Critique de The Five [L’Etrange Festival 2014]

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Hangul

De Jeong Yeon-shik

Avec Kim Sun-a, Ma Dong-seok, Shin Jung-keun, Lee Chung-ah, Jung In-gi

Corée du Sud – 2013 – 2h03

Rating: ★★★★★

Eun-ah, une femme, spécialisée dans l’installation de dominos, voit sa vie basculer un soir quand un psychopathe s’introduit dans son domicile. Sa fille et son mari sauvagement assassinés, elle en réchappe mais reste paraplégique. Deux ans plus tard, elle décide d’organiser un plan pour se venger, mais elle a besoin de quatre personnes…

Ces quatorze dernières années, la Corée du Sud est un pays qui s’est révélé à la face du monde, de par son essor économique, sa pop bubble gum (la k-pop) et ce qui nous intéresse le plus ici, son cinéma de genre. De la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook (particulièrement les chefs d’œuvres Old Boy et Lady vengeance) à l’avènement éclectique de Kim Jee-won (2 soeursBittersweet Life, Le Bon la Brute et le Cinglé, J’ai rencontré le diable), la geek attitude de Bong Joon-ho (The Host, Transperceneige) en passant par le discret Na Hong-jing (The Chaser, The Murderer) ; le cinéma de genre sud-coréen prend plaisir à repousser les limites et codes du thriller, entre violence, folie et aliénation. Et les festivals sont la première tribune donnée. En effet, le festival du film fantastique de Gérardmer a couronné en 2011 Bedevilled de Jang Cheol-so  et l’édition précédente de l’Etrange Festival a permis au public français de découvrir Confession of murder de Jeong Byeong-gil. Pour The Five, il s’agit d’abord d’un groupe de personnages, postulat pourtant rare dans le cinéma de genre sud-coréen, qui n’ont rien à voir ensemble, mais ont un terrible point commun: à part Eun-ah ils ont tous un membre de leur famille à attendre un don d’organe. De là, entre celui au boulot le plus noble (docteur) qui a l’attitude la plus lâche, les teigneux qui ont toujours l’air énervés ou la jeune femme soumise au boulot crapuleux (traquer les adultères) ou à sa condition de sexe faible (ses charmes en échange de faveur), le récit pose la question de la justice tantôt par le biais de la chrétienté, tantôt par le biais du sentiment de nécessité. En effet de la première direction choisie, le scénario fait intervenir une chrétienne convaincue en auxiliaire de vie à Eun-ah, qui d’ailleurs semble utiliser sa foi pour ne payer ses achats mais montre en fait une grandeur d’âme car elle a autant souffert que l’héroïne. Pour la seconde direction le récit opte pour la bassesse, les personnes réunies autour d’Eun-ah se montrent prêt à tout pour récupérer ses organes sans l’aider dans son enquête (guet-apens…). Face à la détresse d’Eun-ah, le spectateur semble être le premier à avoir de l’empathie, avant les autres personnages, complètement absorbés, que dis-je obnubilés, par leur propre peur de perdre un être cher. Alors tout le récit essayera de montrer Eun-ah et son amie bigote comme des véritables saintes post-modernes.

Pourtant, il est surtout question de vengeance pour Eun-ah. En effet, on alterne les séquences de torture du sociopathe traqué et les flash-backs nostalgiques ou cauchemardesques de l’héroïne en fauteuil roulant, qui peut pousser le spectateur à bout. Certes il est soumis à la question du voyeurisme, de la surveillance généralisée de nos sociétés urbaines pour ne pas dire l’espionnage (tantôt on filme de très près, tantôt de très loin), mais aussi à l’incompétence de la police (idée largement répandue dans le giallo italien comme dans le cinéma sud-coréen) et le justice qui tarde à faire son travail, provoquant une ambiance nerveuse amplifiant l’identification à l’héroïne. Qui d’un affront, d’un manque de manière sociale, voire d’une agression verbale ou physique n’a pas souhaité une justice rendue vite, nette et sans bavure? Étant donné qu’on regarde un long-métrage, tout ceci est exacerbé: la scène où la protagoniste principale se remémore la nuit fatidique en montrant son ancienne maison et les lieux et places des membres défunts de sa famille pour convaincre les quatre personnes réticentes à son plan est bouleversante. Et le meurtrier n’est pas en reste, avec un profil dont le récit explique ses agissements par un acte de création (des poupées parfaites…). Par conséquent c’est une mise en scène brute soulignant la condition humanoïde actuelle (oui un thème qui m’est cher), en clair une humanité qui ne vaut pas grand chose car il est difficile de d’élever, surtout si on a été meurtri (dans sa chair pour Eun-ah). Une humanité bancale où la confiance est relégué derrière le mensonge. Alors faut-il mieux mourir en martyr?

Certains disent thriller, d’autres film policier ou polar, appelez cela comme vous voulez à partir du moment que ce soit originaire de Corée du Sud. Sinon abstenez-vous, sérieux. The Five? Sur cinq.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…