Critique: Gone Girl

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Rating: 3.3/5 (6 votes cast)

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Gone Girl

de David Fincher

Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carry Coon

Etats-Unis – 2h29 – 2014

Rating: ★★★★★

En France, beaucoup de gens connaissent Chris Rock pour les films moyens dans lesquels il a joué, mais ce qu’il faut savoir à propos de ce mec, c’est que ses one man shows sont parmi ce qui se fait et que j’ai vu de plus drôles au monde. Lors d’un sketch où il parle des abus de stars et des procès médiatisés à l’américaine, il dit un truc du genre « Les gens pensent que si on engage Johnnie Cochran (avocat connu pour avoir innocenté O.J. Simpson, Puff Daddy, Michael Jackson), on a l’air coupable » il répond ensuite qu’il préfère avoir l’air coupable à l’extérieur plutôt qu’innocent en prison.

 Je ne sais pas si Gillian Flynn ou David Fincher ont déjà vu ce stand-up, mais Gone Girl décrit exactement ça, un homme jugé par l’opinion publique et qui est coupable avant même avoir été jugé.

Cet aspect là du film est vraiment réussi, mais ce qui fait que le film est pour moi un des meilleurs, si ce n’est le meilleur sorti cette année, c’est qu’il offre tellement plus.

En effet, nous avons donc cette histoire de disparition, celle que vous voyez dans la bande annonce, mais aussi beaucoup d’autres histoires. Des couches, comme un oignon, qui rendent les personnages vivants, humains à nos yeux, qui les font exister.

Parce qu’en plus de prendre le point de vue de son acteur, le film prend aussi celui de la disparue. Comme à son habitude, la caméra raconte l’histoire autant que le scénario qui ici se plis aux exigences du cinéma, contrairement à beaucoup de films écrits par des romanciers. Tout nous est montré, mais comme souvent chez Fincher, ce tout qui nous est montré nous ment et nous crie la vérité en utilisant ces mêmes mensonges.

Ce qui est le plus intéressant dans le film, c’est même pas tout ça en fait.

Vous entendez la chanson qu’il y a dans la bande annonce là?

C’est « She », une reprise de la chanson d’Aznavour qui s’appelle « Tous les visages de l’Amour », et le choix de cette chanson n’est pas un hasard, parce que c’est ça que le film veut nous dire, nous montrer, c’est ça qu’a voulu explorer Fincher vraiment en choisissant cette oeuvre là à adapter. Nous parler de ces visages changeant, nous parler de comment le calme devient tempête, comment certaines personnes partent et d’autres reviennent. D’ailleurs, la chanson choisie pour la bande annonce est ici un vrai choix artistique puisque la reprise a été faite pour l’occasion et que bien qu’elle n’apparait pas dans le film, elle prend tout son sens et je me suis retrouvé à la fredonner depuis ma vision.

« Toi, par tes mille et un attraits

Je ne sais jamais qui tu es

Tu changes si souvent de visage et d’aspect

Toi quelque soit ton âge et ton nom

Tu es un ange ou le démon

Quand pour moi tu prends tour à tour

Tous les visages de l’amour »

Les changements de tons sont d’ailleurs très fréquents de par une narration en diptyque et par le fait aussi que le réalisateur et le chef opérateur savent instaurer à chaque fois l’ambiance exigée par le scénario. On passe du thriller à la comédie romantique en un clin d’oeil.

D’ailleurs, en parlant de comédie romantique, c’est assez malin ce qui est fait ici, on a ici l’opposé polaire. En gros, c’est une comédie romantique, y a de l’amour, c’est drôle, mais tout est inversé: au lieu de commencer mal et finir bien, on commence bien et on finit mal. Et tout du long, on rit aussi, parce que c’est drôle.

De l’humour noir comme savent le faire les Coen ou même Wes Anderson. D’ailleurs, pour moi, Fincher fait ici un film de Wes Anderson mais le transpose en thriller. Je pousse peut être un peu mon analyse, mais on a quand même: une héroïne paumée dont les parents se sont servis comme faire valoir et comme moyen pour se faire de l’argent en créant une vie fictive au travers des livres pour enfants « Amazing Amy », une sorte de fantasme de l’enfant qu’ils auraient voulu avoir. En échange, elle vit dans la richesse et met en scène sa propre vie.

C’est assez difficile vraiment de balancer tous les thèmes majeurs du film sans vous spoiler, j’essaie de faire de mon mieux et je pense que si avec tout ce que je vous ai dit vous avez envie de le voir, alors c’est bien. Une fois vu, n’hésitez pas à venir en discuter ici avec moi.

 Les acteurs et actrices sont tous très bons d’ailleurs, j’ai presque oublié de vous en parler. Ben Affleck joue super bien et prouve que lorsqu’il est bien dirigé, il peut faire des petits miracles, avec un jeu assez subtil mais toujours juste. Rosamund Pike est ENORME. Et le reste du cast s’en sort plutôt très bien aussi.

Enfin bref, Fincher signe ici un film aussi divertissant que profond et remuant.

Je l’aime déjà ce film, et je vais le revoir plusieurs fois je crois.

Et vous?

 

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.