Critique de Profit

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Profit

De John McNamara et David Greenwalt

Avec Adrian Pasdar, Lisa Zane, Sherman Augustus, Lisa Blount, Keith Sarazbadja, Jack Gwaltney, Lisa Darr, Allison Hossack et Scott Paulin

États-Unis – 1996

Rating: ★★★★★

Le jour des funérailles d’un collègue, Gail Koner, secrétaire au sein de la prestigieuse multinationale Gracen & Gracen, rencontre le remplaçant de celui-ci, un certain Jim Profit, qui en guise de présentation, la soumettra immédiatement à un chantage dont elle ne pourra se défaire. Ayant détourné des sommes pourtant modestes afin de pourvoir aux soins médicaux de sa mère malade, la jeune femme se retrouve complice des manœuvres discutables de son nouveau patron pour grimper les échelons et mettre sur la touche ceux qui lui font obstacle. Au vu du sort qu’il leur réserve, elle pourrait presque s’estimer heureuse.

Voilà le décor est planté, et j’ai envie de dire « s’il n’y avait que ça », car Profit fait partie de ces séries aux durées de vie météoriques sur les ondes et qui marquèrent à coups sûrs les esprits de celles et ceux qui eurent la chance de les apercevoir en leur temps : objet inclassable, visionnaire, presque trop. D’emblée quelques similitudes d’avec le personnage créé par Brett Easton Ellis dans son roman American Psycho (je crois qu’on est encore parti pour une bonne décennie avant que le monde n’admette à quel point ce roman de la fin du XXe siècle est une œuvre magistrale et capitale) viennent immédiatement à l’esprit, si ce n’est que celui-ci n’a absolument rien de superficiel et qu’il ne recule devant absolument aucun obstacle pour actualiser lui, ses fantasmes, en s’arrangeant pour toujours garder les mains propres et sauver les apparences, évidemment. Machiavélique au possible, il se présente comme le gendre idéal, l’épaule amicale, le confident à l’écoute mais c’est pour mieux trucider dans le dos tout son petit monde. Nous sommes dans les années 90, animation de synthèse oblige, la série ne manquera pas de virtualiser quelques éléments de sa trame, ainsi les personnages que Profit écarte de sa route sont remplacés par des icônes 3D explosant dans des démonstrations rappelant ceux des effets spéciaux du film Le Cobaye (pas du tout raté, quoi qu’on vous dise, et encore emblématique à ce jour des premières créations du genre). Cachet visuel d’ores et déjà daté pour certains, mais qui pourtant dit déjà bien ce qu’il a à dire en ce qui concerne la déshumanisation supposée des échanges à l’ère des nouvelles technologies, tout ceci par cette simple et belle idée de dématérialisation des êtres en un simple clic. Avec Profit, il semble que les habituelles histoires de manigances et de pouvoir viennent de monter d’un cran, mais même si notre nouvel anti-héros est dix fois plus bad-ass que JR, ce n’est pas ça qui aura marqué le public de l’époque.

En effet il y a ce petit truc assez curieux, le fait que le soir il se réfugie dans une pièce secrète de son somptueux appartement pour aller dormir nu dans une boîte en carton, mais la légende raconte que c’est surtout en plein milieu du premier épisode, au moment précis où une blonde mature l’embrasse à pleine bouche et qu’il lui répond « hello mom », que la série aurait essuyée sa baisse d’audience la plus significative, au point que sa diffusion ne franchisse pas le cap de trois épisodes – il n’y aurait qu’en France, sur Canal Jimmy, où elle aurait été diffusée en intégralité, soit neuf épisodes en tout. En fait il ne s’agit pas de sa vraie maman bio mais de sa belle-mère, toxico qui plus est,  avec qui il entretient bel et bien toutefois des échanges charnels. Apparaissant tout d’abord dans le récit pour faire chanter (décidément) notre héros, ce qui nous en apprendra davantage sur le passé trouble et apparemment assez tordu de celui-ci, ainsi que ses motivations réelles (que je ne spoilerais pas ici), elle se retrouvera bien vite élément à part entière de ses machinations, ce qui donnera lieu à un superbe épisode final en apothéose, vraiment je ne vous en dis pas plus. L’un des créateurs de la série, John McNamara avait déclaré en interview qu’une deuxième saison aurait vu la montée en influence de Profit, détruisant la carrière d’un sénateur pour installer à son poste l’un des frères Gracen, et je ne pense pas médire trop en disant que Profit ressemble (et aurait ressemblé encore davantage) à l’actuelle série produite par David Fincher House of Cards : les incrustations de textos ont remplacés les séquences virtuelles et les deux protagonistes ont pour habitude de prendre à témoin le spectateur, et en ce qui concerne la qualité d’écriture ainsi même que l’interprétation en général, bien qu’issues d’époque différente, je peux vous garantir que c’est du même tonneau  – à se demander si nous n’avons pas affaire là au prototype de l’un pour l’autre (sans compter que Kevin Spacey a bel et bien tenu le rôle d’un certain Mel Profit, mais c’était dans Un flic dans la mafia et je ne sais pas si c’était avant ou après que Paco Rabane ait prédit le voyage sur la Lune.. j’me comprends)

Étrange figure décidément que ce personnage qui cumule à lui seul les paradoxes fondamentaux d’une époque pas si révolue, convoquant les deux archétypes-modèles de la figure du père (c’est pas moi qui le dit c’est Paul Auster) le clochard et le milliardaire, naviguant dans les hautes-sphères de la finance mais sachant en son for intérieur qu’au fond il ne possède rien, et que c’est peut-être la meilleure façon de surmonter la peur de perdre. Sans trop en dire de nouveau, la série aborde la thématique de la famille, et dans le mouvement celles de la violence domestique ou du harcèlement sexuel, et tout excentrique que le personnage puisse être ce n’est pas toujours le plus malveillant en face de certains problèmes. Etant après tout le plus endommagé de tous les autres protagonistes il semble être le seul à avoir su trouver la force de se reconstruire par lui-même, ce qui fait de lui quelqu’un d’assez dangereux mais aussi parfois le plus à-même de venir en aide à autrui . La question réelle de ses motivations est la seule piste qui reste véritablement en suspens, et  elle aurait certainement donné lieu à de très, très intéressantes saisons…

                                                                                                                                                                                                                                                                          Nonobstant2000

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