Critique: Get On Up

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Get on Up

De Tate Taylor

Avec Chadwick Boseman, Nelsan Ellis, Viola Davis, Octavia Spencer, Dan Aykroyd

Etats-Unis – 2014 – 2h19

Rating: ★★★★★

 

James Brown, sa vie, son œuvre. Comment un gamin des rues né en 1933, est-il devenu le créateur de la musique funk ? Le créateur du concept du groove ? Et l’un des artistes les plus samplés et les plus copiés ? Le réalisateur Tate Taylor tente d’y réfléchir…

À la manière déconstruite du biopic sur Bob Dylan par Todd Haynes, I’m Not There, le long-métrage pioche des passages-clés de la vie de James Brown de façon non-chronologique. Et de ces moments marquants, le personnage principal campé par Chadwick Boseman, tantôt trop mimétique (ton de la voix, phrasé, expressions faciales…), tantôt incarnation parfaite, s’adresse à nous spectateurs face caméra, quand nous ne sommes pas dans un dispositif « troisième personne ». Cela est dans l’idée de donner un avis ou une opinion, en clair un jugement sur le show business, en séparant les termes show et business. Et le show business, tout comme l’art et la culture, commence par un éveil. Le protagoniste vit un éveil artistique tour à tour enchanté puis violent. En effet, c’est d’abord une ambiance onirique où nous accompagnions le héros jeune à une messe où les gens sont tous vêtus de blanc avec un prêtre charismatique ayant l’air possédé. La seconde partie de l’éveil est lors d’un spectacle pour blancs bourgeois fortunés : la Battle Royale, de jeunes enfants noirs aux yeux bandés et gantés d’une seule main s’affrontent sur un ring de boxe (James Brown a été boxeur semi-professionnel). De ce postulat raciste du sud des États-Unis, le héros jette un œil et une oreille sur le groupe de jazz engagé pour la soirée qui joue dans le style New Orleans, le jazz le plus dansant qui soit, jusqu’à un nouvel effet onirique. En effet, le groupe de jazz double son tempo, au point que la section cuivres (saxophone, trompette, trombone) se lève pour jouer, la section rythmique (contrebasse et batterie) est filmé en zoom puis gros plan et le groove est inventé. Il est difficile de définir le groove. On peut essayer en déclarant que ce serait une nouvelle façon de ressentir la rythmique d’une musique. Ou ce serait ressentir la musique qu’à travers son rythme ou plus simplement, ce phénomène corporel qui vous fait danser alors que vous ne dansez pas, vous dansez d’abord dans votre tête, du bout des doigts ou vous tapotez des pieds, voire un mouvement furtif du bassin… Et après vous décidez de danser pour de vrai ou pas. Ou bien, utilisons les propos de James Brown : comme si chaque instrument de la formation accompagnant le chanteur était une batterie, le crafting (c’est en jazz quand un instrument essaie de sonner comme un autre) ultime.

Voilà la définition la plus originale du groove que vous aurez lue ces derniers temps et ce n’est qu’une partie de l’apport de James Brown à la musique noire dans sa déclinaison « pop » (toutes les musiques exceptées le jazz ou le blues) : le funk quand Ray Charles a pour sa part inventé la soul. Et si on ajoute la garde-robe spécifique (concept repris au centuple par George Clinton et ses Funkadelic et Parliament), les cheveux défrisés, la scénographie particulière (la référence Live at the Appolo mis en image dans le film), et le principe de call & response (interactivité avec le public et les chœurs), on peut considérer avoir évoqué tous les paramètres du show. James Brown a mis en place la figure du chanteur performeur, précédé d’Elvis Presley, de Little Richard (présent dans le film) ou de Chuck Berry mais c’est lui qui brevète pour tous les autres qui viendront, Mick Jagger ou Iggy Pop pour ne citer qu’eux. Pour le business, c’est l’analyse du rêve américain, être son propre patron et surtout cela donne toute l’importance du choix des discussions face caméra. Un noir ne peut pas faire des affaires aux Etats-Unis ? Il voudrait mieux pour lui de danser, chanter ou faire du sport ? James Brown prouve le contraire, d’une part l’organisation salariale de ces musiciens et danseurs (le principe des amendes comme Ray Charles) et le travail intensif, d’où surnom The Hardest Working Man in Show Business, en plus de Mr Dynamite et Godfather of Funk. D’autre part le réalisateur met en scène un nouveau système de promotion élaboré par JB : rencontrer les mélomanes, les auditeurs de radio jeunes, les djs experts connaissant et aimant la musique de James Brown. Enfin, le business est malheureusement la mise en lumière de la part sombre de James Brown. Le monde des affaires révèlent sa jalousie, sa mégalomanie, sa paranoïa ou ses addictions.

Le film n’hésite pas à montrer James Brown en génie invivable menaçant et violent, car il ne se montre jamais rassasié du goût de revanche que le succès, la fortune et la gloire lui ont amené. Et du souci du business, on décèle le grand bémol du film : la question de l’engagement civique et citoyen de JB. D’un tournage pour un clip de Noël finissant en blague ; James Brown s’étonnant de l’omniprésence de blancs sur le tournage au point qu’il se sent le noir de service et craque son pantalon par accident ; le film essaie de souligner l’entre deux feux auquel est soumis James Brown : soutenir le Président Jonhson en allant chanter au Vietnam ou se ranger du côté des Black Panthers et de la Nation d’Islam en les finançant. D’un point de vue plus précis, les contemporains Berry Gordy et sa Mowtown Records ne faisaient pas de vagues (Marvin Gaye a déjà été licencié quand il réalise What’s going on), Stax Records a payé le prix de son engagement (le magnifique concert à Watts mis en image dans le documentaire Wattstax) mais aussi que sa star numéro un fût une étoile filante (Otis Redding) et quand à Ray Charles, il engage une chorale blanche et des musiciens country pour Georgia on my mind. Pourtant, James Brown était très proche de Martin Luther King Jr. Par conséquent, James Brown titube et hésite de son positionnement, tout en n’oubliant qu’il est noir dans un pays où le diable est blanc. Alors pourquoi ne pas mettre en scène ses voyages et concerts en Afrique et notamment les deux concerts pour le combat Ali-Foreman à Kinshasa en République Démocratique du Congo ex-Zaïre ?

Ce qui nous amène à la blaxploitation, dont les films sont nourris de l’univers, de l’esthétique « pimp groovy » de celui qu’on appelle le boss (devinez la chanson…) et parfois de ses chansons. Et d’ailleurs, la chanson citée précédemment a été utilisée pour Django Unchained, vous savez le long-métrage de Quentin Tarantino qui ne traite pas de l’esclavage mais de l’homme noir américain qui est perçu comme un hors-la-loi et un queutard depuis la fin de l’esclavage… Quelque chose qui se rapproche de James Brown mais des autres personnalités historiques noires (Malcom X emprisonné, Sam Cooke abattu, Robert Johnson empoisonné, Sly Stone ruiné, Michael Jackson diffamé)… Alors, retenez deux choses positives après projection : quand vous écouterez James Brown imaginez que tous les instruments essaient de sonner comme des batteries et qu’il faut avoir le groove, il est en chacun de vous.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…