Robin Williams: Comique de genre

 

 

Révélé à 29 ans, le premier rôle de Robin Williams est celui du héros de dessin animé Popeye. Un signe prophétique de sa filmographie future, où il alternera le pince sans-rire insolite (l’attitude mi-viril mi-macho mais sympathique et touchant du marin amateur d’épinards) et le héros maladroit du cinéma de genre pour enfants (Popeye est dans les plus grande règles de l’art un cartoon américain).

Insolence face à la guerre

Good Morning, Vietnam réalisé par Barry Levinson est le début de la reconnaissance pour le natif de l’Illinois. D’un personnage en décalage dans une guerre du Vietnam de moins en moins populaire, il est corps du contre-pouvoir que doivent être les médias. En effet, il est animateur radio, quand animateur radio, ou animateur télévisé, signifiait autre chose que faire le poseur ou rire à ses propres blagues. D’autant plus que la guerre du Vietnam est sûrement la première guerre avec une véritable couverture médiatique et par conséquent une des rares guerres (et il se peut que cela n’arrive plus à l’avenir) où les propos journalistiques ou médiatiques peuvent être en fort désaccord avec l’armée offensive, qui préfère la droiture à la vérité, quand ce ne sont pas les groupes médias eux-mêmes qui tombent dans le sensationnalisme.  Tour à tour, le personnage nous fait rire avec des imitations, nous instruit avec du rock et nous sensibilise sur l’horreur de la guerre.  Par conséquent un film de guerre qui n’est pas tout à fait un film de guerre. Cette insolence, il la gardera pour sa seconde nomination aux Oscars, Le cercle des poètes disparus. Une douzaine d’années plus tard, dans une certaine similarité du contexte de guerre, Jakob le menteur renoue avec l’insolence. De véritables informations de l’avancée des Alliés (entendu à la radio…), son personnage affabule pour donner de l’espoir et du temps aux habitants du ghetto de Varsovie. Cela tourne à une vision hollywoodienne des choses, notamment dans la dernière séquence, à travers les yeux d’un enfant…

Le héros du cinéma de genre pour enfants

À partir des années 90, la carrière de Robin Williams se tourne de plus en plus vers la comédie de genre, au point qu’il ose, à 40 ans, jouer un Peter Pan cravaté et coincé dans Hook ou la revanche du Capitaine Crochet. Jouer un adulte dont la survie consiste à puiser dans son âme d’enfant qu’il a perdu, la fameuse scène de la nourriture imaginaire, est la problématique principale non seulement du film de Steven Spielberg mais de la filmographie des années 90 de Robin Williams. Car vient après Toys (réalisé aussi par Barry Levinson), sur l’univers des jouets fabriqués main et sa compétitivité, où Robin joue de front un adulte resté enfant. Puis c’est l’incarnation du Génie dans l’Aladdin de Disney. Et si je dis incarnation et non interprétation, c’est qu’au même titre que le physique d’Aladdin découle du faciès de Tom Cruise, le personnage du génie découle de Robin Williams. Le bagout, les grimaces et les imitations, c’est en grande partie l’inventaire du talent de Robin Williams, reproduit en animé, Andy Serkis avant l’heure ? Mais le point culminant est Jumanji de Joe Johnston. Un jeu de société qui prend vie dans un salon, puis dans toute la ville en transformant l’environnement en jungle, que peut désirer de plus un enfant toujours en quête d’aventure ? C’est un film qui a pu faire concorder nombre d’imaginaires d’enfants à travers le monde. Par contre Jack, où l’acteur joue littéralement un enfant atteint d’une maladie de vieillesse, est mauvais car ce dernier se caricature lui-même, et Flubber  de Les Mayfield a mal vieilli avec ses effets spéciaux. Quant à Au-delà de nos rêves et L’homme bicentenaire, ce sont deux films ni bons ni mauvais mais valant le coup d’œil. Son retour à un bon niveau se fera à la fin des années 2000, avec la franchise La nuit au musée, dont le troisième volet sortira en fin d’année 2014 ou début 2015.

Ajoutons aussi qu’il fût un acteur transgenre, par son rôle principal dans Madame Doubtfire  et sa prestation dans le remake de La cage aux folles, Birdcage de Mike Nichols. La dernière fois que je l’ai vu à l’écran, c’était dans un épisode de la série comico-tragico-existentialiste Louis, de l’humoriste Louis C.K. (un des fils spirituels de Robin Williams, au même titre que l’acteur disparu est un fils spirituel de Richard Pryor). Il jouait son propre rôle et demandait au personnage de Louis, de lui faire la promesse de venir à son enterrement, de peur qu’il n’y ait personne. Finalement, nous étions tous un peu à ses funérailles, car une partie de notre enfance est morte avec lui.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…