Critique: La Lettre du Kremlin

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The Kremlin Letter

De John Huston

Avec Bibi Anderson, Richard Boone, Nigel Green, Dean Jagger, Patrick O’Neal, Georges Sanders, Max von Sydow et Orson Welles

États-Unis – 1970 – 2h00

Rating: ★★★★★

Fin des années 60, l’officier de marine Charles Rone se retrouve du jour au lendemain réquisitionné par les services secrets Américains pour intégrer une équipe de vieux routiers de la profession, mise-sur-pied dans le but de récupérer en territoire soviétique une lettre diplomatique qui déclencherait assurément une Troisième Guerre Mondiale entre les USA, l’Union Soviétique et la Chine si elle tombait entre de mauvaises mains..

Pour cette adaptation du sublime roman de Noël Behn, John Huston choisira  d’accorder au plus près sa mise-en-scène du récit. On manquera d’y trouver quelques audaces au profit d’une rigueur sèche et d’un enchaînement au pas des scènes visant avant tout à l’efficacité, et qui selon Jean-Pierre Melville définiront les règles du genre (il a raison, hein, je veux dire, y a qu’à regarder..). Avant que les films d’espionnage ne deviennent des blockbusters ils étaient prétextes à de belles réflexions sur les arcanes du pouvoir, ainsi que les faiblesses ô combien humaines des rouages. Le roman de Behn, lui-même ancien espion, contient absolument tous ses aspects et les confronte violemment à un courant naissant d’émancipation. Mais certains marchés sont éternels et gardent un pied aussi bien dans les hautes-sphères que dans les basses (drogue, prostitution), ce lieu curieux où l’élite se mélange à la plèbe, où l’ Art n’aurait fonction finalement que de passe-valises  : le vice . Que l’on sait justement être le carburant de premier choix des services de renseignements.

Huston empruntera le rythme des films de guerre pour présenter cette opération de minage en territoire ennemi dans ses moindres méandres : recrutement des agents endormis ou resquilleurs, formations pour certains et infiltration dans les grandes largeurs des différentes strates de la société. Les méthodes employées requièrent l’asservissement par les drogues, la menace d’une vie de débauche pour les enfants et la diffamation en ce qui concerne les autres histoires de cœur pas très présentables à l’époque. Tout ceci est magnifiquement dépeint jusque dans la moindre de ses implications, où notamment Orson Welles vient faire quelques apparitions absolument aériennes, ce qui est en plus un bel hommage. En face, y a Max von Sydow, qui lui emploie volontiers la torture et serait masochiste (ou disons, « tellement à la poursuite du bonheur ») au point d’épouser la femme de l’un de ses suspects. Plus loin encore, planent par-dessus tout ça les fantômes d’une autre mission, avec un tout autre type d’agents aux commandes, que nous nommerons à juste titre « les types de la génération d’avant » et qui rend le tout absolument passionnant. La mise-en-scène du réalisateur n’attirant l’attention que par raccourcis et recadrages discrets qui à chaque fois ne font que renforcer la scène par leur sobriété et leur justesse.

Du côté de l’immersion sociale, ainsi que des relations de pouvoir, voici bien une veine que l’on a du mal à dépeindre de nos jours. Et pendant un temps, l’excuse habituelle des limitations de budgets auront eu pour une fois de bonnes répercussions sur nos productions locales avec des films comme La Sentinelle d’Arnaud Despleschin, ainsi que Les Patriotes d’Eric Rochant, (auxquels il faut plutôt reconnaître quoi qu’on en dise, quelques talents d’auteurs certains ) qui conserveront le véritable aspect du film d’espionnage : celui de rester ancré sur le monde, et qui fatalement continuent d’enterrer toute les simagries dans des bureaux ou par téléphones interposés qui constituent notre seul apanage aujourd’hui en ce qui concerne les films politiques (faudrait surtout pas que quelqu’un aie l’idée d’un biopic sur René Char ou Albert Camus, y aurait plein d’effets spéciaux dedans. Par contre en termes de subventions j’aimerais savoir si ça se justifie mieux ou moins bien qu’un film sur Saint-Laurent. Encore une journée pleine de questions..)

                                                                                                                                                                                                Nonobstant2000

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