Critique de Black Coal

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Bai Ri Yan Huo

De Yi’nan Diao

Avec Fan Liao, Lun-mei Gwei, Xue-bing Wang

Chine – 2014 – 1h46

Rating: ★★★★☆

Zhang est un policier bourru, taiseux pour ne pas dire mutique et porté sur la bouteille. Il est en instance de divorce qu’il vit très mal. Avec ses collègues, il doit s’occuper d’une affaire sortant de l’ordinaire en Chine continentale : les parties fractionnées d’un corps d’homme se sont retrouvées dans plusieurs usines de charbon d’une même province. Après un entretien avec la veuve et deux conducteurs de camion affairant le charbon, l’affaire semble réglée. Mais cinq ans plus tard, deux nouveaux corps sont retrouvés avec le même mode opératoire. À la différence que ces corps d’hommes ont des patins à glace au pied….

Le film s’appelle Black Coal, « charbon noir », Il est donc question de matière. Le charbon, matière première omniprésente dans la première enquête, est remplacé dans la seconde par la neige… Mortifère. En effet, ces motifs, au-delà d’une enquête qui prend son temps, tout comme le réalisateur installant ses longues séquences constituant le film, questionnent la mutation de la Chine. Car du pays industrialisé, axé sur le secteur du secondaire (charbon, acier…), la Chine se transforme peu à peu en pays du secteur du tertiaire, avec plus ou moins de mal. Que ce soit Zhang, flic alcoolique devenu coursier (régression sociale ?), un ancien importateur de vêtements reconverti dans les jeux et paris en ligne, ou la police avec le développement et la généralisation de l’analyse ADN. On peut ajouter à cela l’ouverture vers l’Occident, par le biais de la musique pop ou des salles de danse où l’on apprend la valse. Ce qui donne, d’ailleurs, une très belle scène de filature dans l’établissement dansant où l’on ne sait plus qui est le chat et la souris entre le suspect et le flic, par un magnifique travail de point de vue en plan-séquence. S’enchaînent travelling, puis mobilité de la caméra et enfin panoramique.

L’inventivité est aussi scénaristique car l’enquête se mélange à une rencontre amoureuse entre la mystérieuse veuve Zhizhen et le policier Zhang, ce dernier est en  manque d’amour. La première étape ne laisse rien présager, de même que la seconde (le regard puis la communication orale). Il faut attendre la troisième étape, le contact tactile, pour faire avancer le récit et le traitement des personnages. Lui, en quête de nouveau (ou renouveau), elle en vrai boule de nerfs prête à exploser. D’ailleurs, entre l’étape deux et trois, on a droit à une des rares scènes d’action et de fusillade (il y en a deux au total) à la fois absurde et brute, filmée en plan-séquence fixe. Tarantino n’aurait pas fait mieux. Mais les sud-Coréens, peut-être. Car après Touch of Sin sorti l’année dernière, le film noir chinois semble s’inspirer du récent phénomène de film de genre sud-coréen (Old Boy, Mother, J’ai rencontré le diable…). Celui qui me paraît le plus proche serait The Murderer de Hong-jin Na, avec un récit et un couple de protagonistes principaux similaires. Néanmoins on est moins porté sur le sang et le gore chez les Chinois.

Enfin, pour les deux dernières étapes, comme pour la fin de l’enquête, le résultat peut paraître déroutant, intrigant voire un peu trop lent. Mais n’empêche qu’il ressort de ce film une certaine beauté triste de la saison d’hiver.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…