Critique de Vidéodrome

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

.

Videodrome

De David Cronenberg

Avec James Woods, Deborah Harry, Sonja Smits, Peter Dvorsky, Les Carlson et Jack Creley

Canada – 1983 – 1h27

Rating: ★★★★★

Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un type qui va au vidéoclub pour louer un film X et qui revient chez lui pour la regarder sur son magnétoscope ? Voilà le point de départ duquel David Cronenberg serait parti (je me base sur la foi d’un vieux Cahier du cinéma) pour concevoir ce qui reste le sommet artistique de son œuvre fantastique : Vidéodrome. A la tête de CIVIC-TV, une chaîne de télévision privée spécialisée dans les programmes extrêmes, l’ambitieux Max Renn reste à la recherche de l’émission parfaite. Il pense l’avoir trouvée avec Vidéodrome, un programme snuff bien louche capté clandestinement sur des réseaux pirates. Recherchant les créateurs du programme, Max Renn glisse progressivement dans un monde hallucinatoire terrifiant.

Après la contamination des corps (Frissons, Rage) et l’altération du physique par l’esprit (Chromosome 3, Scanners), David Cronenberg conçoit une œuvre quasi-manifeste qui va combiner les deux thématiques pour nous amener dans un délire proto-cyberpunk sur le pouvoir des images sur l’esprit et la mutation de l’homme par la technologie. Prenant comme motif l’un des objets culturels les plus emblématiques des années 80 – la cassette vidéo – qu’il décline à l’envie (les mémos préenregistrés de l’assistante de Max Renn, le Dr O’Blivion n’existant que sur bandes vidéo, les cassettes qui palpitent comme de la chair, Max se transformant en magnétoscope humain…), Vidéodrome réfléchit sur une contamination de l’esprit par l’image.

Notre réalité dépendant de capteurs sensoriels purement physiques (tous nos sens connectés au cerveau pour nous traduire une réalité), celle-ci se révèle aussi illusoire que les images d’un écran télé (des signaux électriques entrelacés pour reconstituer une image en mouvement que notre cerveau saura identifier). L’idée SF qu’amène le film (par le biais du Dr. O’Blivion) est que l’image télé qui apparait dans notre champs de vision devient aussi réelle dans notre cerveau que la réalité physique. Pour reprendre une idée de Philip K. Dick (dont Cronenberg est le plus grand admirateur), si une hallucination n’existe pas dans la réalité commune, elle existe en revanche pour de vrai dans la perception de la réalité de celui qui hallucine.

D’où la traumatisante contamination du réel qui s’opère dans Vidéodrome, renforcée par les effets spéciaux déments de Rick Baker pour donner vie à l’imagination malsaine de Cronenberg, entremêlant l’inerte et le vivant : James Woods roulant des pelles à la bouche géante sortie de son écran de télé ou voyant sa main ne faire qu’un avec le pistolet qu’elle tient. Au-delà de la confusion du réel et du virtuel, c’est par son insistance de la fusion du corps et de la machine que l’on peut considérer Vidéodrome comme un jalon tout aussi important que Blade Runner (voire peut-être même plus) vers l’avènement du cyberpunk au cinéma. Le cyberpunk selon Cronenberg s’intitule « Nouvelle Chair » et il fera de nombreux émules, Shinya Tsukamoto et ses Tetsuo en tête, préférant une viralité charnelle à la viralité informatique propre au cyberpunk.

Dans le film, regarder Vidéodrome génère une tumeur dans le cerveau de celui qui le regarde, cette tumeur générant à son tour les hallucinations subies par Max Renn. Une métaphore simple pour symboliser les changements psychiques qui s’opéreront dans la tête de celui qui se prend d’addiction pour les images ultra-violentes et/ou pornographiques (l’organisation machiavélique derrière Vidéodrome cherchant à «endurcir» une Amérique en train de se ramollir alors que le reste du monde devient de plus en plus violent). Organe de pouvoir ou organe tout court, l’écran, qu’il soit de télévision ou d’ordinateur, est destiné à devenir une prolongation naturelle de l’homme pour le faire entrer dans son nouvel environnement virtuel qui lui imposera de nouvelles mutations. Plus de trente ans après sa sortie, Vidéodrome n’a rien perdu de sa puissance, restant toujours une œuvre aussi singulière, séminale, visionnaire et dérangeante.

The Vug

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».