Les années 2010 sont les nouvelles 90’s

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« 90”s are the new 80’s » claironne Clapton Davis, héros de Detention. Nous sommes en 2011 et son réalisateur Joseph Kahn déclare ainsi un fait déjà en marche et atteignant son climax ces temps-ci: le revival 90’s.

 

La culture pop aime les revival et depuis l’aube des années 2000, les modes reviennent aux basiques des décennies précédentes. Revival 70’s psyché néo hippy, retour de la cold wave et du fluo 80’s, la mode remonte le temps à la vitesse de l’éclair, entraînant de fait dans son sillage d’autres sphères culturelles comme la musique et le cinéma.

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Le retour de l’actionner  badass


En 2010 débarquaient sur les écrans The Expendables, un film réunissant la Dream Team de l’actionner 80/90’s, réunis pour l’occas par Sly Stallone, l’intello du genre. Les fans sont largement servis,  le film devenant franchise. Mais Expendables n’est que le point de départ de ce qui devient de nos jours un genre en soi et découle directement de cette tendance revival 90’s, l’actionner de vieux. OU plutôt le film d’action avec des vieux. Red, (Bruce Willis, Morgan Freeman, John Malkovitch, Helen Mirren), From Paris With Love (Travolta), un nouveau Die Hard (Bruce Willis again), Machete ( Danny Trejo, Steven Seagal, De Niro), Evasion (Stallone, Schwarzy), Match Retour (Stallone, De Niro), et bien sûr le graal d’un peu tout ça, la saga Expendables (Stallone, Schwarzy, Lundgren, Rourke, Ludgren, Jet Li, Roberts, Norris, Van Damme, et bientôt Gibson, Snipes, Ford, ou Banderas). Recette simple donc, un bon scenar avec de l’action, du fight et une pointe de second degré plus une poignée d’acteurs en (pré) retraitre pour appâter le fan d’il y a 20 ans.

Probablement à cause du succès de la recette Expendables, qui s’avéra attirer bien plus que le fan d’il y a 20 ans, remplissant également les salles de nouveaux adeptes du tatanage, les studios développent donc tout un panel de bons remakes des familles, reprenant les grands titres des succès passés. On a eu Dredd 3DTotal Recall Mémoires Programmées, on va avoir Cliffhanger, Point Break, et même Stargate

Mais les vieux pots ne suffisent pas toujours et le renouveau semble venir (de nouveau) d’Asie. 2011, un jeune écossais du nom de Gareth Evans donne un coup de neuf au genre en assénant son étourdissant The Raid, suivi de sa suite sortie cette année, et de The Night Comes for us de Timo Tjahjanto (à qui l’on doit le vomitif segment L for Libido de The ABC’s of Death) que produit Evans. L’actionner a encore de beaux jours devant lui.

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La recrudescence du buddy movie

Popularisé entre autre à la fin des années 80 par le succès de la saga L’Arme Fatale, le buddy movie explose dans les années 90, tour à tour comédie policière, fantastique, parfois “historique”. Film d’action à tendance comique mettant en scène deux personnes du même sexe que tout oppose devant unir leur force malgré leurs désaccords et qui finissent par devenir les meilleurs potes du monde, le buddy movie est en pleine recrudescence ces dernières années, la comédie ayant largement  pris le pas sur l’action, qui reste malgré tout au rendez-vous. Hott Fuzz d’Edgar Wright, 21 Jump Street de Phil Lord et Chris Miller, Pain&Gain de Michael Bay, ces films reprennent la bonne vieille recette en la réactualisant, la modernisant en y ajoutant plus d’auto dérision, de second degrés. La comédie d’action est donc de retour, l’un de ses sous-genre les plus prolifiques retrouvant un regain extraordinaire, poussé par le concept même de « summer movie ».

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Le rock est redevenu sexy

2010. Edgar Wright s’évade de sa trilogie Cornetto pour les terres outre atlantique où il adapte un comics maison, Scott Pilgrim VS The World. Composé comme un jeu video où le héros doit combattre différents boss avant d’arriver au boss final. Scott Pilgrim est un hommage vibrant au retrogaming et aux titres ayant fait l’âge d’or du jeu de plateforme. Mais au delà du videoludique, Wright en appelle à tout un pan de la culture pop et de son imagerie qui s’est développé dans les années 90: le grunge. Plus qu’un mouvement, une véritable philosophie prônant un carpe diem stoicien consistant à ne vivre que de musique et d’espoir d’être signé sur un label, qui se heurta à la réalité économique de la musique après que se soit instauré le piratage. Scott est donc bassiste, poste le plus cool d’une formation dans les 90’s (on en reparle un peu plus loin), et écume les répèts et les tremplins dans l’espoir d’être signé sur un label. Rappelons le, dans les 90’s, point de téléchargement et apogée de la suprématie des labels sur l’industrie musicale. A l’époque, chaque gosse qui avait un band de rock n’avait qu’un fol espoir: être signé dans une maison de disque. Wright retranscrit très bien l’importance et la finalité en soi que représente Gideon pour les membres des Sex-Bob-Ombs.

En plein revival grunge, on ne s’étonnera donc pas de retrouver dans Mamá l’actrice Jessica Chastain sous les traits d’une bassiste de groupe de rock au look un peu destroy. Car dans les années 90, le summum de la classe pour une nana, c’était bassiste de groupe de rock, avec comme figure de proue Kim Deal des Pixies et Kim Gordon de Sonic Youth.

De même, dans Detention, comédie fantastico-pop de Joseph Khan, son héros, Clapton Davis est un pur produit des teen tv show des 90’s , à la Angela 15 ans ou Heartley Coeurs à vif, cet archétype du rebelle sensible et inaccessible, fan de musique,  que l’on retrouve aussi dans certaines comédies teens. Ainsi, qu’il soit simple nerd, ex-junkie ou mec cool du lycée, le personnage du zicos à la 90’s semble redevenir en force.

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College Comedy’s back  


Les années 90, c’est l’âge d’or du concept même d’adolescence.  Si les années 80 étaient dominées par Amblin et ses productions fantastiques pour mômes, la décennie suivante a bien eu conscience que ces mômes avaient grandi, devenus insensibles aux contes de fée car bien plus préoccupés par leurs hormones et leur côte de popularité. Les 90’s sont alors la déferlante du teen movie, sous toutes ses formes, comiques, romantiques, horrifiques, sous forme de série télé, de sitcoms, de franchises avec pour caractéristiques principales de se dérouler dans les couloirs du lycée… Un décor qui repointe le bout de son nez dans bien des métrages des années 2010.

21 Jump Street, l’adaptation libre de la série des années 80 confrontent deux générations d’ados, pas si éloignés, celle de Jenko et Schmidt au lycée en 2005 (mais où l’on arbore le look Slim Shady de 1999) et celle des ados du lycée qu’ils infiltrent, néo-babs portés sur le tout bio et la sauvegarde de la planète (l’ado 2010 en somme).

Detention de Joseph Kahn va plus loin. Véritable ode aux 90’s, le film plonge son héroïne en 1992, à l’aube de la décennie que tous les ados de son époque copient pâlement, dans un lycée apparaissant comme un endroit suprêmement cool où les looks se succèdent sans se ressembler, où personne ne te jugent, où tout le monde est relax et ouvert d’esprit. Bref, le lycée tel que les séries nous le vendaient à l’époque, tel qu’on l’a tous rêvé. Au delà de cet hommage évident à la pop culture de l’époque, Kahn reprend des codes établis pour la plupart par les séries télé d’ados, Angela 15 ans en tête (Riley, l’héroïne se déguise d’ailleurs comme un perso de la série). Ainsi, l’intello au physique ingrat aime en secret le mec populaire (Clapton Davis), la chef des cheerlearders veut aussi sortir avec lui mais sort avec le quaterback, la gothique et le geek, etc.

Dans la même lignée, le film espagnol Ghost Graduation (Promocion Fantasma en VO) de Javier Ruiz Caldera met en scène un groupe de lycéens morts lors d’un incendie survenu pendant le bal de promo (summum absolu du lycée selon les codes 90’s), également en 1992. Là encore, on retrouve des motifs communs empruntés principalement aux séries: les amours improbables de la gothique et du quaterback/ de la geek et du bad boy, le malaise des ados, les problèmes d’ados enceintes,etc.

Au final, les années 2010, comme les années 90, sont une décennie où l’ado est au centre des attentions marketting. Les Iphones ont remplacés les gameboys et les disc-mans. Les ciné du samedi soir sont un bon prétexte pour se retrouver entre potes.

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Fantastique, surnaturel et magie noire


Dans les années 90, le fantastique se développa sous diverses formes, que ce soit à la télé (Buffy contre les vampires et son bestiaire mythique), les films (Edward aux mains d’Argent, The Craft), devenant un appât idéal pour cibler les ados. En ces temps d’ado consommateur roi, on dragouille les 10-17 ans, ces gamins qui ont de l’argent de poche à claquer, qui adore collectionner des conneries et qui ont grandi dans une société consumériste à son apogée (génération Obsolescence programmée…) Pas étonnant donc, en temps que bouillon de pop culture, le cinéma, plus précisément , les séries b, revienne à ce type de fantatisque, plongeant sentiments loyaux, magie et éternités… Preuve en est, l’explosion Twilight, qui au final repompe la plupart de ses ressorts amoureux (Buffy en tête), rapportant au final, tellement de thunes qu’on en pleurerai… Alors il n’est pas étonnant à l’arrivée de la déferlante rétro-90’s, on retrouve des films rappelant en bien des points des succès fantastisques de la décennie. Ainsi, R.I.P.D. Brigade fantôme, dans son concept et dans son ton, n’est pas sans rappeler Men In Black (ou MIB), cultivant également un bestiaire fabuleux qu’il soit aliens ou poltergeist. De surcroît, les deux films empruntent de la même manière au buddy movie, tout en jouant que un humour potache pouvant rallier  un public familial.

De la même manière, All Cheerleaders Die du tandem Lucky McKee / Chris Sivertson évoque par bien des aspects The Craft, série b teen efficace, où une bande de copines s’allient dans la magie noire, en usant comme solution à  tous leurs problèmes d’ados. Le film de McKee / Sivertson place également la magie noire au coeur de la problématique de l’adolescence, soumise à la loi sociale du lycée, où les forces occultes permettent une émancipation vis à vis des adultes et une force vis à vis des autres ados.

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Retro-gaming powa  


Le retrogaming consiste à chercher, dénicher des vieux jeux cultes des années 80 et début des années 90 afin de les collectionner et d’y jouer, parfois même via  les consoles next gen, grâce à un émulateur. Pour le film d’Edgard Wright, Scott Pilgrim, cette passion se retrouve surtout chez le personnage de “Young Neil”, le petit dernier de la bande qui ne joue pas d’instrument. D’ailleurs à la question de la petite amie de Scott, à quoi joue-t-il, Young Neil répond donc logiquement des noms de jeux vidéos: Zelda et Final Fantasy, dont Scott a appris une ligne de basse. Ces deux jeux sont des plus marquants des années 90. À la fin de la décennie dernière, ces deux franchises ont franchi un pas avec leur première édition 3D, Ocarina of time pour l’un, Final Fantasy VII. Pour le premier une des musiques du jeu est utilisé dans le film, ainsi que le concept du double maléfique. Et pour le second c’est le premier sold out pour un jeu vidéo, 4 millions d’exemplaires vendus en une semaine.

Mais Edgar Wright ne se contente pas de citer en simple référence les jeux, il intègre à sa mise en scène même les codes établis par ces jeux: la simulation de skate de Tony Hawk devient un moyen de combattre Lucas Lee (incarné par Chris Evans), les rêves de Scott dans le désert ne sont pas sans rappeler la fin de Final Fantasy VIII, des éléments de mise en scène sont repris de jeux cultes tels que Street Fighter, Tekken, Dragon Ball Z ou Double Dragon, auxquels ajouter une tonne de référence à la franchise Mario. Wright dissémine donc énormément d’éléments propres aux jeux vidéos cultes des 90’s, premier âge d’or d’une industrie devenue depuis une vraie culture en soi.

Avec The Raid, Gareth Evans a clairement voulu mettre en scène un beat’em all réel. En suivant la trame scènaristique usuel de ce genre de jeux vidéos (un ou plusieurs personnages devant se battre devant un grand nombre d’ennemis, puis battre un boss de niveau avant de pouvoir franchir un nouveau palier dans le jeu. The Raid est littéralement calqué sur cette idée, chaque étage de l’immeuble devenant un niveau avec bad guys spécifiques, armes spécifiques et boss de fin de niveau à l’arrivée, pour atteindre le Big boss, au dernier étage. Pour sa suite, Evans se veut plus subtil, s’armant d’un scenario moins simpliste, plus narratif, plus généreux en dialogue et en cinéma, mais il n’hésite pas à toujours emprunte des mouvements de caméra, des cadrages et des compositions de plans qui évoquent le visuel des jeux vidéos, principalement les différentes sortes de shoot’em up et de beat’em all.

Les trentenaires d’aujourd’hui ont tous grandi dans les 90’s, époque paraissant bien plus libre et cool que celle qui a suivi (11 septembre oblige) et bien plus adaptée aux délires poppy de l’adolescence. Au final, la nouvelle génération d’ados se retrouve dans ce vent de liberté pré-World Trade Center, cette décennie qui semblait les placer au coeur même de la société (de consommation, bien sûr), et celle qui l’a vécu garde ce souvenir d’une période bénie, où la vie semblait facile et pleine de party.

 

Lullaby Firefly et Hamburger Pimp

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.