Critique de Au service de Satan

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Satan’s Little Helper

De Jeff Lieberman

Avec Alexander Brickel, Katheryn Winnick, Stephen Graham,  Amanda Plummer, Wass M. Stevens et Joshua Annex

États-Unis – 2004 -1h36

Rating: ★★★★★

Douggie avait de quoi se réjouir pour ces nouvelles fêtes d’Halloween, il pouvait jouer à son jeu vidéo préféré «  L’Assistant de Satan » 24 heures sur 24 et sa grande sœur revenant à la maison pour les vacances, il pourrait l’avoir pour lui tout seul (Katheryn Winnick, on le comprend). Oui mais c’est accompagnée de son boyfriend du cours d’Art Dramatique qu’elle apparaîtra. Meurtri dans son petit cœur d’enfant gâté Douggie aura vite fait de recommander aux mille flammes de l’Enfer ce gringalet qui est en train de lui piquer sa frange. Et ça tombe bien pour lui, Satan passait justement dans le coin et il est d’accord pour faire le lift..

.. Aaah (regard nostalgique vers le ciel) typiquement le genre de pépites qui ne sort que directement en DVD, que l’on ne croise guère qu’en festival si on de la chance et qui enfoncent pourtant la majorité des grosses productions du moment par leur inventivité et leur professionnalisme. Pour reprendre une expression du Dr Devo (de Matière Focale, que je salue au passage pour m’avoir recommandé ce film merveilleux) on se rend compte que l’on a affaire à un film « où tout le monde bosse », ça transpire à l’écran : les cadrages variés et toujours composés -même pour une scène anodine, ça raconte à chaque plan – le découpage impeccable et fluide, une photographie à tomber, bref tout ceci mis bout-à-bout et la mise-en-scène apparaît finalement comme portée par un courant d’air. Le budget limité étant également compensé ici par un kitsch assumé (le jeu vidéo, les combats de masques ridicules) et surtout une précision d’écriture déconcertante qui n’est pas sans rappeler la concision, l’efficacité et la verve de certaines productions Troma. Oscillant entre le slasher référentiel -avec quelques passages tout à fait gores – et la parodie, le film de Lieberman s’avère surtout une petite mécanique narrative impeccable, déclinant avec brio la thématique du masque et de déguisement. Du tueur sadique qui décime le voisinage à tour de bras nous ne saurons rien, si ce n’est qu’il se vautre littéralement dans l’impunité que procure le contexte des fêtes, lui permettant de d’avancer masqué sans avoir pour autant à dissimuler sa nature, puisque ça fait partie du jeu. Rencontré par Douggie alors qu’il plantait une fleur dans le ventre ouvert d’un quidam, il s’infiltrera discrètement dans la sphère familiale, répondant à toutes les attentes du petit garçon sans avoir  à parler ni même à se justifier mais bien en se contentant d’être son personnage, en se contentant d’être lui-même. Il endossera bien d’autres costumes par la suite, avec la même ironie.

Tout ce que l’on saura de ses motivations (grâce à un final en point de suspension) c’est qu’en qualité de sataniste impliqué, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il se donne les moyens. Le film déploie ainsi toute une panoplie de jeu d’apparences et de passe-passe qui trouvera d’ailleurs son apothéose dans une course-poursuite jubilatoire en plein bal costumé. Aucun indice ne reste inutilisé  et devient carburant du récit ; on a littéralement l’impression de voir l’histoire s’écrire d’elle-même sous nos yeux, alors qu’il s’agit en réalité de la conséquence d’un minutieux et subtil travail de caractérisation : la grande sœur et son petit copain étant comédiens, nous en apprendrons un peu plus sur ce dernier à travers ses constantes références à sa profession donc, puis tout légitimement à sa pratique de celle-ci, pour enfin arriver à son histoire personnelle. Celui-ci avouant, en émule de l’Actor Studio qu’il est sûrement, que son père serait l’inspiration parfaite pour incarner Sa Démoniaque Majesté, au cours d’une tentative de faire copain-copain avec Douggie, qui au final se retournera contre lui. Eh bien le papa en question finira par devenir lui-même un protagoniste du récit et un élément supplémentaire dans cette réflexion sympathique sur les différents visages du Mal. L’un de ses principaux aspects justement, et pas des moindres car il est le détonateur de notre récit, demeurant la soif intarrissable et si difficile à combler, le besoin de merveilleux symptomatique de l’enfance, façonné par une vision biasée des choses – le jeu vidéo renvoyant au Death Race 2000 de Paul Bartel (Roger Corman à la production), emblématique du sens de la perte des réalités que porte en lui tout futur dystopique, et avec lui chaque nouvelle génération qui le compose, trop heureuse de se voir valorisée par le simple fait d’appuyer sur un bouton qui «  rapporte des points ».

Tellement original dans le traitement de  sa thématique qu’il a d’ailleurs beaucoup été dit que le film de Lieberman justifierait à lui seul une franchise toute nouvelle, et on ne peut que fantasmer à l’idée d’ un tel projet, le Monde étant tellement rempli de gens qui finalement  ne demandent qu’à bien faire.

 

                                                                                                                             Nonobstant2000

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