Critique de Fargo (saison 1)

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Fargo (saison 1)

 

de Noah Hawley

avec Billy Bob Thornton,  Allison Tolman, Colin Hanks, Martin Freeman, Oliver Platt, Keith Carradine, Kate Walsh, Bob Odenkirk

Etats-Unis – 2014

Rating: ★★★★★

 

 Lester Nygaard est un être brimé. Sa femme lui demande régulièrement pourquoi elle l’a épousé, son frère dit qu’il n’a pas de frère et pour couronner le tout il se fait encore re-brimer par celui qui le brimait déjà dans la cour de récré. Lorne Malvo se retrouve aux urgences en même temps que Lester, parce qu’il a heurté un daim en voiture – et le type planqué dans son coffre en a profité pour se faire la malle (jeu de mots, pas fait exprès) ce qui au passage, attirera l’attention de la police. Mais nous n’en sommes pas là, après avoir écouté la liste de ses problèmes, Malvo lui fait une proposition qu’il devrait normalement refuser. Le problème avec Lester ..

Produite par les frères Coen d’après leur long-métrage éponyme datant de 1996, dont la mise-en-scène minimaliste a fait école depuis, l’univers de nos deux iconoclastes de génie se retrouve magnifiquement transposé à la télévision sous la plume de Noah Hawley. Véritable chef-d’oeuvre d’humour noir, la série redistribue les éléments du matériau original avec brio : fonctionnariat et sexisme nous sont montrés en temps réel, ainsi qu’un spectrum vertigineux de l’éventail de la bêtise et de la mesquinerie humaine. Le truc c’est que la plupart du temps il y a des vies qui sont en jeu et c’est bien ça le plus glaçant. Déjà qu’il y neige beaucoup. L’enquête policière s’y fait avec des moufles, mais surtout après le déjeuner. D’ailleurs que ce soit des tueurs à gages ou bien des agents fédéraux, tout le monde patine dans la semoule. Le tueur mystérieux incarné par Billy Bob Thornton n’est en rien dupe de tout ceci et s’amuse tel un ange des ténèbres etc, à semer le chaos et l’opprobre et la destruction au sein de cette tranquille communauté, prenant un malin plaisir à confronter le tout-un-chacun à leur conformisme et à leurs croyances, ce qui nous vaudra par ailleurs de succulentes séquences de chantage biblique. La congruence est le terreau du crime, que quelqu’un le dise au moins une fois, et c’est pourquoi il reste presque toujours impuni. On peut toujours compter davantage sur la médisance plutôt que sur l’entraide. Certes, la lumière perce malgré tout au travers des ténèbres de Fargo, par le biais des personnages de Gus et Molly, deux policiers de bourgades différentes et que la piste sanglante laissée par Malvo va faire se rencontrer, mais on peut dire que pendant un petit temps ils ont étés un peu seuls au monde – c’est ce qui fait que leur histoire est belle. La série enchaîne les moments de bravoure n’en doutez pas, mais nous aurons droit à une particulièrement superbe scène centrale (vraiment en plein milieu de l’épisode en plein milieu de la saison, pour dire) entre Gus et son voisin d’en face, crépusculaire absolument, qui peut-être, pourrait donner espoir de nouveau dans le genre humain.

 

Hawley s’est complètement approprié la fibre pince-sans-rire qui caractérise les films des frères Coen, et particulièrement leur mépris pour les convenances : tout dans Fargo refuse les grands totems de notre culture contemporaine, l’héroïne est plutôt bien portante, à l’encontre des standards de beauté actuellement en vigueur, et les hommes ne sont pas tous des Héros non plus. Et si nous avons bien quelques moments sanguinolents, la série se joue également du spectacularisme en le tournant allègrement en dérision : quid d’une fusillade dans une tempête de neige, ou uniquement montrée depuis une façade d’ immeuble. Ajoutons à ceci que le récit joue également à merveille avec sa propre chronologie, sans que ça fasse trop péteux ou trop téléphoné (ou trop étiré, pour vraiment remplir un scénario trop mince comme c’est malheureusement le cas par exemple avec la série de Robert Rodriguez, From Dusk Till Dawn, d’après son propre film également) et se renouvelle ainsi élégamment d’épisodes en épisodes. Le casting quand à lui est tout bonnement impeccable, Martin Freeman en fait des tonnes mais c’est juste sublime. Reconduite pour une 2e saison, il se pourrait bien (Joie.Bonheur.) que Fargo devienne l’épicentre de la filmographie des frères Coen retransposée : on nous annonce une relecture de Miller’ Crossing (le film où Gabriel-la-classe-Byrne épargnait John Turturro à la croisée des chemins et se prenait plus de beignes dans la gueule que n’importe quel individu ne s’en prend en toute une vie) au travers d’un segment de la jeunesse du père de Molly, incarné par Keith Carradine dans la 1ere saison. Etant donné que l’on a pu apercevoir au cours de cette dernière, au détour d’un plan, les prix du White Russian, les spéculations les plus folles viennent aussitôt à l’esprit : verrons-nous une préquelle à Big Lebowski qui ferait la lumière sur sa jeunesse glorieuse de militant ? Ou bien encore un remake de Blood Simple ?  – le tout premier film à petit budget des deux frères, un polar au cordeau qui promet dores et déjà son lot de rebondissements s’il devait se voir adapté au format sériel ..

Une des rares fois où l’on pourrait dire que le temps ne passe pas assez vite, car on aimerait déjà savoir, et y être.

 

 

 

 

  Nonobstant2000

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