Critique: Catacombes

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Rating: 3.5/5 (2 votes cast)

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As Above, So Below

De John E. Dowdle

Avec Perdita Weeks, Ben Feldman, Edwin Hodge et François Civil

États-Unis – 2014 – 1h33

Rating: ★★★☆☆

Encore du found footage ! Eh oui, il faut croire que, pour moi, c’est la période ! Ici, c’est John E. Dowdle qui s’y colle, réitère l’expérience  »diantre, on a retrouvé une caméra après un massacre, tiens et si on se la matait ! » après avoir été l’honnête artisan du pas dégueux mais opportuniste et inutile remake de la petite tuerie Rec de Jaume Balaguero et Paco Plaza, Quarantine. Admettons sans arrière pensée que le résultat se révélait contre tout attente tout à fait honorable, certes d’un intérêt plus que douteux, mais en même temps plutôt bien torché et contenant quelques idées inédites relativement fun, mention spéciale accordée à la séquence vénère de pétage de crânes d’infectés à coup de caméra. Nous ferons silence sur la suite catastrophique façon foutage de gueule éhonté de Quarantine réalisé par John Pogue (dont le « un poil mieux mais quand même pas fameux » thriller paranormal The Quiet Ones produit par la Hammer est disponible depuis peu…), j’ai pu en écrire suffisamment de bien (ou pas…) dans ces colonnes il y a de cela quelques mois. Mais revenons-en à notre thème du jour, Catacombes, une œuvre qui finalement, et à ma grande surprise, s’avère bien plus étrange et complexe qu’il n’y paraît et, à cet égard, bien plus intéressante que le tout venant horrifique et foundfootagesque pullulant régulièrement dans nos salles. John E. Dowdle, secondé par son frère au scénario, confirme, mine de rien, un certain talent pour ne pas dire un talent certain, roublard, ça pour sûr, mais aussi et surtout malin, lorsqu’il s’agit de s’amuser non sans une once de sadisme jubilatoire avec des codes visuels et narratifs d’un genre archi-rebattus ces dernières années et ce jusqu’à la nausée.

Scarlet Marlow est étudiante en archéologie urbaine à Paris. Elle est érudite, maîtrise de nombreuses langues vivantes et mortes, cependant manque à l’appel l’araméen, langue dans laquelle est écrit un mystérieux texte permettant de trouver la pierre philosophale ; elle demande donc l’aide de son ami George spécialiste en la matière. Après avoir découvert un obscur message au dos de la  stèle de Nicolas Flamel dans un musée, ils en arrivent à la conclusion que c’est sous sa tombe, sous le sol parisien, que se cacherait l’artefact… Le seul moyen d’y accéder est de s’enfoncer clandestinement dans les catacombes.

Autant l’écrire de but en blanc : le cadre éponyme de Catacombes y est pour beaucoup dans sa petite réussite ! Les décors somptueusement macabres des sous-sols parisiens sont très judicieusement mis en valeur, cadrés, utilisés. Nul besoin d’effets-spéciaux, le surréalisme clé en main ! Au passage, une petite question est venue allègrement me titiller le bulbe : pourquoi diable sont-ce les Américains qui pensent avant nous à venir tourner un film de genre dans notre très chère capitale abritant l’une des plus grandes nécropoles du monde ? Interrogation à laquelle je n’apporterai nulle réponse… je la soumets à ta sagacité mon ami.

La mise en scène de Dowdle sans être géniale, tire le meilleur parti des dédales ténébreux de couloirs humides et tapissés de restes humains. Et, pour rentrer un peu plus dans le vif du sujet, avec Catacombes, il nous livre une vision intrigante du found footage : il rompt volontairement avec les codes du genre en y faisant entrer l’incohérence du montage, et en même temps se libère des carcans imposés par le style (ce que n’avait justement pas su faire Andrew Traucki dans son The Jungle qui ne faisais que subir les contraintes du documenteur). Et cette cassure avec la notion de prise sur le vif, de morceaux de pellicule retrouvés tel quel, de rushs, pour user du vocabulaire consacré, opérée par l’intervention d’un quasi découpage raisonné, nous ramène à quelque chose de plus classique, plus permissif donc, offre une plus grande marge de manœuvre autant sur le fond que sur la forme aux deux frères. Dans Cloverfield, l’injection de procédés de mise en scène et de montage, donc de travail du matériau brut en plein cœur de l’action (champ/contre-champ par exemple), posait problème en cela que ces artifices de professionnels, si je puis dire, intervenaient sans raison, à des moments inappropriés du récit, récit qui ne cessait de se réclamer du cinéma réalité. Ici, dès le départ, on ressent clairement une volonté de s’extirper des chaînes lourdes du found footage à tel point qu’on est très vite amené à accepter un métrage fabriqué de manière conventionnel, où on admet des cadres pensés, un montage revendiqué, une mise en scène somme toute relativement carrée, mais tout cela filmé avec des caméras amateurs. Dès lors, plus de questionnement quant à la cohérence du réel, on ne considère pas le langage du cinéma mêlé à celui du réel, mais le langage du cinéma uniquement ! Catacombes n’est finalement pas foncièrement un found footage, mais un footage (amateur j’entends) tout court, l’épilogue du film, ouvert vous en conviendrez cependant, semble aller dans ce sens, achève d’effacer définitivement le found de l’expression.

Libéré donc des liens du genre, quelles conséquences ? Eh bien, il en résulte une œuvre tout à fait recommandable, curieuse même, qui lorgne certes parfois lourdement du côté du The Descent de Neil Marshall (qui lui-même pompait déjà sans vergogne le Predator de John McTiernan), mais tire très habilement son épingle du jeu en développant bien plus l’aspect aventure du survival que sa dimension purement horrifique, ce que ne laissait absolument pas supposer sa bande-annonce. La menace fantastique n’intervient que tard dans le métrage et demeure, pour notre plus grand plaisir, assez énigmatique. Encore une fois, c’est l’ambiance qui est particulièrement soignée, joue la carte du mystère et des énigmes en chaîne menant à un trésor légendaire porteur d’une malédiction. A ce titre, on a plus souvent l’impression d’assister à une variation documenteur gentiment gore d’Indiana Jones, saga géniale à laquelle le film de Dowdle fait d’ailleurs très régulièrement référence, qu’à à un véritable survival souterrain peuplé de créatures inconnues et très agressives. C’est un autre Paris qui se déploie sous Paris, son sombre reflet dans un miroir poussiéreux et maléfique pour ne pas en dire trop, l’affiche le fait déjà bien assez, le scénario, loin d’être aussi simple qu’il n’y paraît, développant intelligemment un univers à la logique inversée parfois réellement déstabilisant voire vertigineux dans ces meilleurs instants. Tout cela aurait pu être plus poussé encore, ceci étant dit, ce léger flou artistique entretient un petit malaise et tient en haleine le spectateur jusqu’à la dernière seconde. Oui, tout n’est pas parfait, loin de là, prenons la chose dans l’autre sens, admettons volontiers que les défauts de forme et de fond pleuvent, mais honnêtement, les frères Dowdle nous embarquent avec une facilité déconcertante dans leur petit jeu et difficile de bouder son plaisir tant le résultat est généreux, intrigant, et donc divertissant ! On en redemanderait même encore un peu… c’est dire !

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.