In The Dark : Anchorman 2 – Légendes Vivantes (2013)

 
 
 

I don’t think arrested-adolescent humor will fade. Maybe the form will change, but I guarantee its replacement will still be based in immature behavior from mature figures.” Adam McKay

I always find it actually funny that the analysis is that the characters I play in comedies are the manchild, the adolescent, characters that refuse to grow up. And yet, if you look back in the history of comedy all the way back to the Marx brothers, that’s a big part of comedy.” Will Ferrell


 

Vive la France ! (Mickael youn®™)

 

En 2004, Anchorman premier du nom fait un carton en Amérique, rapporte 85 000 000 dollars pour un budget estimé à 26 000 000 et consacre Will Ferrell jusque là davantage habitué aux seconds rôles. En France, le film ne sortira que l’année suivante et passera inaperçu, attirant un peu moins de 3000 personnes dans une combinaison de salles des plus restreintes. Tout ceci aurait pût être un plan marketing mal orchestré si cette même situation ne s’était répétée pour la majorité des productions Apatow qui connaîtront soit le même sort, soit une sortie directement en vidéo. Neuf ans après la sortie du premier film, rebelote avec Anchorman 2 sauf que cette fois-ci aucune diffusion n’est programmée dans les salles françaises, reléguant le film à une simple sortie dans les bacs plusieurs mois après son exploitation sur le sol américain.

Pourtant, la donne a évoluée, Judd Apatow remporte une forte popularité outre-Atlantique, tout comme Will Ferrell qui y est l’un des comiques les plus appréciés, sans oublier Adam McKay dont la carrière s’est poursuivie avec Frangins malgré eux ou Ricky Bobby. Difficile de trouver une raison justifiant un tel mépris vis-à-vis de ces métrages, la possibilité maintes fois évoquée selon laquelle le public français ne serait pas friand de l’humour made in Apatow semble trop simpliste au vu du succès de ces derniers sur le marché de la vidéo. Considérant le nombre de comédies françaises qui pullulent sur les écrans chaque année, il est imaginable que cette décision soit prise pour ne pas supplanter les productions nationales ou pour permettre de conserver une certaine homogénéité des genres proposés au spectateur. Simple supposition pour un choix qui se révèlerait lamentable mais non pas inconcevable. La comédie française comprend son lot de vedettes qui marchent à l’unisson, évoluant de la comédie vers d’autres genres, tout en prônant un certain individualisme là où Apatow et sa bande représente davantage une famille qui ne cesse de s’agrandir. Difficile au jour d’aujourd’hui d’imposer par chez nous une formule déjà bien installée depuis plus de dix ans aux Etats-Unis et dont la France n’a jamais désiré une réelle importation.

L’autre raison qui pourrait expliquer une telle méconnaissance du cinéma de Judd Apatow est son approche de la comédie, bien éloignée des canevas propres aux comédies française des années 2000/2010, ainsi que la participation d’acteurs et d’actrices tout bonnement inconnus du grand public dans certains cas. On accordera que ces films peuvent parfois être assez difficiles à étiqueter et qu’ils ont tendance à se référencer à une culture trop référencée, mais cette éventualité ne peut dissimuler un marketing au rabais. En parallèle, la communication autour de la sortie d’Anchorman 2 fut grandiloquente en Amérique, Will Ferrell allant même jusqu’à participer à un véritable JT accoutré en Ron Burgundy. Faudra t-il attendre que Will Ferrell fasse son Man on the Moon ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind pour qu’un semblant d’intérêt lui soit accordé dans l’hexagone ?

 

The Show Must Go On

 

Alors que le premier Anchorman prenait place dans les années 70 et présentait Ron Burgundy comme un gourou régnant en maître sur l’univers des médias, il traitait en filigrane de la gente féminine (en s’inspirant de l’histoire vraie de la journaliste Jessica Savitch) au sein de ces confréries machistes aux préjugés aussi ancrés que leur connerie. Anchorman 2 se situe au début de la décennie suivante, les eighties, où l’univers reste le même mais où la thématique devient l’arrivée d’un nouveau format télévisuel, celui de l’information en continu et surtout de l’information-spectacle dont Ron Burgundy est présenté comme en étant le précurseur, notamment lorsqu’il décide de relater en direct une course poursuite faisait la joie d’un public totalement conquit par ce cirque télévisuel. La chaîne de télévision nommée GNN (Global News Network) s’inspire du lancement de la fameuse CNN (Cable News network) qui en 1980 fut la première à proposer ce format en continu alors raillé par les autres chaines. Sans pour autant entrer en profondeur des les arcanes d’un tel système, le film n’abandonne jamais sa vision cynique de ce média de masse. Il rappelle à diverses reprises à quel point ces chaines sont avant tout des entreprises commerciales où la concurrence fait loi.

Au-delà de ça, Anchorman 2 esquisse brièvement le contrôle exercé sur ces chaines par des pontes financiers aux intérêts autres que celui de proposer du journalisme intègre. Ainsi, le grand manitou de GNN se révèle être aussi actionnaire d’une compagnie aérienne, ce qui l’amène à refuser la diffusion d’un sujet jouant contre ses intérêts personnels. La raison qui explique le triomphe de l’émission présentée par Burgundy et ses acolytes se résume à une réplique lancée par ce dernier : « On essaie de rendre l’information moins chiante […] Parce qu’on doit dire aux gens ce qu’ils doivent entendre ? Pourquoi ne pas dire ce qu’ils veulent entendre ? » L’information n’est plus là pour être une source de connaissance mais se résume à une simple distraction. Peu importe la véracité des faits, elle doit divertir, et cela fonctionne quand l’audience atteint des sommets. Pour preuve, cette scène où l’un des téléspectateurs enjoué s’exclame : « Depuis quand les infos sont géniales ? ». A l’heure d’aujourd’hui, ces chaînes continuent encore de créer certaines polémiques quant à leur manière de diffuser l’information, de nombreux exemples démontrant que cette perpétuelle chasse aux news mène à des spéculations parfois sans fondement, à des informations contradictoires où la contextualisation est souvent abandonnée au profit de l’émotion. L’information n’est plus étudiée mais consommée. Dans Anchorman 2 ce tournant est un véritable triomphe pour la chaine qui abandonne rapidement ses ambitions de haut journalisme pour laisser carte blanche aux quatre lurons. Ces derniers représentent tous les poncifs de l’américain cloitré dans ses préjugés, une caricature du patriotisme dans ses plus bas fondements que Ron Burgundy ne cesse de défendre comme lorsqu’il conclut son émission par « Plus qu’une bonne nuit, je vous souhaite une nuit américaine ».

 

Le sens de l’humour

 

Les productions et réalisations Apatow se distinguent clairement en deux axes. D’une part des titres comme 40 ans toujours puceau, En cloque mode d’emploi ou Funny People (trois réalisations Apatow) qui exploitent la comédie dans un cadre restreint en s’attachant davantage aux sentiments, aux dialogues et interactions des personnages. Ainsi, le personnage de George Simmons interprété par Adam Sandler dans Funny People, atteint d’une leucémie, utilise sa répartie pour ironiser sur sa situation et refuser de se confronter au réel, tout comme le personnage de Benjamin Stone dans En cloque mode d’emploi pour qui l’humour est un moyen de s’extirper de ses responsabilités. Ces films ont plusieurs grilles de lectures, à la fois comiques et dramatiques leur approche alterne entre cinéma d’auteur et comédie bien grasse.

Judd Apatow décide de simplement raconter une tranche de vie de ces personnages, sans établir de point A et B, mais en prenant le temps nécessaire (ses films affichent souvent plus de deux heures au compteur) et en les faisant évoluer dans des situations sommes toutes banales mais fondatrices. L’humour y est avant tout employé pour dévoiler la part joyeuse et sombre du sujet qu’il traite. D’une autre part on retrouve les réalisations de Adam McKay, à savoir Frangins malgré eux, Ricky Bobby et les deux Anchorman. La direction prise est autre puisque l’humour prime sur tout le reste. Ces films peuvent être décrits comme un habile mélange de l’humour propre aux productions de la firme mêlé à un sens de la narration plus proche du cinéma des frères Farrelly des années 90 dans ce désir de pousser l’absurde dans ses retranchements. Difficile en effet de ne pas voir une corrélation entre les deux ahuris de Dumb et Dumber et l’équipe de Ron Burgundy, tous ces personnages créant l’hilarité par leur bêtise profonde. Il est intéressant de noter que dans les deux cas les metteurs en scène sont pleinement conscients de cet aspect outrancier en les dépeignant comme des êtres convaincus de leur supériorité et ayant une haute estime d’eux mêmes (Lloyd Christmas se voit comme un vrai séducteur, Ron Burgundy comme un patriote, parfait représentant de l’Amérique qu’il chérit) tandis que le spectateur contemple tout bonnement leur bêtise.

Adam Mckay fait de la comédie pure, ne cherchant jamais à déborder sur un autre terrain. Les gags s’enchainent sans temps mort et le non-sens parvient même parfois à percer l’écran. Il privilégie l’inattendu, n’hésite pas à faire durer des gags où l’on ressent la pleine improvisation des comédiens et bouscule les critères académiques du genre. Aux cotés de Will Ferrell, l’autre personnage phare de cette suite est Brick, incarné par Steve Carell, dont l’absurdité se situe plusieurs crans au dessus des autres personnages (c’est dire !), lui conférant une intrigue amoureuse extérieure au récit principal qui laisse place aux gags les plus décalés du film. Au sujet d’Adam Mckay et de Will ferrell, Judd apatow déclare : «  Ils ont réussi à créer un monde absurde qui n’appartient qu’à eux ». C’est là que se situe clairement l’approche singulière de McKay et Ferrell. Apatow offre une vision plus réaliste du quotidien et de l’ordinaire là où eux créent un univers totalement libre, ouvert à toutes les expérimentations. Dans Anchorman 2, le scénario en lui-même n’est jamais le point d’orgue, ce sont les blagues et les situations qui vont permettent de faire avancer le récit dont l’une des idées est de faire tomber de leur piédestal ces personnages aveuglés par la confiance démesurée qu’ils ont en eux-mêmes. Pour autant, point de leçon de morale explicite (légèrement soulignée mais jamais frontale) de la part du metteur en scène qui, encore une fois de manière similaire à Lloyd et Harry dans Dumb et Dumber, montre ses personnages se relever de leurs échecs sans en tirer une quelconque leçon. Ron Burgundy finira à deux doigts de se faire bouffer par un requin et Lloyd laissera filer un car rempli de tops modèles à la recherche de masseurs. Leur connerie est donc sans fin et on ne leur en voudra pas.

Le film sera diffusé par le FIST le 16 septembre 2014 au Diapason à Rennes.


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Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).