Critique: ID

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ID

De Kei Fujiwara

Avec Kei Fujiwara, Kimihiko Hasegawa, Kenji Nasa, Baiken Jukkanji, Hiroshi Kitano,…

Japon – 2005 – 1h33

Rating: ★★★★★

Un amnésique schizophrène, à la fois porté par la voix du Buddha, ainsi que par une autre, féminine, plus mystérieuse, échoue au sein d’une petite communauté ouvrière située à proximité d’un abattoir. Peu de temps après son arrivée, une série d’incidents particulièrement violents commencent de se produire ..

Plus connue du grand public pour son rôle dans le Tetsuo de Shinya Tsukamoto, Kei Fujiwara est issue de la scène théâtrale alternative nippone (la troupe Organ Vital) et c’est probablement là qu’il faut chercher les racines de la nature paroxystique et convulsée du film. Se référant de loin en loin au chef-d’œuvre d’Akira Kurosawa, Dode’s Kaden, et à son ghetto art-brut, la comédienne endossant ici les postes de réalisatrice, directrice photo et monteuse nous offre à travers le prisme de ce microcosme vivant en autarcie quasi-totale une réflexion, un film-somme n’ayons pas peur des mots (aussi graphique que scénographique et que cinématographique, oui), à propos  du rapport de l’être humain vis-à-vis de sa part d’animalité.

Si la trame principale se révèle de l’ordre du polar, les personnages de l’amnésique et du détective seraient issus du premier long-métrage de Fujiwara –Organ, que je n’ai malheureusement pas encore vu. Toutefois les antécédents entre les deux protagonistes sont bien évoqués et cela n’entame en rien le visionnage de ID. On peut très bien se le prendre en pleine face comme moi en Festival , sans savoir d’où ça sort, et dix ans après y repenser encore – l’intrigue se permet de nombreux interludes sur la vie interne de la communauté développant une foule de personnages secondaires, tous plus bringuebalants les uns que les autres. Si l’approche demeure burlesque au premier abord, ces quelques scènettes dispatchées se feront rapidement prétextes pour explorer des traumas plus profonds, où nos personnages finiront de se révéler absolument bousillés par le pathos de leurs origines. La réalité de leur situation n’arrangeant  rien à la chose : le désir y est exacerbé et la sexualité se pratique dans la violence.

Nul doute que nous avons définitivement affaire ici au vestiaire du monde et les occupants y sont comparés sans ménagement aux porcins avec lesquels ils co-habitent. Le sous-texte du récit, s’exprimant à travers les voix qu’entend l’amnésique, oscille entre les deux notions de pardon et de punition inconditionnels. Si l’on dispose à peine du langage, peut-on réellement invoquer le pardon ? Peut-on même ne serait-ce que le souhaiter, ou bien souhaiter améliorer sa propre condition ? De fait, doit-on être jugé pour cela ? Le film fait s’entrechoquer dans la douleur l’inconscience la plus (psycho) pathologique qui soit avec l’innocence la plus candide, qu’on ne penserait pas aller chercher de prime-abord dans un vide-ordure. Mais c’est pourtant bien là où elle se trouve.

Non-contente d’aborder un peu tous les registres, à grands renforts de marionnettes géantes et de prothèses en papier mâché (et même parfois de décors en sac poubelles) Fujiwara renoue avec la dimension théâtrale du cinéma, éminemment cathartique, toute en performance, et insuffle la même radicalité à sa mise-en-scène. Enchaînant des moments presque documentaires et contemplatifs à des saillies complètement expressionnistes – citant aussi bien le Hell de Nobuo Nakagawa que David Lynch – la narration y est complexe, reposant beaucoup sur le montage alterné à l’intérieur duquel viennent en plus se greffer de nombreux flash-backs et autres visions oniriques.

Tous ces aspects demanderont certainement au spectateur une attention un peu plus appuyée qu’à l’ordinaire mais c’est aussi ce qui fait la force et la beauté de la démarche de Fujiwara : l’entièreté absolue de son approche, la volonté de composer absolument avec tous les paramètres du matériau filmique. Non, on ne voit pas un film comme ça tous les jours, et il est certain que ça se fait pas tout seul non plus, car des décennies entières séparent chacune des réalisations de la comédienne. Il n’est pas exclu que Organ et ID  ne soient les deux premiers volets d’un triptyque, et on espère qu’une prochaine réalisation viendra attirer l’attention du public sur Fujiwara. Comme on le dit un peu trop négligemment dans la profession  (« ça-t’-ennuie-pas-si-je-t’-appelle- coco-? ») je crois qu’on tient là du gros potentiel…

                                                                                                         Nonobstant2000

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