Critique de La Dixième victime

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La Decima vittima

D’Elio Petri

Avec Ursula Andress, Marcello Mastroianni

Italie – 1965 – 1h28

Rating: ★★★★☆

 

Au XXIe siècle, les gouvernements ont décidé de maîtriser les pulsions meurtrières de leurs concitoyens grâce à un jeu télévisé : des « chasseurs » doivent traquer des « victimes » désignées par un ordinateur et les tuer…

On peut définir cet ovni, entre délire série B et comédie de genre, comme un film pop. En effet, des vues de New York ou Rome ; filmées en plongée d’un hélicoptère, en panoramique  avec profondeur de champ au ras du sol ou en caméra à l’épaule (à l’arraché). Il se dégage un certain traitement de l’espace, de l’architecture et de la mode, dans la veine des tentatives artistiques de l’époque, notamment la volonté de cinéma direct ou l’expérimentation vidéo et de l’avènement de la bande dessinée (le personnage de Marcello en est accro). Pour le premier élément, on remarque les grands espaces, propices à la chasse non ? Les chasseurs et victimes semblent toujours seuls au monde, que ce soit dans un événement mondain bondé (que quelqu’un se balade avec une arme à feu ne gêne personne) ou l’entrée d’un ministère où une joueuse demande de l’aide avant de mourir comme une comédienne de théâtre tragique. Le réalisateur joue alors sur les différentes perspectives. Mais ces grands espaces sont aussi propices aux installations artistiques, on est constamment baigné dans le pop art. Pour le second élément, c’est la figure du labyrinthe qui est mise en place. À la manière dont le chasseur et la victime se traquent, l’architecture devient le seul vrai rempart, bouclier, c’est littéralement jouer avec l’espace, un laser game géant. Chaque porte, chaque ouverture, tout chemin devient une possibilité d’avoir l’ascendant, en plus d’avoir l’impression de gagner un niveau et d’aller au suivant. De plus, New York et Rome sont quand même deux villes architecturales particulières. Le troisième élément est le plus classe. La sublime Ursula Andress enchaîne des tenus de mode à couper le souffle, ainsi que des accessoires, dans l’esprit des sixties (dos nus, robe carré, lunettes design…). Quant à Marcello, la classe italienne quoi… Et de multiples figurants portent des tenues aussi originales les unes que les autres. Ajoutons que les décorations d’intérieur sont aussi dans l’esprit pop art, et évoquons aussi la bande son géniale entre jazz joué à l’écran et pop psychédélique.

Etant donné que c’est littéralement une chasse à l’homme, considérons que c’est aussi une rencontre. Ursula Andress me semble apparaître pour la première fois à l’écran en clin d’œil à Anna Karina, en brune. D’ailleurs Marcello avec ses lunettes de soleil et son style vestimentaire basique mais classique pantalon-col roulé-veste noir, semble nous rappeler Jean-Luc Godard, dont Anna était la muse. Mais c’est surtout une femme fatale, en blonde. Il y a cette belle scène au début du film où en bikini brillant et les yeux masqués, elle danse de façon on ne peut plus sensuel autour d’hommes qu’elle n’hésite pas à gifler tour à tour lors de ses déplacements de table-cube en table-cube (décidément le ludisme…) dans une salle de cabaret. Marcello apparaît tantôt comme un dandy fan d’art (la classe de son intérieur), tantôt un gourou prônant l’amour (le Temple de Vénus, un autel sur la plage, des milliers d’adeptes et Marcello et sa décoloration blonde) et le sexe ou tantôt un renégat qui cache ses parents car les vieux sont bannis de la société actuelle de ce monde fictif qui est une dystopie. Une dystopie qui est d’ailleurs soumis au diktat des marques commerciales (les deux joueurs ont des contrats pour faire de la publicité d’une marque si ils gagnent), remet en place les gladiateurs et à la merci des gros fortunés. Pour continuer dans l’analyse de la rencontre des deux joueurs, maintenant que le background fictif ait été un peu évoqué, soulignons que c’est un duo extrêmement sensuel et sauvage. Evidemment que ça joue au chat et à la souris mais c’est aussi une séduction perpétuelle faite de faux-semblants, de paroles partiellement fausses et partiellement vraies, et de danses lascives avec une tournure scénaristique intéressant : comment deux joueurs devant entre-tuer, peuvent-ils tomber amoureux ?

Elio Petri a signé une comédie romantique décalée, à l’humour noir et à la photographie soignée, qui mériterait son titre de trésor caché des années 60. Ah non, désolé, à Celluloïdz, on n’a pas encore fait le classement de celui des années 90, 80 et 70. Va falloir attendre, alors regardez ce film.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…