Critique de Near Death Experience

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Near Death Experience

De Benoît Delépine et Gustave Kervern

Avec Michel Houellebecq

France – 2014 – 1h27

Rating: ★★★★★

Voici Paul : cinquantenaire, marié deux enfants, employé de plate-forme téléphonique, alcoolique et dépressif. Plaquant subitement son quotidien morne et ronflant, notre homme part s’isoler dans les montagnes dans l’optique de se suicider. Seul avec lui-même, il médite sur sa condition d’homme moderne dans une société qui va trop vite.

Sixième collaboration d’une carrière cinématographique fructueuse entre Benoît Delépine et Gustave Kervern, Near Death Experience vient marquer une étape importante dans la filmographie des deux larrons grolandais. En effet, bénéficiant de la présence exclusive du sulfureux écrivain français Michel Houellebecq, en phase de réhabilitation populaire (un disque avec Jean-Louis Aubert, un autre premier rôle  dans L’Enlèvement de Michel Houellebecq), cette nouvelle comédie existentialiste tournée en quelques jours avec une vieille caméra vidéo suit le chemin accidenté des révolutions filmiques intellectuelles et fauchées jusque-là réservée aux Jean-Luc Godard et autres Alain Cavalier.

Avec sa forme rugueuse et son paupérisme revendiqué,  Near Death Experience ferait même passer les récents Mammuth ou Le Grand soir pour ces comédies mainstream qui trustent la tête du box-office français. Pourtant, cette expérience cinématographique n’a rien d’inaccessible et s’ajuste d’elle-même sous le poids de ses deux entités pensantes. Jusqu’à présent,  Delépine et Kervern tournaient autour de questions sociétales sans vraiment toucher du doigt le cœur le plus pertinent de leurs sujets. Quant à Houellebecq, il lui restait à nous faire oublier la déconvenue de La Possibilité d’une île, son ultime long-métrage qui avait reçu un accueil critique désastreux. Dans Near Death Experience, la poésie anarchiste du duo grolandais s’envole littéralement dans les plus hautes sphères, propulsée par la lucidité froide et désabusée de l’écrivain qui délivre quelques saillies aussi précises que désarmantes sur les contradictions de la vie en couple, en famille, en société, au travail… Avec son maillot cycliste Bic, Houellebecq incarne l’homme jetable, ce personnage au cœur de son œuvre littéraire depuis Les Particules élémentaires, avec un sérieux et un abandon qui forcent le respect.

Ni vraiment drôle, ni vraiment grave, Near Death Experience est peut-être la meilleure œuvre de ses auteurs car elle reste la plus claire et la plus efficace, la radicalité de la forme ne faisant que renforcer la portée philosophique du propos jusqu’à sa chute aussi drôle qu’inattendue. Celui qui acceptera l’expérience en ressortira stimulé, grandi, voire même le sourire aux lèvres car cette ode au suicide se révèle finalement comme le feel good movie le plus improbable de l’année.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».