Critique: Massacre à la tronçonneuse (version restaurée 4K)

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The Texas Chain Saw Massacre

De Tobe Hooper

Avec Marilyn Burns, Edwin Neal, Allen Danziger et Gunnar Hansen

Etats-Unis – 1974 – 1h23

Rating: ★★★★★

A la fin des années 60, La Nuit des morts-vivants de George Romero ouvre une brèche pour de jeunes réalisateurs prêts à retourner le système hollywoodien, alors en pleine mutation générationnelle. Par le prisme du cinéma horrifique, tendance splatter (ou gore) à petit budget, des films vont poursuivre la critique sociale d’une jeunesse américaine bercée par les idéaux illusoires des révolutions culturelles mais rattrapée par la violente réalité d’un système économique cannibale et de ses répercussions sur les individus. Critique de la guerre du Vietnam (Le Mort-vivant de Bob Clark), d’une émancipation des mœurs de pacotille (La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven) ou de la misère qui gagne les coins les plus reculés de l’Amérique dans l’indifférence générale (Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper)… En cette première partie des années 70, le cinéma splatter américain est donc contestataire et reste un puissant média de contre-culture.

S’offrant pour ses quarante ans une impressionnante remasterisation 4K, Massacre à la tronçonneuse prouve que les décennies ont gardé intact toute la puissance de son constat social et de l’efficacité quasi-séminale de sa mise en scène (Tobe Hooper ne parviendra jamais à retrouver cette perfection). Ce pavé jeté dans la mare choqua les consciences en son temps avec d’un côté des spectateurs outrés par la violence du film, de l’autre des cinéphiles réceptifs à la modernité cinématographique de l’œuvre. Censuré dans de nombreux pays (durant 8 ans en France jusqu’à 25 ans au Royaume-Uni…),  considéré comme une œuvre d’art à part entière par le Musée d’Art Moderne de New York qui l’intègre à sa collection, Massacre à la tronçonneuse a gagné ses galons d’œuvre culte au fil des générations de spectateurs qui l’ont élevé depuis comme l’un des films les plus importants du cinéma d’horreur.

Baignant dans une musique atonale et expérimentale, Massacre à la tronçonneuse se pare d’un psychédélisme sombre. Et, comme un bon album de prog-rock, il se découpe en deux parties bien distinctes, sous la haute influence des astres (l’une des victimes est d’ailleurs rivée à ses prédictions astrologiques). Face A : partie solaire qui voit une bande de jeunes partis faire la fête à deux pas d’une famille de dégénérés. Le soleil y est si irradiant que l’on en percevrait presque l’odeur putride des fragments de corps en décomposition. Face B : partie lunaire pour une plongée dans l’éprouvante folie qui attend la dernière survivante du groupe (la regrettée Screaming Queen Marylin Burns), invitée malgré elle à partager l’intimité déstructurée de ses tortionnaires.

Si la première moitié du film pose les jalons du slasher tout autant que Black Christmas de Bob Clark (sorti la même année), la seconde en revanche emmène le spectateur dans un vrai cauchemar atmosphérique où les cris de Marylin Burns viennent s’accorder au bruit assourdissant de la tronçonneuse. Et là réside la force de Massacre à la tronçonneuse. Non par pas le déluge de barbaque promis par le titre, plus suggéré qu’autre chose (oui, le film gore le plus connu de l’histoire ne l’est pas vraiment) mais bel et bien par l’ambiance putride et maladive du portrait de cette famille américaine, autant victime que les jeunes insouciants qu’elle trucide, qui amplifie le malaise que l’on peut toujours ressentir lors de vision du film, même quarante ans après.

Qu’on le découvre pour la première fois ou qu’on l’ait déjà revu un million de fois en vidéo, Massacre à la tronçonneuse sur grand écran (et dans une restauration de cette qualité), ça n’a aucun prix ! Bref, je ne peux que vous exhorter à vous rendre en salle pour célébrer comme il se doit le quarantième anniversaire de ce joyau noir du cinéma.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».