Critique: Howard The Duck

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Howard The Duck

De Willard Huyck

Avec Lea Thompson, Jeffrey Jones, Tim Robbins, Ed Gale et Holly Robinson

Etats-Unis -1986 – 1h51

Rating: ★★★★★

 

Grand Pourfendeur d’Injustices Devant l’Eternel, je me devais de lever le voile sur l’identité réelle du canard dans la séquence post-générique de Guardians Of Galaxy : ce n’est pas parce que Disney a racheté Marvel qu’il s’agit pour autant de Donald ! Loin de là même, car Howard est en réalité une figure emblématique de la contre-culture des années 70 aux États-Unis. Créé par Steve Gerber (RIP, un des scénaristes les plus talentueux de l’écurie Marvel de cette époque, mais aussi un des plus dissidents) et Val Mayerik dans les pages de Man-Thing, la version Marvel de La Créature des Marais, Howard finira par avoir son propre comics et acquérir une telle popularité qu’il se retrouvera en lice pour les présidentielles de 1976 (!) du fait d’un épisode satirique de Gerber sur un parti politique fictif, le All-Night Party  -tiens, y a peut-être des trucs à prendre là-dedans…

Se targuant d’une origine davantage mystique (au lieu de la SF pour le film) le confrontant à des intrigues extra-dimensionnelles dans un premiers temps, l’arrivée de notre canard d’un autre monde sur notre belle planète sera le prétexte pour Steve Gerber de se livrer à des figures de hautes-volées en termes de satire sociale et politique à propos de son pays. La phrase-même que j’ai pu citer pour l’en-tête de l’article (« Trapped in a world he never made », que plus personne ne peut prendre au sérieux maintenant) est tirée d’un classique de la poésie américaine, « The Sentry » de A.E Housman, traitant lui-même du problème inhérent au fait d’être né dans un monde dont les lois ont étés concues par.. « d’autres ». Ainsi ne vous y trompez pas, derrière son cigare notre canard irascible se faisait bel et bien le chantre de la condition humaine.

L’aventure s’arrêtera en 1979 suite à des divergences éditoriales entre Gerber et Marvel – en fait la situation est devenue un cas d’école dans la profession en ce qui concerne la récupération des droits d’auteurs pour un artiste face à une grosse machine – mais en 1986, tout frais sorti de American Graffiti, George Lucas décide de rendre hommage au travail de Steve Gerber sur grand écran. Le résultat fût un flop retentissant au box-office, les critiques allant jusqu’à le qualifier de l’un des films les plus mauvais jamais réalisés, ce qui, pour citer un collègue d’Howard, « est trop injuste ». Certes les vannes n’étaient pas très drôles déjà  à l’époque, mais le film possède toutefois quelques qualités, qui continuent d’ailleurs de le rendre sympathique aux yeux d’un public nouveau toujours renouvelé.

Si la dimension subversive a été presque complètement occultée, l’intro sur la Planète des Canards demeure assez savoureuse et le film développera tout de même dans sa première heure un petit pensum sur les réalités sociales de l’époque, qui influencera certainement Luc Besson pour Le Cinquième Element, car en effet il y a une scène où Howard découvre par écrans interposés que ses congénères sont chassés en toute impunité une fois par an, et c’est assez proche de la séquence où Milla Jovovich pleure en découvrant le sens du mot … – bon pardon, j’ai pas pu résister. Viennent ensuite quelques péripéties qui lorgnent un peu sur le Pee-Wee’ Big Adventure de Tim Burton qui le précède d’un an, et où ça fait un peu mal au cœur de voir l’inoubliable futur protagoniste de L’Échelle de Jacob, Tim Robbins, faire le foufou de service (mais dont la performance dans Green Lantern est un hommage direct à celle de Jeffrey Jones ici, dans le même rôle d’un scientifique possédé par une entité extra-terrestre). Vaille que vaille, les réjouissances commencent tout à fait dans la deuxième heure, entamant une veine fantastique krazpek qui avait fait par exemple le succès de Ghostbusters : c’est bien fluo, des fois un peu suintant, mais ça nous emmènera tranquillou sur quelques beaux moments de stop-motion en fin de bobine. Notons également que l’ensemble de la photographie du métrage est tout de même assez réussie.

La grande question se posant dès lors, au vu de son caméo dans Guardians Of Galaxy, « pourquoi lui ? » « pourquoi maintenant ? » d’autant plus que Rocket Racoon lui a carrément coupé l’herbe sous le pied dans le rôle de la mascotte susceptible affublée d’un gros gun… La réponse est certainement à chercher du côté des scénaristes et auteurs Marvel (Brian Michaël Bendis, Joe Quesada) attachés à des postes de consultants (parfois même producteurs) au développement cinématographique des franchises de la maison – et n’en doutez pas, ça prendra le temps que ça prendra, mais ils vont vous refiler tout le catalogue… Le bon côté de l’histoire, comme avec les comics, c’est que les grosses séries permettent d’attirer l’attention sur des personnages secondaires (les « B-Listers »), moins connus, mais toujours chers au cœur des fans les plus hardcore. Ca marche pas à tous les coups, mais on peut au moins accorder à ces auteurs de profiter d’être aux commandes de séries-phares pour faire du fan-service (en fait ils sont très contents de le faire, car ces B-Listers seraient les persos sur lesquels ils travailleraient plus volontiers s’ils n’étaient pas tenus par les impératifs de rendement).

Au-delà de la nostalgie, les spectateurs auront remarqués que Marvel se défend à sa façon de son rachat par Disney, en faisant valoir une verve subversive qu’elle n’avait plus connue depuis justement l’époque d’Howard  – et pour cause, il se trouve que les années 80 étaient toutes entières tournées vers la concurrence, à savoir le run mythique d’Alan Moore sur Swamp Thing chez DC, qui a révolutionné la façon d’aborder les comic-books. Les années 90 elles, auront étés accaparées par les «  disciples » (non-officiels) de Moore, le plus connu étant Neil Gaiman avec The Sandman (enfin correctement édité chez nous, mais ça aura mis du temps) mais il faut compter également Grant Morrison avec ses revivals twilight zone de Doom Patrol et Animal Man (les lecteurs français le connaissent davantage grâce à son one-shot sur Batman, Arkham Asylum, et à son récent All-Star Superman), ainsi que Peter Milligan et sa relecture sublime du personnage créé par Steve Ditko, Shade The Changing Man. Le renouveau fût tellement absolu et imparable que l’on se réfère encore à cette période sous le sobriquet de «  British Invasion ».

Vous me pardonnerez je l’espère ce déballage de références, mais ce n’est pas complètement sans raisons. Si pour vous le mot « subversion » ne veut dire que peu de choses, alors je vous recommande ardemment la lecture de ces titres (ils sont tous ré-édités) et si ce que je crois qu’il est en train de se passer avec Howard se vérifie, je vous promets de très grands moments cinématographiques quand viendra le tour de ces personnages de se voir adaptés  – et pour The Sandman c’est déjà en route, car produit par Joseph Gordon-Levitt qui vient d’en acquérir les droits.. Quand ce sera le cas, n’oubliez pas, c’est sur Celluloïdz que vous en aurez entendu parler en premier.. !  -où j’en étais ? ah oui, la subversion du côté Marvel, ça donne un Mandarin dans Iron Man 3 qui n’est pas le véritable Mandarin mais un acteur de seconde zone dont l’aura terroriste  fabriquée de toute pièce fait furieusement penser au mystère qui entoure encore aujourd’hui la figure de Ben-Laden, et ça donne aussi un cours express de manipulation des masses en plein milieu de Captain America 2 .. Mine de rien, c’est tout de même un brin plus appuyé que les références plutôt anecdotiques à certains faits historiques de l’Histoire Américaine (la Baie des Cochons, l’assassinat de JFK) dans la franchise X-Men, bien heureusement revenue sous l’égide de Bryan Singer.

Vu sous cet angle, le choix du réalisateur James Gunn pour Guardians .. apparaît comme d’autant plus annonciateur que quelque chose se trame car il est notoire que celui-ci a fait ses premières armes ni plus ni moins que chez les productions Troma de Lloyd Kaufman . Mais ce n’est pas tout : quand on sait qu’un réal, quel qu’il soit, est toujours commissionné chez Marvel pour 3 films, et que Gunn a déjà annoncé qu’il réaliserait la suite de Guardians.. , il nous reste donc un « dernier film mystère » sur lequel le réalisateur a choisi de garder le secret pour le moment.. Alors bien sûr, on me demande déjà à l’oreillette ce que je fume au petit déjeuner, le mot « subversion » attaché à « Disney » dans une même phrase, forcément il y a de quoi s’interroger, mais on peut tout aussi bien se poser la même question avec les deux grosses compagnies de comics que j’ai pu citer auparavant, et pourtant  elles ont produites des œuvres qui font encore référence aujourd’hui, Watchmen notamment, ainsi que celles précédemment citées.. Si les grosses boîtes continuent de léguer leurs meilleures franchises à des réals compétents, c’est le spectateur qui y gagne (pourquoi pas un Doom Patrol par Terry Gilliam, The Creeper par Shinya Tsukamoto ou Shade The Changing Man par Damon Packard ?) et au vu du décérébrage ambiant, ça risque de détonner sévère. Après, si d’autres pensent pouvoir faire mieux qu’il ne se gênent surtout pas, en tout cas perso, le All-Night Party au pouvoir, ça me branche pas mal, j’ai carrément envie de voir ça ..

(et non, je ne dirais pas ce que je prends au petit déjeuner, mais ceux que ça intéresse vraiment peuvent s’en faire une idée plus précise ici )

 

 

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