Critique d’À la recherche de Vivian Maier

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Finding Vivian Maier

De John Maloof et Charlie Siskel

États-Unis – 2014 – 1h23

Rating: ★★★★☆

John Maloof est agent immobilier et passionné amateur de photographies. Il essaie d’écrire un livre sur le sujet, en se limitant à la ville de Chicago et participe à des ventes aux enchères de pellicules non développées. C’est alors toute une malle de photographies de rues que le jeune homme découvre et qu’il adore. Le nom de l’auteur ? Une certaine Vivian Maier…

Inconnue du grand public, sa page Wikipédia date seulement de deux ans, Vivian Maier est devenue une artiste à titre posthume. Elle n’a jamais démarché ses photographies, des photographies au « style de rue », d’abord en noir et blanc puis en couleurs. Ce style peut être défini  comme des instants volés, surprises. En effet, son appareil photo ne se porte à l’œil mais au niveau de la taille ou de la poitrine, la focale étant au-dessus. Cela permet, par conséquent, de prendre des clichés sans être vraiment aperçue car elle regarde son modèle dans les yeux qui ne soucie plus alors de l’appareil qu’elle a autour du cou. Elle fût d’ailleurs souvent son propre modèle, une grande silhouette de grande femme sans âge aux cheveux courts, c’est le selfie sans la dérive consumériste et égocentrique. Et son activité photographique va des beaux quartiers, les banlieues pavillonnaires bourgeoises « villes-témoins », aux quartiers malfamés, entre pauvreté et délinquance. Il y a aussi un travail de tour du monde retrouvé dans ces quelques 100 000 pellicules.  De plus son travail artistique semble se conjuguer à un travail de photojournalisme, de photo-reportage : elle collectionnait les journaux, s’intéressant aux faits divers criminels et interrogeait des gens dans la rue ou les espaces publics (supermarché, parc) avec un magnétophone.

Mais de la découverte de John Maloof, il reste un gros point d’ombre : qui est vraiment cette femme à la démarche de soldat de plomb pour ne pas dire d’officier nazi ? Le documentaire révèle un flou identitaire de la personne. Elle est née à New York mais a grandi en partie dans un village français des Alpes, sa mère française l’a élevée seule d’où une interrogation sur son accent, feint ou pas. Mais rien sur son enfance, son adolescence ou le début de sa vie d’adulte. Et si on connaissait Charles Bukowski enchaînant les petits boulots lors de sa carrière d’écrivain (quoiqu’il fût postier pendant vingt ans), l’emploi principal de Vivian était nounou (mettant parfois en danger les enfants qu’elle gardait en les emmenant dans les quartiers dangereux), le travail des statuts permettant de côtoyer ceux qui en ont (même si Vivian semblait les méprisait) mais elle aimait dire qu’elle était espionne, quoiqu’elle épiait avec son appareil photo. Ce qui amène à la face sombre de la personne : certains de ses propos suggéraient qu’elle avait victime de violence ou d’agression sexuelle, d’ailleurs une photographie d’ombres, elle à côté d’un homme, est très significative, car le moment d’après, non captée, est une prise de judo sur l’homme pourtant bienveillant. Et des anciens enfants qu’elle gardait, certains l’accusent de maltraitance. En clair, Vivian, comme tout artiste qui se respecte, est névrosée. Elle a des symptômes de folie douce : l’obsession, la compulsion, la paranoïa voire l’angoisse. Cette folie douce est en écho au monde sombre qu’elle a essayé de traduire dans ses photographies ou dans son accumulation des journaux : homicide, pédophilie, banditisme et misère. Bref, de son acte photographique habité incarné d’humanisme, Vivian Maier témoignait de la bizarrerie, de la folie et de l’aliénation sociétale.

Il y eût Rodriguez, artiste musical déchu aux États-Unis et ouvrier prolétaire se constituant une carrière en Afrique du Sud. Il y eût Karen Dalton ayant vécu un bon moment en sans domicile fixe et sidaïque, alors qu’elle fût une chanteuse folk contemporaine de Joan Baez et Carole King. Il y eût Franz Kafka qui avait stipulé que ces œuvres non publiées devaient être brûlées, pourtant nous connaissons tous La Métamorphose et Le Procès. Et bien sûr le cas le plus connu est Vincent Van Gogh, où deux ans d’activité de peinture de son inimitable style lui permet la postérité alors qu’il vit très mal toute sa vie. Il y a, maintenant, désormais, la photographe de rue Vivian Maier, disparue en 2009 et consacrée artiste post-mortem. Effectivement, c’est une véritable vie d’artiste et une incroyable histoire américaine.

Le lien du site qui lui est consacré: vivianmaier.com

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…