Critique de Dolemite [L’Etrange Festival 2014]

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Dolemite

D’Urville Martin

Avec Rudy Ray Moore, Lady Reed, D’Urville Martin, Jerry Jones, Vainus Rackstraw

États-Unis – 1975 – 1h30

Rating: ★★★★☆

Dolemite, maquereau emprisonné pour recel de fausses fourrures et cocaïne, se voit proposer un deal : il sera remis en liberté à condition qu’il enquête sur les affaires de gang (trafic d’armes et drogues) de la ville. Des affaires qui ont déjà des victimes collatérales : son neveu a été abattu…

Pourquoi, me diriez-vous, attendre 4 ans pour expliquer la référence de mon nom. Pourquoi attendre 4 ans d’activité de Celluloïdz pour parler de la seconde franchise blaxploitation, après Shaft, en rapport avec mon identité sur le site. Peut-être qu’on attendait le bon moment, la bonne occasion et elle est maintenant. Les 20 ans de l’Étrange Festival à Paris, le quatrième anniversaire de Celluloïdz, le moment de passer un cap ? Néanmoins, le personnage d’Hamburger Pimp (en photographie d’illustration de l’article), car il achète ses sandwiches américains à crédit, se prénomme en fait Creeper. Il est un maquereau de bas étage, aux allures de sans-abri, et héroïnomane, qui a droit à une seule séquence du film où il explique l’assassinat du neveu de Dolemite après un fix, un shoot puis se fait tirer dessus et meurt. C’est alors un personnage tarantinesque, une seule séquence le rend culte et il incarne une grande partie du discours du film. Mais y a-t-il vraiment un discours dans Dolemite ? La blaxploitation est souvent perçue comme un mouvement cinématographique de moindre ampleur censé prolonger la lutte des droits civiques et la cause noire américaine, mais ce n’est tout à fait cela. Certes ce genre de films, qui sont des films de genre, mettent en avant des héros noirs, mais le cinéma américain en avait déjà créé (les rôles de Sydney Poitier) et peut-être sans stéréotype. En effet comment construire un discours socio-politique quand les protagonistes sont des gangsters, des proxénètes ou des queutards ? Expliquer que la société ne leur a pas proposé le choix ? Qu’il y a une sorte de fatalité ? Que c’est le gouvernement lui-même qui a infesté les rues, les villes majoritairement noires de drogues et notamment la pire d’entre elles le crack ? Dans ce cas-là, Django Unchained de Quentin Tarantino avait raison sur un point et le plus important (et sûrement le seul angle de vue intéressant du film) : depuis la fin de l’esclavage, le mâle noir américain est signifié comme un hors-la-loi. Les données actuelles donnent raison : plus de la moitié des hommes noirs majeurs américains sont sous les barreaux, les peines pour trafic de crack sont les peines les plus lourdes en matière d’affaire de drogues, devant la cocaïne qui est la drogue des blancs, tout aussi destructrices (quoique maintenant l’avènement du cristal methamphétamine…), sans parler de la discrimination et des récentes affaires de bavure policière (Trayvon Martin hier, Michael Brown aujourd’hui).

Pourtant, comme Louis Armstrong, de ces préjugés, de ces a priori, soit on en rit (Miles Davis ne comprenait pas cette attitude) ; soit on en discute toujours en riant ; soit on va plus loin et on en joue. De ce postulat, à ma réflexion, seules cinq entités  films sur la cinquantaine produit sont véritablement notables et marques d’un mouvement cinématographiques : Sweet Sweetback’s Baad Assssss Song de Melvin Van Peebles, le diptyque Coffy/Foxy Brown tous deux réalisés par Jack Hill et Car Wash de Michael Schultz et bien sûr la saga Dolemite. Tous ces films traitent véritablement des ghettos noirs. Oui il y des maquereaux, des « pimps », des queutards, mais ce sont eux qui financent leur quartier car les services sociaux ou autres institutions ne font rien. Oui il y a des armes, mais la Constitution américaine le permet et ces ghettos les utilisent pour se défendre, notamment de la police. Même les églises noires en possèdent, quand elles ne sont pas transformées  en clinique d’avortement… Ou en tribune voire meeting politique où les noirs débattent de leur cause. Oui beaucoup de noirs sont en prison mais peut-être qu’il y beaucoup d’injustice ou de corruption policière ou judiciaire. Et on y apprend le karaté, surtout les filles, pour savoir s’auto-défendre (Chuck Norris a prêté son dojo pour une séquence du film). Bien sûr on écoute de la musique, de la vraie bonne musique dans les ghettos, de la soul et du funk et enfin les années 70 voient apparaître l’afro – centrisme et le panafricanisme au sein de la communauté noire, cette volonté de retour aux sources africaines, de connaître le continent dont on vient et de faire le lien, d’où la coupe afro prend sens. Et ajoutons à cela, la résonance, que l’on ressent dans Dolemite, du Watergate : on ne peut faire confiance à ce gouvernement blanc menteur car cela ne leur suffisait plus de nous tuer dans les rues, les criminels et bandits à insigne, il leur faut tricher pour garder et contrôler le pouvoir, les nouveaux bandits et criminels sont en col blanc. Il est question de tout cela dans Dolemite, mais dans un amateurisme profond et particulièrement décousu. On ne compte plus les plans montrant la perche micro du son, voire le preneur du son et dans l’ensemble ce n’est pas du tout esthétique (mauvaise lumière, mauvais cadre, mauvais chef opérateur). Les acteurs ne sont pas très bons, tous les raccords sont mauvais, conjugués à un montage maladroit qui rend le récit confus par moments, le tout dans un langage de charretier.

Mais cela n’empêche pas un film jouissif et très drôle, agrémenté de déclamation poétique et style vestimentaire classe et flashy. C’est un film groovy pour les cinéphiles qui n’ont pas peur quand cela déborde et dégouline de partout.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…