Critique de Carnival of Souls [L’Etrange Festival 2014]

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Carnival of Souls

de Herk Harvey
Avec Candace Hilligoss, Frances Feist, Sidney Berger, Art Ellison, Stan Levitt
Etats-Unis – 1962 – 1h24

Accompagnement sonore de Pere Ubu à l’occasion de l’Etrange Musique, dans le cadre de l’Etrange Festival 2014.

Rating: ★★★★★

Seule rescapée d’un accident de voiture qui a couté la vie à ses amies, Mary cherche à reprendre une vie normale, malgré d’étranges visions qui semblent se produire de plus en plus souvent.

Tourné en 3 semaines avec un budget de 30 000 dollars, Carnival of Souls est l’unique essai de son réalisateur, Herk Harvey, habitué à la réalisation de films institutionnels, s’étant mis en tête de réaliser un film d’horreur après avoir découvert le parc de loisirs Saltair, situé près de Salt Lake City, et plus particulièrement la fameuse salle de bal désaffectée, où il tourna la mythique scène de la danse des morts.
Echec cuisant à sa sortie, ce qui mettra fin à la carrière de cinéaste d’Harvey, Carnival of Souls dormira pendant presque 30 ans avant d’être exhumé à la fin des années 80, connaissant enfin les honneurs mérités et le statut de film culte.

Plus de 50 ans après sa sortie, c’est sous l’impulsion du tout aussi culte groupe de proto-punk Pere Ubu que le film connait une troisième jeunesse extraordinaire, redonnant au film la force de son incroyable modernité, dans le fond comme dans la forme, mettant davantage en relief le caractère avant gardiste du film d’Harvey. Dépoussiéré de sa bande son originelle bien plus classique, le film revit, revêtant des oripeaux musicaux bien plus psychédéliques et expérimentaux, jouant sur la perception de la réalité et renforçant l’onirisme du film (comme en témoigne l’extrait suivant).

Il apparaît plus encore comme un réquisitoire acerbe sur la société et son regard sur les femmes seules, sans mari, perçues tour à tour comme des vieilles filles prudes apeurées par les hommes, des salopes, des hystériques incontrôlables et ingérables, des idiotes inférieures. A la manière d’Hitchcock questionnant la libération de la femme à travers le personnage de Marion Crane dans Psycho (et on voit aisément son sentiment sur la question…), sorti deux ans auparavant, Herk Harvey confronte aux regards des autres, hommes et femmes, ce nouvel archétype de la population, témoignant des prémisses de la révolution qui surviendra à la fin de la décennie.

Mais au delà de ce discours délicieusement pro-féministe avant l’heure, Harvey livre un véritable bijou de fantaisie carnavalesque, qui influença de leur propre aveu George Romero, qui sortira 6 ans plus tard La Nuit des Morts Vivants, et David Lynch, qui de Eraserhead à Mulholland Drive, n’a jamais caché son amour pour les personnages étranges et inquiétants (et stalker en prime). Fort de séquences d’hallucination visuellement fortes, le film est aussi un des premiers à utiliser le motif de zombie, comme mort-vivant, goule revenue à la vie, non pas pour se nourrir d’humains mais pour réunir ses condisciples dans un climax fabuleux, la fameuse séquence de danse.

N’ayant perdu ni de son envoutante ambiance ni de son modernisme incroyable, le chef d’oeuvre culte de Herk Harvey revit une seconde jeunesse sous l’impulsion formidable de Pere Ubu. Une belle expérience offerte pour les 20 ans de l’Etrange Festival, que l’on espère pouvoir (re)vivre un jour en DVD. En attendant, on ne peut que vous conseillez de découvrir le film, si ce n’est déjà fait.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.