Interview de Mick Garris

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Réalisateur souvent attitré aux adaptations de Stephen King (pas moins de six entre 1992 et 2006), il est aussi à l’origine de la série Masters of Horror. Au-delà de cette carrière connue du grand public Mick Garris a aussi constitué un important lot d’archives allant d’entretiens avec de nombreux réalisateurs (Steven Spielberg, William Friedkin, …) à la réalisation de plusieurs making-of. A savoir qu’il a aussi organisé une rencontre entre John Landis, David Cronenberg et John Carpenter en 1982 (disponible sur l’édition Criterion de Videodrome). Je lui ai posé quelques questions afin d’en savoir plus sur ce passionné qui a débuté comme réceptionniste en 1977 pour la société Star Wars de George Lucas pour peu à peu parvenir à mettre lui-même en scène ces histoires effrayantes qu’il affectionne tant.

Vous avez toujours œuvré dans le cinéma de genre, d’où vous vient cette passion pour le cinéma d’horreur ?

Je pense que la plupart des gens qui travaillent dans le genre horrifique étaient un peu à part dans leur jeunesse. A l’école, nous n’étions pas les jeunes populaires, ni les athlètes ou les dragueurs. Nous étions plus renfermés, rêveurs, de ceux qui lisent beaucoup de livres, regardent beaucoup de films et qui cultivent leur imagination. Souvent nous nous tournions vers l’horreur et le fantastique comme une échappatoire à un quotidien pas toujours joyeux. Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours regardé des films d’horreur. Ce n’était pas uniquement ce que je regardais, mais c’est ce qui m’attirait le plus. Je pense que les gens comme nous sont plus attirés par la psychologie du monstre que par celle du héros.

Vous entretenez  une relation particulière avec Stephen King dont vous avez adapté un grand nombre d’écrits et ce dès 1992 avec La Nuit Déchirée qui est basé sur une nouvelle non-publiée de l’auteur. Comment est née cette collaboration ?

En effet, ça a commencé avec La Nuit Déchirée. Le choix du metteur en scène devait se faire entre moi et un autre réalisateur qui intéressait les studios, ils ont alors envoyé mon film Psycho IV, et un film TV de l’autre réalisateur à Stephen King. Ainsi, Stephen m’a choisi par rapport à mon travail sur Psycho IV (peut-être aussi car les deux films se concentrent sur le thème de l’inceste entre les personnages principaux). Il était si heureux de notre collaboration sur La Nuit Déchirée qu’il m’a demandé de diriger Le Fléau. Stephen King était producteur sur ce dernier et se trouvait donc sur place durant au moins la moitié du tournage. Nous sommes devenus de bons amis à ce moment là. Et lorsque Le Fléau a connu un énorme succès, la chaine lui demanda s’il avait d’autres projets pour la télévision. Il s’est avéré qu’il voulait faire Shining et il m’a demandé de le diriger. Notre amitié a encore grandi à partir de là.

C’est donc en 1997 que vous avez réalisé une nouvelle version du roman culte Shining de Stephen King sous la forme d’une mini-série d’une durée de 4h30. La version de Kubrick est considérée comme l’un des plus grands films de son réalisateur mais Stephen King ne l’apprécie guère, le voyant comme une trahison. Quel est votre point de vue sur le film de Kubrick ?

Je pense que c’est un grand film de Kubrick, mais ce n’est pas une adaptation très fidèle au livre.

"Shining" de Mick Garris (1997)

Jusqu’à maintenant vous avez principalement travaillé pour la télévision mis à part pour quelques films comme Tremors 2 ou Riding the bullet. Est-ce un choix de votre part ?

Oui et non. J’aimerais faire plus de films pour le cinéma mais les opportunités qui me sont proposées à la télévision sont biens meilleures que celles que je reçois pour le cinéma, du fait que j’ai eu beaucoup plus de succès à la télévision que sur grand écran. Donc, je préfère de loin faire de la bonne télévision à des films médiocres.

On connait un peu moins votre facette de scénariste et pourtant vous avez participé à de nombreux projets comme Miracle sur la 8ème Rue, La Mouche 2 ou bien Hocus Pocus. L’écriture vous passionne-t-elle autant que la mise en scène ?

Lorsque vous écrivez pour quelqu’un d’autre, c’est au réalisateur de comprendre et de travailler la mise en scène. Si quelque chose est important pour l’histoire, je vais décrire comment il est mis en scène, mais j’essaie de vraiment limiter au maximum cet aspect du script. Par contre, quand j’écris pour moi-même, pour l’une de mes réalisations, je vais souvent être plus précis sur la mise en scène, les couleurs, et d’autres détails que je souhaite. Je fais aussi des listes très détaillées pendant les prises de vue, chaque week-end précédant la semaine de tournage, de sorte que tous les acteurs sachent ce que j’ai à l’esprit.

Il paraitrait qu’à la fin des années 90 vous ayez été pressenti pour réaliser La Momie, le blockbuster signé Stephen Sommers sorti en 1999. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Il s’agissait de films très différents. Mon point de vue sur La Momie est venu d’un traitement signé Clive Barker. Celui-ci prenait place à Los Angeles et Beverly Hills, et se voyait disposer d’un budget très limité. C’était un vrai film d’horreur, à la fois effrayant et empreint d’une tension sexuelle – comme on est en droit d’attendre de la part de Clive Barker – et cela n’avait rien à voir du tout avec le blockbuster La Momie que le studio a fini par faire.

En 2005 vous créez la série Masters of Horror, une anthologie regroupant de grands noms du cinéma d’horreur. Comment est né ce projet ?

Cela s’est fait à travers des amitiés. Beaucoup de réalisateurs de films d’horreur sont des amis, et nous nous croisons régulièrement lorsque nous participons à des festivals, conventions et autres. A l’époque, j’ai décidé d’organiser un dîner avec plusieurs d’entre eux, juste pour le plaisir. Nous avons eu ce dîner, et dix ans plus tard nous sommes toujours énergiques et motivés. Nous allons nous réunir encore prochainement, et il y aura près de trente cinéastes à venir. Quoi qu’il en soit, lors de ce repas, nous avions discuté de nos futurs projets, de l’idée de faire un travail sans interférence avec les studios et j’ai eu l’idée que nous pourrions être en mesure de transformer ces envies en une série télévisée. Toutes les personnes que nous avons rencontrées ont aimées l’idée, et ils se sont joints à nous très rapidement.

Depuis quelques semaines vous mettez en ligne des interviews que vous avez réalisées par le passé dans lesquelles vous proposiez des entretiens avec de nombreux cinéastes tels que John Carpenter, William Friedkin, … De plus, au début de votre carrière vous avez œuvré sur des making-of pour divers longs-métrages comme The Thing de John Carpenter ou Videodrome de David Cronenberg. Bien que vous soyez devenu vous-même réalisateur, ces archives et votre manière de travailler semblent montrer que vous restez avant tout un passionné, toujours admiratif de ces réalisateurs qui vous ont influencés. Est-ce vrai ?

Absolument. J’aime les films et j’aime surtout les films d’horreur. Ces cinéastes sont quelques-uns de mes amis les plus proches. Ces conversations sont trop précieuses pour ne pas les mettre à disposition du public, et je suis heureux que tout le monde puisse voir cela sur mon site gratuitement, à tout moment et n’importe où dans le monde.

Quels sont vos futurs projets ?

Mon deuxième roman sera publié en Décembre. J’ai produit un film qui s’appelle Invincible et qui sortira le jour de Noël, réalisé par Angelina Jolie, et j’ai réalisé un épisode d’une série intitulée The Witches Of East End qui passe actuellement à la télévision. En ce moment je travaille aussi sur la création de pas moins de trois séries, toutes terrifiantes ! Je suis donc occupé comme je ne l’ai pas été depuis longtemps !

Dans la génération actuelle il y a-t-il des réalisateurs que vous appréciez ou tout simplement des films récents qui vous ont marqués ?

Je suis un grand fan de Guillermo Del Toro. Mais j’aime surtout découvrir de nouvelles choses dans le monde entier. Dans les semaines à venir je vais me rendre dans divers festivals se déroulant au Mexique, au Texas et en Serbie. J’attends de découvrir des choses nouvelles et intéressantes que je n’aurais pas eu l’occasion de voir à Los Angeles.

 

Propos recueillis par Nico Darko

 

 

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).