Michael Myers par Rob Zombie : Le Chaos derrière le masque

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Je pense que les cinéphiles du monde entier ont au moins ce petit jeu en commun ; celui du projet fantasme (oui, toi même tu sais). Une bonne manière d’égayer les soirées maussades entre amis, succès garanti. Figurez-vous qu’un beau matin, le 06 juin 2006 pour être plus précis, un pote  m’annonce que monsieur Rob Zombie (de son vrai nom Robert Bartleh Cummings) a été choisi pour écrire et réaliser un remake d’un de mes films préférés, Halloween. Ayant d’abord pensé que ce gredin jouait au petit jeu sus-cité, je laissais sans le vouloir un filet de bave trahir ce qu’un tel projet pouvait avoir comme effet sur ma frêle personne… Alors imaginez mon état lorsque les lumières se sont éteintes et que le logo Dimension apparut à l’écran le jour de la sortie.

Comme vous pouvez le lire dans notre dossier sur le rockeur du Massachusetts (Rob Zombie The Rocky Horror « Next Gen » Picture Show), Rob est un personnage passionné de pop-culture brassant une imagerie ultra large. De Murnau à Tarantino en passant par Ken Russel, il arrive à tisser son propre univers et ses propres thèmes à partir d’influences qu’il fait jaillir sur l’écran, le tout en arrivant à diluer une sincérité incroyable et une amour du genre communicatif ; il en dégage toujours quelque chose de profondément viscéral. Le macabre, le côté sombre de l’âme humaine et le chaos étant au centre de ses deux premières œuvres (La Maison des 1000 Morts et The Devil’s Rejects), qui de mieux pouvait être pressenti pour une relecture du célèbre film de John Carpenter ? Personne (oui, je réponds tout de suite, histoire de ne pas vous faire souffrir d’un suspense inutile).

« The darkest souls are not those which choose to live within the hell of the abyss, but those who choose to break free from the abyss and move silently among us. »

C’est sur une citation du docteur Loomis (Malcolm McDowell), psychiatre suivant Michael depuis ses premiers meurtres, que le film s’ouvre. Le spectateur ne sera pas seulement le témoin du démon qui marche parmi nous, comme dans l’œuvre de Carpenter, mais aussi celui de la naissance du Mal qui se libère des Enfers. Dès le départ Rob Zombie sort du schéma de l’œuvre originale en choisissant de creuser son icône.

Formellement, dans la version de 1978, Big John opte pour une mise en scène froide, au découpage millimétré et aux mouvements de caméra lents, laissant peser la menace fantomatique du tueur comme s’il hantait le hors champs, pouvant apparaître dans n’importe quel coin d’ombre. Dans l’opus de 2007, on penche plutôt sur des cadrages serrés, une caméra tremblotante, souvent cachée derrière des coins de mur, mais laissant toujours Michael dans le champ, au centre de tout (voir le passage de l’hôpital psychiatrique où l’on ne croise jamais aucun autre patient que lui, comme s’il était seul dans l’établissement, beaucoup de vide en arrière plan). Là où Carpenter faisait basculer petit à petit son récit dans le fantastique, Rob Zombie choisit quant à lui de rendre sa menace réelle et tangible en nous montrant tous les éléments qui feront de Myers une bombe à retardement, a perfect storm pour paraphraser Loomis.

Mais Michael Myers n’a pas perdu toute son humanité chez Zombie. Il n’est pas le tueur calculateur et traqueur qui jouait avec ses victimes avant de les assassiner, comme on peut le voir dans l’original. Dans le remake, il a presque un côté Candide, ne voulant au final que protéger Laurie. Il revit le meurtre de sa grande sœur dans sa maison en trucidant Lynda et son copain, qui avaient tout deux choisis le mauvais endroit pour faire pleurer Jésus (Zombie utilisera des plans similaires entre les scènes du meurtre de sa sœur et celui de Lynda) ; et pense libérer une nouvelle fois Laurie en tuant ses parents adoptifs. Tout comme avec les Firfly dans La Maison des 1000 Morts et The Devil’s Rejects, on retrouve dans Halloween un lien familial fort, une vision complètement détraquée et chaotique de la famille et des liens qui la soudent. Le côté sombre de Michael a pris le dessus, mais sa petite sœur (Laurie) représente la seule lumière qu’il décèle encore en l’Humain. C’est en commettant l’irréparable qu’il sauvera Laurie d’un quotidien chaotique, paradoxalement c’est aussi en la sauvant qu’il laissera les abysses l’envahir. Comme s’il se sacrifiait pour garder une étincelle, un peu de couleur au milieu du noir total. Mais quand Laurie le poignarde et refuse la main tendue, même si le masque de Michael est blanc (le mélange de toutes les couleurs, comme l’explique Loomis), derrière le latex c’est bel et bien un noir profond, une absence de tout qui s’est installé définitivement. S’en suit une scène symboliquement forte où Michael détruit littéralement sa maison d’enfance pour trouver Laurie, finissant sur une note sombre avec laquelle Rob déclare au travers du dernier plan : On a tous un démon en nous, il ne fait qu’attendre le bon moment pour s’enfuir des Ténèbres et marcher parmi nous.

En 2009 la nouvelle tombe, Rob Zombie réalisera une suite. Cette annonce me parut bien étrange sur le moment, en effet le chanteur white trash avait déclaré dans moult interviews ne plus vouloir toucher au célèbre boogeyman. Son expérience sur le premier film ne lui laissant pas un très bon goût de whisky dans la gueule (les producteurs Harvey et Robert Weinstein n’étant pas connus pour être des tendres), il préfère botter en touche. Mais le bougre change subitement d’avis pour écrire et réaliser le film en seulement 7 mois. Pourquoi diantre un tel retournement de veste en cuire cloutée ? Tout simplement parce que Rob doit encore un film aux frères Weinstein et décide donc de se libérer du contrat en faisant un pied de nez aux nombreuses critiques négatives envers le premier film disant que Zombie trahissait le chef d’œuvre de Carpenter. Résultat, notre cher réalisateur fait ce qu’il sait faire de mieux, il tend son bras bien haut et redresse avec fierté son majeur.

Le tueur troque son masque pour une tenue de clochard et une énorme barbe, devenant plus massif que jamais. On retrouve une Laurie Strode au teint pâle, dépressive, ayant perdu son regard angélique derrière des cernes et un visage gras. Elle vit chez son amie Annie (la très mignonne Danielle Harris), rescapée du couteau de Myers dans le premier film. Michael, quant à lui, erre sans but en ayant comme visions le fantôme de sa mère (et de lui même enfant, ce qui souligne le fait que Myers est bel et bien mort symboliquement après le premier massacre), se baladant avec un cheval blanc, lors de scènes oniriquement morbides rappelant les meilleurs moments de La Maison des 1000 Morts. Laurie découvre qu’elle est la sœur biologique du tueur, ce qui ne lui donne pas envie de prendre une douche et de voir la vie du bon côté, mais peut-on vraiment lui en vouloir ? Le docteur Loomis, parachuté dans le film on ne sait pas trop pourquoi, est devenu un connard égocentrique surfant sur la vague des crimes de Michael Myers pour vendre son bouquin. Bref, vous l’avez compris, c’est plus sur la forme que le film tire son épingle du jeu que sur son pitch écrit par Zombie dans le creux de la main entre deux concerts durant sa tournée. Car sur le fond, on ne ressent pas une réelle évolution, un peu comme si Zombie avait posé les bases de ses personnages dans le premier métrage et s’amuse ici à faire un slasher basique, incroyablement puissant et jouissif, en s’éclatant avec ses personnages. Bien sûr, c’est mal connaître le bonhomme de penser qu’il nous livre une pellicule gentille et fainéante, Halloween  2 reste une œuvre purement graphique (on se retrouve souvent ébloui par la lumière qui donne un cachet surréaliste aux silhouettes qui la découpent), un des plus beaux films malades des années 2000. Au final, si ce dernier opus en date des aventures de Myers s’avère être foutraque et bordélique, il en ressort surtout une ambiance « énervée », un côté punk et sale gosse que la rockstar arrive à insuffler au film grâce à une brutalité qu’on ne voit que trop rarement dans les slashers, une patte esthétique bien marquée qui arrive à nous transporter dans un univers (le Haddonfield de Rob Zombie dans cette suite, on dirait Silent Hill), et surtout un pur film d’horreur.

On peut donc conclure que Rob Zombie a su s’approprier un mythe en y insufflant tout ce qu’il aime, toute sa rage et son amour pour le genre. Il réussit à faire oublier l’original, tout en le respectant et en s’y éloignant pour ne pas souffrir d’une quelconque comparaison. Halloween et Halloween 2 ne sont pas des films interchangeables comme le reste des suites de la saga. Ils portent en eux la marque de leur auteur, son sang, son ADN. Rob Zombie a su faire renaître une icône, son Michael Myers ne remplace pas celui de John Carpenter, non, il se tient à ses côtés tout en haut du sommet des figures iconiques du cinéma d’horreur.

Gutbuster

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Gutbuster est un fantôme, un esprit frappeur s'amusant à effrayer les gens dans leur quotidien. Infligeant des tortures mentales abominables, le bougre s'amuse à intervertir les dvd dans des mauvaises pochettes, ouvrir les boites de figurines ou encore régler les radio-réveils sur NRJ. Il peut aussi s'amuser à pirater votre compte Amazon pour commander des livres de Berbard-Henri Levy ou le dernier film en date de Franck Dubosc. Tremblez, cinéphiles du monde entier, Gutbuster veille au grain pour vous faire trembler d’effroi !