10 Péloches : Vacances de merde !

 

 

Délivrance de John Boorman

Remontons aux origines, plus précisément évoquons l’oeuvre fondatrice d’un genre aujourd’hui ma foi plutôt bien démocratisé : le survival. En 1972, le grand John Boorman envoie quatre citadins purs et durs retisser le lien avec Mère Nature, lui rendre hommage l’espace d’un week-end. Il s’agira de s’adonner aux joies du canoë au cœur des très tumultueux rapides d’une rivière de Géorgie vouée à disparaître de la main de l’homme… C’était sans compter la présence de rednecks psychopathes un peu trop  »natures » qui vont les traquer sans relâche dans les forêts qui bordent le cours d’eau, traque qui culmine en une séquence de viol aussi mythique que tétanisante !

Chaque séquence de Délivrance est un morceau de bravoure entré dans l’histoire du cinéma : le duel de banjo (et le morceau qui s’y rapporte Dueling Banjo) avec le gosse difforme inquiétant qui refuse de communiquer, la fameuse scène du viol homosexuel et du cri de cochon, la longue traque arcs au point, … Des références reprises absolument partout de Sans Retour à Mais qui a tué Pamela Rose ? en passant par Big Fish et Bienvenue à Zombieland… Le chef-d’oeuvre de Boorman est un incontournable pour qui aime le film de survie, le film d’aventure, le cinéma de l’extrême,… Il filme avec génie une nature absolument magnifique mais d’une cruauté inouïe ! L’homme nait de cette nature, en sort dès lors qu’il consent au contrat social, et tente de prendre le dessus, de l’assujettir à sa volonté qu’il pense supérieure… Mais il n’en est rien : confronté à sa splendeur, à sa puissance, plongé en son sein, il n’a d’autre choix que de subir. Pour survivre, il se voit dans l’obligation de puiser en lui cette violence primitive, naturelle, de nier sa civilisation, un retour à l’état de nature somme toute où l’homme  »est un loup pour l’homme » !

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Wolf Creek/Wolf Creek 2 de Greg McLean

L’Australie, nouvel El Dorado des vacanciers… Mais derrière le rêve se cache une toute autre réalité, bien plus sordide… Sors de ce corps Bernard de La Villardière !

Greg McLean a décidé de foutre un sacré putain de coup de pied au cul aux images d’Epinal véhiculées sur l’Australie en la personne de Mick Taylor, Crocodile Dundee dégénéré, xénophobe et pervers sexuel kidnappant, séquestrant et massacrant sans vergogne les touristes imprudents perdus en plein cœur du bush, de son bush, après avoir subi les affres magnétiques étranges sévissant autour du cratère de Wolf Creek. Le croque-mitaine est terrifiant, imprévisible et surtout bien taré, et multiplie avec un sadisme qui force le respect les sévices en tout genre sur les pauvres protagonistes dont on souffre véritablement de suivre le calvaire.

Wolf Creek est une œuvre fascinante à plus d’un égard, contemplative, malsaine, somptueuse formellement, qui, couillue, s’amuse brillamment des codes du survival, nous frustre volontairement et radicalement quitte à ce que cela soit apparenté à une certaine forme de renoncement vis à vis de certains passages obligés !

La suite est excellente, certes inférieure à l’original mais en prend très intelligemment le contre-pied en décidant de nous livrer un pur trip décomplexé cette fois-ci, ultra-spectaculaire et méchamment ironique. Mclean s’amuse visiblement comme un petit fou de ce qu’il avait créé presque dix ans auparavant, mais insuffle à cette alternative caustique une sacrée putain de maîtrise de la mise en scène (sa relecture de Duel est tout bonnement brillante), du montage, du cadre,…

La course poursuite est haletante et ne souffre d’aucun temps mort, la contemplation malsaine de Wolf Creek premier du nom se voit ici sacrifiée sur l’autel du divertissement généreux et brut de décoffrage, trépidant et bien gorasse, hilarant et parfois presque cartoonesque. Une efficacité redoutable donc et un traitement très second degré (une séquence assez tétanisante mise à part) qui témoignent encore une fois de l’immense talent de Mclean et qui n’entache rien à la réussite engagée sur une voie radicalement opposée du premier opus. Mclean fait exactement ce que l’on attend de lui, il accouche d’une séquelle différente mais cohérente, jouissive et bourrine mais loin, très loin d’être conne, la politique du « toujours plus » somme toute, mais il le fait sans une once de cynisme, au contraire, c’est plein d’amour, avec malice et grâce à un putain de savoir-faire qu’il nous a concocté cette bonne grosse pièce de barbaque cramée sur le goudron par un soleil de plomb…

Rappelons que l’Australie est la patrie du macabrement célèbre tueur en série Ivan Milat,  »the backpaker killer », auteur des meurtres particulièrement sauvages de sept routards, Mick tire une bonne partie de son essence de ce sordide fait-divers…


The Reef de Andrew Traucki

Restons au pays des kangourous mais évitons donc le bush, ses autochtones pas toujours accueillants et sa chaleur étouffante et prenons la mer. C’est ce à quoi nous convie Andrew Traucki, une belle expédition entre amis qui va vite tourner au cauchemar… Coque déchirée par un récif et naufrage au beau milieu du désert d’azur… et comme si cela ne suffisait pas au malheur de nos pauvres protagonistes, leur chemin va croiser celui d’un grand blanc particulièrement vicelards qui ne va cesser de les harceler puis de les décimer !

Traucki sait filmer la nature superbe aussi cruelle soit-elle, si belle et tellement redoutable, travaille son environnement et son prédateur de chair et d’arêtes (nul CGI ou autre animatronique, notre requin est aussi vrai que nature) avec une efficacité qui force le respect ! Intelligemment, il évite le foutu écueil du found-footage mais joue la carte de l’immersion par une caméra quasi-documentaire, aussi proche que possible de ses proies malheureuses mine de rien plutôt attachantes, limite notre champ de vision au ras des flots qui semblent s’étaler à perte de vue, et déploie un abyme sous-marin invisible, inconnu et imprévisible sous nos pieds… Le résultat, même si il souffre parfois des limites du minimalisme de son concept et de la narration qui en découle, s’avère foutrement trépidant, passionnant et angoissant.

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Black Water de David Nerlich et Andrew Traucki

Le requin n’est pas le seul prédateur marin particulièrement féroce et tenace : le crocodile est un tueur en série qui n’a rien à lui envier… Grace, son petit ami Adam et sa petite sœur Lee passent leurs vacances dans le nord de l’Australie. Partis pêcher dans la mangrove, leur embarcation chavire brusquement. Après la disparition de leur guide, ils comprennent qu’ils viennent d’être attaqués par un crocodile très agressif ; acculé par le prédateur, ils n’ont d’autre choix que celui de se réfugier dans un arbre. Ne voyant pas les secours arriver, ils voient leurs chances de survie diminuer à chaque instant…

Quelques années avant The Reef, Traucki témoignait déjà d’un talent certain pour mettre en scène nos ennemis les bêtes : vrai croco, inserts rusés, jeux sur la perspective et montage habile réunissant dans les mêmes plans le monstre la gueule ouverte, béante, toutes dents acérées dehors, à quelques centimètres du visage de ses victimes. Et comme si cela ne suffisait pas, la photo était déjà très soignée. Imparfait scénaristiquement mais bigrement stressant.

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Solitaire de Greg McLean

Le tourisme sauvage c’est cool, mais cela comporte, nous venons de le constater aux dépens de nos héros sacrément malchanceux, des risques mortels… Alors pourquoi ne pas emprunter des chemins plus balisés. Embarquons donc à bord d’un bateau de tourisme : circuit habituel qui ne met pas en danger les clients friands d’aventures pépères… Et pourtant, un incident est si vite arrivé… et un monstrueux crocodile mangeur d’homme également. Se réfugier sur un îlot est une idée pertinente, mais, la marée monte…

Alors là, à mes yeux, et tu me diras ce que tu en penses cher lecteur, on tient l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, film de crocodile tueur. Mclean excelle comme personne, et nous le vîmes plus haut, dans l’exercice de perversion brutale de la somptueuse nature australienne ! La photo est toujours de toute beauté, les cadres, les plans sont superbement composés ; comme à l’accoutumée,  il prend le temps de poser les choses, sa situation, ses personnages, prépare la terreur avec maëstria ! Son prédateur, pourtant factice, est impressionnant, criant de vérité, massacre avec un certain raffinement les vacanciers qui vont devoir faire preuve de sang froid et d’ingéniosité pour rivaliser avec la bête ! C’est formellement ultra-maitrisé, le suspense est total et le style au cordeau, et le dernier acte envoie comme rarement, un final en apothéose, un duel humain/saurien  absolument jubilatoire !

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Spring Breakers de Harmony Korine

Quittons l’Australie et partons pour la Floride ; Candy, Faith, Brit et Cotty, sont amies depuis la maternelle. Lassées de leur vie monotone d’étudiantes à l’université, elles décident de partir pour la  Floride pour participer au Spring break annuel. N’ayant pas d’argent, trois d’entre elles braquent un fast-food pour récolter la somme suffisante à leur séjour. Peu après leur arrivée, leur joie est interrompue à la suite d’une arrestation par la police lors d’une fête où drogues et alcools sont consommés. Les quatre amies se retrouvent en garde à vue durant plusieurs heures ; par chance, un rappeur excentrique et petite frappe locale plus connu sous le nom d’Alien paie leur caution et les prend sous son aile. Les filles le suivent, et la descente aux enfers ne fait que commencer…

Harmony Korine, pote de longue date de Larry Clark dont il fut le scénariste, après un Gunmo singulier et bien dégénéré, s’attelle au teenage movie, en livre sa propre interprétation à la fois jubilatoire mais profondémment dépressive et anxiogène. Véritable cauhemar cotonneux et sans issue aux fulgurances visuelles souvent brillantes, Spring Breakers convoque tout un pan de la culture pop américaine et s’amuse, avec un sadisme qui fait mouche, à pervertir ses icônes : les héroïnes de Disney sont des dindes décérébrés qui passent leur temps à fumer des pétards en parlant de cul, à se défoncer la gueule à la coke en exposant leurs seins à qui le souhaite, et à se rouler des palots, la célébration de ces jeunes corps s’exhibant à outrance sur la plage file la nausée, Britney Spears accompagne une longue séquence d’ultra-violence à la fois bouleversante et tétanisante, … Korine ne fait pas un pur film de genre, mais un film d’auteur jouant habilement avec les codes du porno et du film noir, les dynamitant, orchestrant ainsi des séquences de genre proprement hallucinantes du point de vue de la mise en scène (le braquage entre autre chose). C’est provoc’ et ça le revendique fièrement mais tout cela est loin d’être vain, c’est même très pertinent et, visuellement, ça déchire !

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Piranha 3D de Alexandre Aja

Faire sombrer ces petits cons de spring breakers dans la criminalité froide et l’auto-destruction why not, Alexandre Aja propose une toute autre solution : lâchez dans la joie et la bonne humeur un banc de piranhas préhistoriques bien vénères sur toute cette chair tendre et siliconée et le tour est joué ! Ajoutez à cela quelques caméos jouissifs, Christopher Lloyd et Richard Dreyfuss et vous obtenez un des films de monstres les plus déjantés de ces dernières années, furieusement gore, d’une générosité sans borne et parfaitement maîtrisé !

Ca charcle dans tous les sens sous le soleil d’Arizona et autant dire qu’on prend son pied devant ce jeu de massacre survitaminé ! Nous tenons peut-être là une certaine idée du bonheur cinématographique spécial vacances.

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La colline a des yeux de Alexandre Aja

Abonné au remake depuis qu’il a débarqué à Hollywood, Alexandre Aja, avant celui de l’oeuvre éponyme de Joe Dante présentée juste au-dessus, avait repris et de très loin surpassé le métrage autrefois célébré, mais avant tout ersatz malhonnête et mal branlé du chef-d’oeuvre de Tobe Hooper Massacre à la tronçonneuse, j’ai nommé le très mal conservé La Colline a des yeux du très surestimé Wes Craven. Autant dire qu’Aja achève d’enterrer six pieds sous terre l’original avec un talent absolument dingue !

Le survival, voyant une famille américaine traquée par une bande de mutants dégénérés en plein cœur du désert californien alors que ceux-ci partaient en vacances pour fêter l’anniversaire de mariage des parents, est remarquablement mené, tendu, insoutenable et au final carrément jubilatoire ! La séquence de la caravane est aussi atroce qu’elle s’élève haut dans le panthéon des instants mythiques, donc forcément traumatisants, du cinéma d’horreur ! Dans le genre vacances sacrément merdiques on fait difficilement pire… ou mieux, tout dépent du point de vue !

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Le Dernier roi d’Ecosse de Kevin Macdonald

Vous avez obtenu vos examens en dernière année de médecine avec brio ? Tout d’abord, toutes mes félicitations, vous pouvez maintenant enfin exercer ! Mais pourquoi, avant de vous lancer, ne pas vous rendre quelques temps dans un pays exotique… Nicholas Garrigan un jeune médecin écossais fraîchement diplômé, en quête d’aventures, débarque en Ouganda. Peu après son arrivée, alors qu’il travaille dans un hôpital de brousse, il fait la connaissance d’Idi Amin Dada qui vient de s’emparer du pouvoir à la suite d’un coup d’Etat réussi : il lui propose de devenir son médecin personnel. Séduit par le charisme et l’enthousiasme d’Amin quant au destin du pays, Nicholas devient rapidement le confident du dictateur et se retrouve bientôt brutalement confronté à la réalité : sa folie meurtrière.

Chronique historique romancée, thriller politique implacable et passionnant, film d’aventure aux multiples rebondissements, Le Dernier Roi d’Ecosse est une œuvre à la richesse visuelle et thématique stupéfiante. Kevin Macdonald se sert du genre/des genres pour se hisser au-delà, créer un métrage somme, à la fois atroce et nécessaire en cela qu’il témoigne du régime sauvage d’Amin Dada avec une justesse remarquable, et jouissif  et divertissant dans sa volonté d’immerger le spectacteur dans une réalité relativement lointaine géograhiquement parlant, mais dont il convient de saisir la portée horrible et innacceptable. Cette entrée occidentale pourrions-nous dire au cœur de problématiques qui, malheureusement nous sont étrangères, est possible grâce au personnage fictif de Nicholas Garrigan, jeune et candide future médecin, brillamment interprété par James Mcavoy, qui va subir une très douloureuse quête initiatique (les dernières séquences renvoient ouvertement au cinéma d’horreur et à ses débordements de violence graphique, sauf qu’ici, il n’y a rien de plus réel). Notre héros totalement identificateur va violemment être jeté dans un monde qui lui était jusqu’alors totalement étranger et le dépasse… Tout comme lui, Amin (Forest Whitaker habité) nous fascinera, attirera notre sympathie peut-être, puis Dada, monstre de paranoïa, nous glacera le sang !

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Touristes de Ben Wheatley

Le soleil ne semble pas nous sourire… La chaleur a l’air de monter autant à la tête des hommes que des animaux… L’Angleterre c’est sympa, la fraîcheur, la grisaille, la pluie… et les touristes, toujours les touristes… Tina a mène une vie paisible, bien rangée, protégée par une mère possessive, un peu trop envahissante. Elle tombe très amoureuse de Chris. Pour leurs premières vacances en amoureux, il décide de lui faire découvrir l’Angleterre à bord de sa caravane. Mais, très vite, cette excursion de rêve va partir en vrille : touristes négligents, ados bruyants, campings réservés vont rapidement briser le rêve romantique de Chris… Gare à ceux qui se trouveront sur son chemin !

En quatre films, Ben Wheatley a su s’imposer comme l’un des réalisateurs anglais les plus doués de ses dix dernières années. Après un polar social intrigant, Down Terrace, un thriller à la lisière du fantastique magistral, Kill List, et précédant le tuerie historico-hallucinatoire A Field In England, il fomente à l’aide de deux complices, Alice Lowe et Steve Oram, une comédie noire, violente et méchante typiquement british. Les deux comédiens avaient déjà interprété ce couple de tueurs en série sur scène et prennent également le poste de scénaristes sur ce beau projet. Cette équipée sanglante et hilarante au cœur de la campagne anglaise shootée avec un naturalisme troublant puis dérangeant, apparaît comme une relecture dégénérée de Bonnie and Clyde où les vannes pince sans rire fusent et font rire jaune… mais alors très jaune !

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.