Critique du Conte de la princesse Kaguya

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Kaguya-hime no monogatari

D’Isao Takahata

Avec les voix d’Aki Asakura, Kengo Kora, Takeo Chii

Japon – 2012 – 2h17

Rating: ★★★★★

Dans une forêt de bambous, un couple âgé de campagnards coupeurs dudit arbre souple, tombe, par enchantement (c’est le cas de le dire), sur un nourrisson. Mais ce nourrisson est minuscule, cela n’empêche le couple de ruraux d’élever cette enfant pas comme les autres…

Le Conte de la princesse Kaguya est un conte d’apprentissage, sur la condition féminine et le contexte de classes. Concernant le premier point, c’est explicitement à l’écran un éveil mis en scène, un éveil de la vie. Nous regardons l’héroïne apprendre à ramper, marcher, courir, parler et même chanter. Mais dans « conte d’apprentissage », il y a d’abord conte. Les univers du féérique et du merveilleux sont donc à l’honneur. D’une part l’héroïne grandit à vue d’œil d’où son surnom « Pousse de bambou », quand ses parents ne l’appellent pas « Princesse ». D’autre part, c’est  l’excellent travail d’animation, par l’effet « peinture, estampe japonaise », comme si le pinceau ou le crayon dessinait en temps réel. Les couleurs sont vives, appuyé par une dramaturgie de la nature, omniprésente et extrêmement vivante (le mouvement des arbres, des fleurs, des insectes ou des amphibiens) et aussi une dramaturgie des saisons.

Pour la question de la condition féminine, c’est dans l’exode rural qu’elle démarre. En effet, de fille des champs, l’héroïne devient princesse des villes avec l’éducation ferme et rigoureuse qui va avec, pour une femme de haut rang. C’est un nouvel éveil, mains moins plaisant, pourtant toujours aussi bien assimilé. Elle reprend tout depuis le début, comme si elle réapprenait à marcher, encadrée par un duo féminin « Laurel et Hardy » : la grande et longiligne Dame Sagami et une toute petite boulotte souriante qui suit la princesse comme une ombre. C’est alors une nouvelle façon de se mouvoir et la pratique de  l’instrument musical koto qui sont mis en avant. Mais ce sont aussi des nouveaux aspects physiques et esthétiques : le rasage des sourcils, le maquillage immaculé et les dents noirs en guise de beauté, en désaccord avec la nature de Kaguya, questionnant le chemin du bonheur. Cette question étant en écho à sa nouvelle condition « noble », où son père se montre enthousiaste à la limite de l’exagération, quant sa mère privilégie la bienveillance.

D’ailleurs, ce nouveau contexte permet une magnifique et belle scène de fuite à travers les portes coulissantes de la nouvelle demeure. La princesse est stylisée à la fois en furie et feu follet, avec toutes ses épaisseurs de kimono, voulant quitter son nouveau standing. Son ancien statut de campagnarde la rendait plus heureuse. Même si dans la dernière partie, le récit fait intervenir l’empereur lui-même, portant un intérêt pour la princesse…

Premier film après l’annonce de la retraite d’Hayao Miyazaki, le studio Ghibli peut très bien se porter dans le futur, sachant que l’auteur du film d’animation critiqué, aussi auteur de Mes voisins les Yamada et du Tombeau des lucioles,est aussi vieux que l’auteur de Chihiro. Nous sommes tous des enfants de la lune.

Hamburger Pimp

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…