Critique: Les Tueurs de la lune de miel [L’Etrange Festival 2014]

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The Honeymoon Killers

 

De Leonard Kastle

Avec Shirley Stoler, Tony Lo Bianco, Mary Jane Higby, Kip McArdle

Etats-Unis – 1970 – 1h50

 

Rating: ★★★★★

 

 

Étrange oeuvre que ce Tueurs de la Lune de miel. Confiée à la base à Scorsese, écarté dès la première semaine de tournage car jugé trop lent parle producteur Warren Steibel, la réalisation échoue finalement à  Leonard Kastle, auteur du scenario, dont le film reste l’unique one shot.

Inspiré par un horrible fait divers remontant à la fin des années 40, les meurtres perpétrés par Raymond Fernandez et Martha Beck, couple de tueurs en série exécuté en 1951 pour avoir assassiné une vingtaine de femmes qu’ils repéraient sur les petites annonces, le film est une vraie perle d’une beauté froide et minimaliste, qui n’est pas sans rappeler la noirceur rétro d’un Baby Jane.

Ce qui est absolument remarquable dans Honeymoon Killers, c’est l’équilibre qu’il parvient à dégager, en étant à la fois délibérément classique voir rétro dans certains aspects ( les ponctuations musicales de Mahler, tel un bon vieux film noir des 50’s, l’ambiance générale du film dont l’action se déroule en 1947), tout en étant très moderne dans sa forme, dans sa réalisation, fortement inspirée par la Nouvelle Vague (Nouvel Hollywood oblige), Godard et son A Bout de souffle en tête, mais aussi de ses pairs (on ne peut s’empêcher de penser à Arthur Penn ou Peckinpah), dans sa mise en scène de la violence, dans ce soucis d’un réalisme cru.

 

 

Porté par un duo d’acteurs remarquable, Shirley Stoler, flamboyante de charisme, et Tony Lo Bianco, le film adoptant le point de vue de Martha, ne se positionne jamais moralement contre elle, faisant de son amour et de son désespoir le moteur de la narration, sans pour autant tomber dans la victimisation. Kastle sublime Stoler, lui offrant une prestance dingue, à la lisière entre folie passionnelle et mal-être profond. Tissant à la fois en profondeur leur rapport amoureux compliqué, la nature d’escroc de Ray et l’instabilité affective de Martha, le film les suit au final dans un engrenage prévisible dont la fin demeure inéluctable. Faisant d’eux des Bonnie & Clyde de la petite semaine (escroquer des femmes seules, ça reste bien moins sexy que de braquer des banques), Kastle cherche à retranscrire à la fois la banalité de leur folie ordinaire,  motivée par un projet de vie tranquille et de bonheur simple.

Thriller mâtiné de drame et d’horreur, Les Tueurs de la Lune de Miel surprend à la fois par ses choix de mise en scène, à la fois très rétro, reprenant des codes classiques du film noir des 50’s, et très moderne, empreinte de la fraîcheur de la Nouvelle Vague et de son influence sur le Nouvel Hollywood. Un film atypique, en dehors de son époque, du temps qui conserve toujours 44 ans après la même force et le même impact.

 

Lullaby Firefly

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.