Critique de Tokyo Tribe [L’Etrange Festival 2014]

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Tokyo Tribe

De Sono Sion

Avec Ryohei Suzuki, Young Dais, Nana Seino

Japon – 2014 – 1h56

Rating: ★★★★★

Dans un futur proche, Tokyo est en proie à une guerre de gangs impitoyables, divisant la capitale en quatre parties. Un soir, le gang le plus puissant, les Wu-ronz de Bukuro, décide de s’attaquer au gang le plus pacifique, les Saru de Musashino, afin de faire éclater le chaos et la guerre urbaine…

Film de commande, complémenté par d’autres adaptations futures de manga pour Sono Sion, Tokyo Tribe a principalement pour but de représenter et  refléter la jeunesse tokyoïte. Alors il y a une volonté de film euphorique avec des acteurs amateurs qui sont de véritables rappeurs. D’ailleurs cela se voit de suite par la place énorme que prennent les chansons dans le long-métrage. On pourrait mesurer, grosso modo, que les chansons rap occupent 3/4 du temps du film, avec différents styles: du rap old school doux, au gangsta rap, quelques touches r’n’b et même de la trap (le rap de club qui se développe en grandes pompes dans les milieux musicaux et chez les jeunes branchés qui ne sont à proprement parler des auditeurs hip hop). On ressent d’ailleurs cette fierté de montrer leur langage hip hop avec discipline (demandé par Sono Sion), car oui il existe un hip hop japonais, de Dj Krush à feu Nujabes (le compositeur de l’anime Samuraï Champloo) en passant par Muro. Et Sono Sion n’y connaît pas grand chose, ça ne l’intéresse pas, donc le hasard fait bien les choses (en même temps rappelez-vous que le metteur en scène de West Side Story, Robert Wise, ne savait ni chanter et ni danser). Oui le hasard fait bien les choses, car d’un travail de l’espace architectural où les différents quartiers de Tokyo sont montrés en verticalité et horizontalité voire dans un mélange hybride d’abscisse et d’ordonné, la caméra est en perpétuel et en constant mouvement. Cela n’était pas voulu au départ mais comme cela ne donne pas le tournis ou l’envie de vomir à la différence de certaines séquences de films de Lars Von Trier, on a un sentiment de légèreté et de gaieté propre à la jeunesse prête à croquer le monde, d’ailleurs un personnage passe son temps à manger, si il ne se bat pas. Pour préciser sur l’espace filmique, on peut remarquer des références allant des favelas de Rio aux bidonvilles de Lagos ou les cités surpeuplés de New York voire encore les villes-monde comme Mexico dans l’esthétique des différents quartiers du Tokyo futuriste à l’écran.

Et la seconde dimension du film, après la musique, est la baston. Entre intervention d’un narrateur face caméra ou d’une vieille dame DJ, les personnages se battent en mode survie avec différents types d’armes (batte de base-ball, katana ou mitraillette…) dans divers espaces qui rappelleraient la kung-fu comédie de Jackie Chan ou certains films de Bruce Lee (Opération Dragon ou Le jeu de la mort en tête), qui est toujours à l’honneur chez Sono Sion (il y avait déjà un clin d’œil dans son précédent film Why don’t you play in hell?) qui se permet une blague sur le fait que les jeunes de maintenant connaissent la combinaison jaune de jogging pour Kill Bill plutôt que pour Le jeu de la mort (Sono Sion a deux ans de plus que Quentin Tarantino). Il en ressort une ambiance tantôt cartoon (l’acteur too much mais adorable Riki Takeuchi) tantôt jeu vidéo (les enchaînements de coups dit « combos » avec acrobaties, de la part de deux personnages en particulier). De plus, ce sont les acteurs qui font leur propre cascade. Et pour finir à la question de la rivalité entre groupes, elle est métaphore des conflits de par le monde: pour quoi deux pays entrent en guerre? Pour à peu près la même raison que deux jeunes s’embrouillent, c’est-à-dire savoir qui a la plus grosse. En clair, les conflits commencent à partir de pas grand chose…

Néanmoins, le récit filmique semble par moments décousu et confus, dû au trop grand nombre d’ellipses ou de séquences très longues. Mais cela n’empêche pas un plaisir jouissif, un humour poussif très facile à apprécier et une virtuosité dans la mise en scène. C’est beaucoup et c’est cool pour un pur film pop-corn et dans une volonté de non prise de tête.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…