Critique d’Enemy

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Rating: 3.7/5 (6 votes cast)

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Enemy

De Denis Villeneuve

Avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Isabella Rossellini, Sarah Gadon

Canada / Espagne – 2013 – 1h30

Rating: ★★★★★

Tourné avant Prisoners mais n’ayant trouvé le chemin des salles Françaises qu’en cette fin août, Enemy est, de l’aveu même de Denis Villeneuve, son film le plus personnel.

Adam Bell est un professeur d’histoire menant une vie monotone. Vivant dans un appartement à Toronto, son quotidien ne se résume qu’a son travail et sa petite amie Mary (Mélanie Laurent, qui ne joue pas très bien mais montre ses seins). Un jour, regardant un film conseillé par un de ses collègue, il croit voir un figurant qui à exactement le même physique que lui. A la fois fasciné et effrayé par cette découverte, il décide de prendre contact avec lui. Ce dernier, Anthony Clair, est un acteur raté vivant avec sa femme Helen (Sarah Gadon, sublime), enceinte de 6 mois. S’ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, leurs personnalités respectives sont pourtant bien différentes…

D’un argument que la 4eme dimension n’aurait pas renié, le réalisateur en tire un drame familial surprenant à plus d’un titre. Parce que contrairement au récent film de l’ami Lynch, Villeneuve sait de quoi il parle, et il ne s’embarrasse guère d’images dont lui même ne connaît pas le sens. D’une ville brumeuse à la couleur ocre et en passant par de multiples signes arachnéens, le film sème discrètement les clés de son mystère.

Il est alors bon de considérer le moindre détail et dialogue, d’autant plus que la courte durée du métrage permet de ne jamais s’embarrasser de superflu. Tour à tout pleutre ou pervers narcissique pétant un plomb aussi vite qu’une balle de 9mm, Gyllenhaal trouve ici son meilleur rôle, et le couple formé avec Sarah Gadon est sûrement un des plus touchants et fragiles qu’on est vu cette année. On notera également la présence d’Isabella Rosselini, qui n’est sûrement pas là par hasard.

 

Embrassant ses références sans jamais qu’elles ne soient écrasantes (on pense à Eyes Wide Shut , mais aussi à Polanski plus généralement), le film aborde ce qui semble être en filigrane le couple et principalement les femmes, le cœur de l’histoire. Femme, mère ou maîtresse, la peur de l’engagement et de la castration matriarcale alimente une histoire qui rappellera des souvenirs à certains d’entre vous. Si tu es un homme et que tu me lis, ce film te parlera probablement comme il m’a parlé. Car si l’esprit d’Adam Bell est un labyrinthe mental assimilable à cette ville filmée comme un tombeau fait d’immeubles effrayants, c’est peut-être le drame intime de chacun qui peut nous faire basculer dans une vision dérangée de la réalité (un des derniers plans est à ce titre totalement HA-LLU-CI-NANT!).

En ces temps de cinéma qui nous prend par la main ou nous fait passer pour des demeurés avec des histoire simples mais racontées comme un roman de Maurice Dantec (je t’adore Nolan, mais parfois tu fais chier), Enemy devrait être un exemple. Exigeant sans être hermétique, il ne se laissera pas facilement découvrir mais saura récompenser le spectateur investi. Un peu comme certaines femmes, non ?

Evilhost

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About Evilhost

Venu du futur pour empêcher Argento de devenir aussi mauvais qu’Uwe Boll, j’ai malheureusement échoué dans ma mission. Ainsi donc, je suis bloqué dans cette réalité alternative ou Spielberg est considéré comme un génie, condamné par les dieux du bis à mater en boucle et pour l’éternité la filmo de Jean Luc Godard.