Critique de SX Tape

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sxtape

De Bernard Rose

Avec Caityn Folley, Julie Marcus et Chris Coy

Etats-Unis – 2013 – 1h22

Rating: ★★★☆☆

Curieux film que celui-ci ! Bernard Rose est un de ces réalisateurs à la singularité passionnante : auteur du magistral Candyman, à mes yeux l’un des plus grands métrages fantastiques des années 90, tu m’en diras des nouvelles, de l’étrange, poétique et tout aussi culte Paperhouse, et du biopic jouissif Mr. Nice, cela fait mine de rien quelque temps qu’il n’avait pas daigné pointer le bout de son nez… Sx Tape, son dernier effort, sur le papier improbable et estampillé  »par les producteurs de Paranormal Activity et Insidious », j’ai pu le découvrir pour toi mon très cher lecteur, et, je me répète, je te prie de bien vouloir m’excuser, curieux film que celui-ci…

Found-footage d’emblée racoleur qui promet du cul et sous-entend du gore, soit un mélange qui a fait ses preuves, Sx Tape n’en a finalement pratiquement que le titre et le pitch qui, il faut l’avouer, n’est pas franchement finaud, je te laisse juger : Adam et Jill sont deux jeunes artistes californiens. Ils décident pour pimenter leurs ébats de tourner une sex tape… Leurs pérégrinations artistiques et surtout sexuelles vont les mener dans un ancien hôpital psychiatrique qui semble… très légèrement hanté… Tout cela dans le but d’attirer le chaland à deux neurones, on est d’accord !

Bref ça ne casse pas trois pattes à un canard sur le papier. Ceci étant dit, Rose, quand bien même sa mise en scène demeure tristement désincarnée la plupart du temps, arrive à insuffler quelque chose de vraiment bizarre et de malsain dans cette commande qui eut pu être bien plus impersonnelle dans son ensemble. Minimaliste et assujettie à des contraintes de studio, l’œuvre tire cependant un grand potentiel de son décor parfaitement géré, glauque à souhait, à l’abandon, couvert de tags (ce qui n’est pas sans rappeler le cadre déliquescent de Candyman). Ces bâtiments/épaves de banlieue et les fantômes des laissés pour compte qui les hantent, la folie témoin d’une apocalypse sociale ouvrant les portes d’un autre monde et la sexualité déviante, sont autant de thèmes chers à l’auteur qui jaillissent de temps à autre au détour d’une séquence, d’un couloir, timidement, mais qui laissent poindre une ambiance délétère des plus dérangeantes et font ressortir du tout-venant horrifique ce petit film. Of course, les passages obligés et les tics de production (bien plus que de réalisation) sont présents, mais le mauvais esprit et la singularité de Rose ne sont pas totalement écrasés, annihilés, sous le poids du cahier des charges, il résiste autant qu’il peut, se défend même plutôt bien !

Je me plains toujours de l’indigence, de la décrépitude du documenteur, de son manque cruel d’imagination, cela fait bien longtemps que je ne m’étais pas laissé embarqué par ce genre d’objets cinématographiques qui sont d’ailleurs souvent bien plus objets que cinématographiques : Sx Tape, pour sa part est cinématographique, à n’en pas douter, se révèle foutrement efficace, tendu (si l’on excepte les vingt minutes d’introduction chiantes et inutiles), joue des mécanisme de la peur parfois avec grand talent, et ajoute à l’angoisse ce soupçon de malaise, de perversion sexuelle, qui achève de rendre le tout un poil poisseux et nauséeux.

Alors oui, on pourra pinailler sur un dernier plan complètement gonzo qui personnellement me fait marrer mais à tendance à desservir un final pourtant intéressant dans la noirceur qu’il propose, gueuler sur les dialogues insipides du premier acte déclamés par des personnages archétypaux, ou encore tirer sur l’ambulance en mettant à jour toutes les incohérences narratives propres au found-footage, mais très honnêtement, il est tellement rare d’être ne serait-ce qu’un chouilla surpris, osons dire déstabilisé, par ce genre de péloche calibrée, qu’on ne peut qu’apprécier cet effort mineur d’un  metteur en scène majeur.

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.