’installe à la campagne. Le récit jongle de temps en temps avec sa propre chronologie, et c’est très sympathique, et du coup ça vient transcender un peu cette épopée du quotidien, pour dire qu’aucune histoire, aucune vie n’est anodine. Vous avez tous lu bien sûr le Ulysse de James Joyce, prenez le passage où Bloom va à un enterrement mais pense surtout à ses emplettes et vous aurez la réponse. Le style brother ! – l’histoire d’un type qui va s’acheter du savon mais littérairement tu pleures, et si jamais tu as souhaité devenir écrivain un jour tu te retrouves pourtant tu ne sais plus très bien comment prostré en position foetale derrière ton canapé.. Gaspar Noé fait un peu la même chose dans Irreversible que l’on devrait d’ailleurs rebaptiser « La Nuit Parisienne » , et Arnaud Despleschin aussi. Il serait peut-être temps que quelqu’un adapte La Modification de Michel Butor, l’idée ici étant également de montrer comment tel ou tel évènement font d’un individu ce qu’il est, la «chronopsychologie» des personnages en quelque sorte. Démarche présente dans le film précédent de Reygadas, Bataille dans le ciel, sous son versant classique, presque clinique même.

L’approche de Reygadas serait à rapprocher du souffle épique des écrivains argentins ou portugais, Cortazar ou Antunès, et propose également une forme embryonnaire de Réalisme Magique, plus proche de Garcia Marquez que de Kusturica, en témoignent la scène d’ouverture mais qui après coup s’avérerait plutôt une vision intuitive depuis le prisme de l’enfance (je savais pas que c’était devenu illégal) et l’avant-dernière scène finale que je ne spoilerais pas. Reygadas construit bel et bien une œuvre de films en films, tournant autour du même sujet et cherchant le juste procédé pour mieux le retranscrire et le faire éprouver. Jusqu’à maintenant, nous avons eu affaire à des échauffements glorieux, mais moi je crois qu’on a encore rien vu. Pour le dire autrement, j’ai le sentiment qu’un de ces quatre, Reygadas y va faire « boum »…

Nonobstant2000

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