Critique du Sixième sens

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Manhunter

De Michael Mann

Avec William Petersen, Kim Greist, Joan Allen, Stephen Lang et Brian Cox

États-Unis – 1986 – 1h59

Rating: ★★★★☆

 

Si Le Silence des Agneaux est connu de tous, notamment grâce au personnage d’Hannibal Lecter, il est un autre film du même auteur que l’on a un peu oublié. Manhunter ou Le Sixième Sens (pas de fantômes relous ici), initialement abordé par William Friedkin, se retrouve en 1986 dans les mains de l’excellent Michael Mann et sera produit par Dino De Laurentiis. Pour l’anecdote, Friedkin dira avoir détesté le film, l’aspect fantastique du livre étant complètement absent de cette adaptation.

Aujourd’hui vendu comme le préquel relatant la première apparition de Lecter, le film ne lui consacre pourtant que quelques minutes. En fait, tout juste assez pour poser les bases de l’histoire et du personnage de Will Graham, flic doté d’une sensibilité unique lui permettant de rentrer en empathie avec les tueurs qu’il traque. Un don à double tranchant, puis ce que Graham joue avec sa santé mentale quitte à devenir ce qu’il chasse. Après avoir arrêté Hannibal Lecter mais en être sorti presque brisé, l’agent décide de mettre son badge au placard. Il ne le ressortira que trois ans plus tard, lorsque son ami Crawford vient lui demander son aide. En effet, un serial killer surnommé « The Tooth Fairy» laisse la police sur le carreau, et seul Graham pourrait être en mesure de l’arrêter. Il accepte, quitte à renouer avec ses anciens démons. Surtout qu’il a besoin de l’aide du redoutable Hannibal Lecter…

J’ai beau adoré Friedkin, je dois dire que son avis sur Manhunter semble plutôt dû à une certaine jalousie. Outre le fait d’avoir recruté la star de son Police Fédérale et lui donner un rôle tout aussi solide, Mann adapte le livre de Thomas Harris de façon personnel, brassant des thèmes qui seront sa marque de fabrique. Ainsi, la relation entre Graham et sa femme évoque sans problème celle d’Al Pacino et Diane Venora dans Heat. On y retrouve également cette figure du flic tenace prêt à crever pour son job, comme le furent plus tard Melvin Purvis, Vincent Hanna ou Sonny Crockett/Ricardo Tubbs.

Si Petersen est clairement la star du film, le reste du casting est au diapason de sa performance. Tom Noonan campe un Dragon Rouge bien plus flippant que le pourtant excellent Ralph Fiennes, et Brian Cox en impose autant que Hopkins en seulement cinq minutes ! On y retrouve également le futur Quaritch d’Avatar, un Stephen Lang insupportable dans son rôle de journaliste emmerdant.

Mais ce qui frappe le plus, c’est cette transposition du fameux « Sixième Sens » (Le titre français est pour le coup tout à fait approprié). Que ce soit à travers Graham ou sa nemesis le Dragon Rouge, tous deux ressentent les choses comme personne. Cet instinct de chasseur, cette animalité, en font deux personnages similaires et passionnants qui évitent le manichéisme inhérent à ce genre de thriller. Le Silence des Agneaux a beau être un film très sympathique, il ne m’a pourtant jamais passionné car il préfère décrire une figure du mal absolu, antithèse du personnage de Clarice Starling. Ici, Mann préfère confondre et brouiller les pistes, laissant même son serial killer connaître les facéties de l’amour, du moins à son échelle de taré en puissance.

Un excellent film donc, sous-estimé et dans l’ombre de son successeur. Une œuvre personnelle, qui aura fait un joli bide à sa sortie mais qui mérite aujourd’hui d’être découverte ou re-découverte. Sinon, vous avez toujours la version de Brett Ratner…

Evilhost

 

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About Evilhost

Venu du futur pour empêcher Argento de devenir aussi mauvais qu’Uwe Boll, j’ai malheureusement échoué dans ma mission. Ainsi donc, je suis bloqué dans cette réalité alternative ou Spielberg est considéré comme un génie, condamné par les dieux du bis à mater en boucle et pour l’éternité la filmo de Jean Luc Godard.