Critique de The Jungle

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The Jungle

D’Andrew Traucki

Avec Rupert Reid, Igusti Budianthika  et Agoes Widjaya Soedjarwo

Australie – 2013 – 1h24

Rating: ★☆☆☆☆

 

Pour tout te dire mon ami : du found-footage, plus que de raison peut-être, j’en ai bouffé cet été ! Ma foi, une petite cure, pourquoi pas ?! Comme tu le sais très certainement, il y a à boire et à manger, et surtout à gerber dans le petit monde de « la caméra amateur qui gigote dans tous les sens quand ça fait peur », dans le « vas-y que j’te bricole un truc avec deux balles cinquante parce qu’avec une bonne promo c’est tout bénef’ quand bien même j’te refourgue le degré zéro de la mise en scène ! ».

De l’intéressant, pour ne pas dire tout à fait recommandable, et gentillement polisson Sx Tape du grand Bernard Rose (critiqué et fièrement défendu il y a peu par votre serviteur dans ces colonnes), au faussement malin et méta, et finalement complètement naze Evidence de Olatunde Osunsanmi (qui nous avait pourtant shooté un Phénomènes paranormaux plutôt curieux et habile dans le genre du documenteur), en passant par le revisionnage du pas dégueux du tout Atrocious de Fernando Barreda Luna, tu le constateras, je n’ai pas chômé ! Mais, il y en a un que j’attendais fébrilement je te l’avoue, son réalisateur nous ayant offert deux péloches des plus remarquables dans le domaine de la flippe aquatique : Black Water, du croco movie en huis-clos sacrément bien troussé et The Reef, narrant les péripéties d’un groupe de potes paumé en pleine mer, aux prises avec un grand blanc particulièrement agressif… on fera cependant abstraction de son segment honteux pour l’anthologie ABC’s of Death, G… is for Gravity, trois minutes de vide abyssal puant le je m’enfoutisme absolu. Bref, si nous demeurons  focalisés sur ses deux longs, autant dire que l’annonce d’un found-footage en pleine forêt indonésienne confrontant quelques aventuriers écolos à une créature mystérieuse semblant se fondre parfaitement dans un enfer vert, faisait saliver d’impatience… pour quel résultat ? Au terme de quatre-vingt-cinq longues minutes d’exploration, force est de constater, malgré toute la bonne volonté du monde, que la déception est au rendez-vous !

Des écologistes se lancent à la poursuite de l’insaisissable léopard de Jan, félin somptueux dont l’espèce tend à disparaître définitivement. L’expédition les mène au plus profond de la jungle indonésienne ; très vite, ils ne retrouvent plus leur chemin dans ce dédale de végétation luxuriante, et des phénomènes étranges se produisent. Ils se sentent épiés constamment par quelque chose… Un prédateur invisible semble les avoir pris en chasse ! La nuit, ces yeux verdoyants percent les ténèbres, la traque va bientôt s’accélérer.

Ne mâchons pas nos mots : The Jungle est un foirage quasi total qui déçoit un par un tous les espoirs que nous avions placé dans le réalisateur et dans son projet. Non que le film soit une purge irregardable, il ne faut pas non plus déconner, mais, pire encore, il est juste consternant de médiocrité, s’avère du niveau moyen, c’est-à-dire bien bas, de la plupart de la production foundfootagesque.

Et, à ce titre justement, pourquoi le found footage ? Le choix d’une mise en scène en caméra subjective tient, à mes yeux, de l’erreur stratégique ! Le cadre est terriblement étriqué, écrase le gigantisme angoissant d’une forêt qui semble sans fin, à tel point qu’on a trop souvent l’impression d’assister à un film de couloir en extérieur, un comble ! On pourrait objecter à cela une recherche, au contraire, d’une sensation de claustrophobie basique mais oppressante, cloisonné dans ce cadre serré rempli et cerné par la végétation qui ne cesse de se projeter toujours plus loin, à chacun de nos pas, dans toutes les directions, mais, à aucun moment l’on ne ressent une quelconque angoisse d’enfermement encore une fois parce que le gigantisme de l’environnement qui plus il s’étend, plus il se referme, jamais ne transparait à l’écran. The Reef n’était pas un found footage, mais jouait pourtant de temps à autre avec le point de vue subjectif, cependant celui-ci était mis en balance avec des plans soulignant la mer s’étalant à perte de vue, son immensité hyper-anxiogène, jonglait avec deux paramètres : microcosme et macrocosme. De plus, se retrouver dans le regard des protagonistes permettait de créer des cadres claustrophobiques au premier degré tout en mettant en place un troisième paramètre : l’invisible abysse se déployant sous les flots, sous les pieds des naufragés, un autre monde inconnu, peuplé de  »monstres ». La mise en scène conventionnelle offre une liberté que le found footage pur et dur ne permet pas ! Pourquoi diable Traucki s’y est-il emprisonné ?! Par opportunisme c’est à n’en pas douter !

Venons-en à l’écriture qui tient sur un demi timbre, on est d’accord, mais de cela, à la limite on s’en bat les couilles, si celle-ci est prétexte à développer des enjeux de survival forts, ce qui était le cas dans Black Water et The Reef ; pour ce qui est de The Jungle, il n’en est rien ! Pourtant les vingt premières minutes intriguent : la traque de la panthère, la légende d’un démon hantant la forêt arrachant la tête des imprudents s’y aventurant pour ensuite les faire se dévorer le cœur, un cadre naturel magnifique finalement assez peu utilisé dans le genre et témoignant toujours de la fascination de Traucki pour la nature belle mais cruelle… Et tout cela, pour rien, si ce n’est : nous resservir les sempiternelles courses nocturnes caméra virevoltante (bien trop!) au poing, au point ici de les rendre complètement illisibles, nous balancer UN jumpscare moisi répété TROIS fois à l’identique, on ne va pas non plus trop se casser le cul, nous gratifier de mises à mort systématiquement hors-champ voire complètement ellipsées (l’ellipse allant contre l’essence même du found footage) ceci entraînant, au-delà des quelques effusions de sang qui eurent été les bienvenues, une implication vis à vis de ce qui se passe à l’écran totalement nulle, et surtout, chemin faisant, on en arrive à se demander :

« Mais fichtre ! Qui donc est décédé dans ce bordel ? Il y a encore des survivants ou c’est une impression ?»

Et la menace, la chose qui les traque, parlons-en, car, faute d’instaurer un vrai suspense sur la durée et donc sur le destin des personnages (le fait même que nous soyons en présence d’un found footage, les rushs ayant été retrouvés par les autorités, il est quasi certain que tout le monde y soit passer, et je ne spoile rien ici), Traucki joue uniquement sur son indétermination, why not … !

Attention car ici, je vais spoiler un poil, alors pour tous ceux qui souhaiteraient découvrir la chose, fuyez à grandes enjambés, mais honnêtement c’est mauvais alors pourquoi iriez-vous vous y casser le nez…

Son dévoilement est progressif, mais, et là est le problème, plus celle-ci se dessine, plus elle se révèle décevante, jusqu’à une apothéose presque insultante au spectateur qui s’est fait chier à venir et à tenir jusqu’à une heure vingt de métrage : une poursuite finale lamentable et interminable qui se clôt comme n’importe quel épisode de Paranormal Activity ; le caméraman tombe au sol et avec lui son précieux outil qui continue de filmer un ou deux assauts du type portant le pire costume de singe de l’histoire du cinéma de quoi faire passer Le colosse de Hong-Kong pour le dernier cri en matière de motion capture, c’est dire ! Non, vraiment ce dernier plan tient du found foutage de gueule (calembour tout pourri et complètement éculé !) le plus complet !

Ce truc eut été l’œuvre d’Oren Peli, il aurait suscité chez moi une indifférence polie, mais là, c’est à un réalisateur talentueux et concerné à qui on a affaire, pas à un génie, mais à un artisan qui, en deux œuvres, a su adopter un véritable point de vue de mise en scène, et hélas, ce dernier,  s’adonne avec The Jungle au dévoiement total de tout ce qui faisait la grande qualité et l’intelligence de ces travaux précédents ! Espérons que cela ne demeurera qu’une calamiteuse et très regrettable erreur de parcours…

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.