Critique de Man on Fire

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Man on Fire

De Tony Scott

Avec Denzel Washington, Dakota Fanning, Radha Mitchell et Christopher Walken

États-Unis/Royaume-Uni – 2004 – 2h26

Rating: ★★★★★

Avant de nous quitter à l’âge de soixante-huit ans, Tony Scott vécut une expérience que tout artiste rêve de connaître un jour. L’état de grâce. Le destin voulant qu’à un instant t, tout s’imbrique parfaitement, tous les éléments se réunissent pour donner un résultat parfait. Les acteurs, le scénariste, le metteur en scène, le monteur, tous les corps de métiers qu’englobe le septième art se retrouvent connectés pour donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est dans un tel contexte que Man on Fire fut tourné.

John W. Creasy (Denzel Washington) est un ex-agent de la CIA. Rongé par les remords qu’un tel choix de vie peut imposer, il noie ses souvenirs douloureux dans l’alcool. Triste de le voir dépérir, son ami et ex collègue Paul Rayburn (Christopher Walken) lui décroche un job de garde du corps, espérant ainsi le sortir de sa solitude dépressive.

John Creasy est un personnage complexe. Conscient des actes horribles qu’il a pu commettre durant son passé, il ne pense pas mériter le pardon, la vie et encore moins une chance de pouvoir sourire à nouveau. Il demande à son ami Paul en début de métrage : « Do you think God’ll forgive us for what we’ve done ? » Ce à quoi Paul répond : « No ».

C’est pour les yeux d’une gamine dont il est le garde du corps, Pita, que Creasy laisse tomber sa bouteille de whisky. Pita débute alors un vrai travail d’apprivoisement sur John, cette dernière, avec ses yeux candides, ne comprend pas pourquoi cet homme dégage autant de tristesse. Cette attitude innocente et pure provoque un déclic chez l’ex tueur de la CIA. C’est autour d’une piscine que des liens se créent entre les deux personnages, Pita étant passionnée de natation. Son garde du corps lui apprend à nager plus vite et c’est aussi au bord de cette piscine que Creasy tend la main vers Pita pour la première fois. Tony Scott immortalise ce plan lourd de sens à merveille et marque le début du nouvel acte, la renaissance du héros. Creasy réapprend à vivre et devient une figure protectrice et paternelle très forte pour la jeune Pita. Notre héros commence à retrouver une place dans la vie et oublier son passé ténébreux. Mais la furie reprend le dessus lorsque Pita se fait enlever puis assassiner. C’est en ange exterminateur que Creasy réagit, la vengeance devient alors le nouveau but de sa seconde vie.

La mise en scène de Tony Scott atteint son paroxysme dans Man on Fire. La caméra épouse le point de vue du héros, les cadrages sont serrés là où se posent les yeux de Creasy, cette façon intime et sincère de capter les éléments importants dans le cadre confère au métrage une richesse visuelle hallucinante. Lorsque John essaie de rattraper la balle « qui ne part pas » avec la main, cette dernière rebondit sur sa paume et tombe par terre, comme si elle ne lui était pas destinée : « A bullet always tells the truth ». Quand Creasy, saignant de ses blessures, se baigne dans la piscine de Pita, comme pour se laver de ses péchés et retrouver un peu la compagnie de sa protégée, Tony Scott bascule complètement dans l’allégorie, faisant ainsi apparaître de temps en temps le fantôme de la défunte dans le cadre. Tant de détails visuels fourmillent dans ce film, Tony Scott raconte plus de choses avec ses images qu’avec les dialogues. La rédemption sera le plus beau cadeau offert à Creasy lors d’une scène finale gavée d’émotion, laissant notre héros torturé partir sur une note douce-amère, nous donnant par la même occasion une énorme envie de le serrer dans nos bras. Le jeu de Denzel Washington dans cette scène est d’une justesse rarement égalée dans sa carrière et les raccords dans l’axe que nous offre Scott sur le visage du héros qui s’éteint avec un léger sourire ne peut que vous tirer une larme.

Il est très difficile d’écrire sur un film que l’on adore (voyez comment je justifie mon manque d’objectivité de manière détournée), les superlatifs envahissent le texte mais le film majeur de la carrière de Tony Scott le mérite amplement. Rarement un pur exercice de style comme Man on Fire réussira à véhiculer une telle puissance émotionnelle. Tout était présent dans le script pour tomber dans le côté niais et cul-cul la praline, cependant Tony croit tellement en son projet et ses personnages que la sincérité des images écrase tout. Man on Fire est une expérience cinématographique à vivre absolument. Faites un test chez vous, mettez le film dans votre lecteur et appuyez sur la touche pause à n’importe quel moment. Le plan que vous verrez sera toujours pensé comme une œuvre unique, ce n’est pas pour rien que Tony Scott a autant étudié la peinture.

 

Gutbuster

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Gutbuster est un fantôme, un esprit frappeur s'amusant à effrayer les gens dans leur quotidien. Infligeant des tortures mentales abominables, le bougre s'amuse à intervertir les dvd dans des mauvaises pochettes, ouvrir les boites de figurines ou encore régler les radio-réveils sur NRJ. Il peut aussi s'amuser à pirater votre compte Amazon pour commander des livres de Berbard-Henri Levy ou le dernier film en date de Franck Dubosc. Tremblez, cinéphiles du monde entier, Gutbuster veille au grain pour vous faire trembler d’effroi !