Critique de Under the Skin

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Under the Skin

De Jonathan Glazer

Avec Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams, Lynsey Taylor Mackay et Adam Pearson

Royaume-Uni/États-Unis/Suisse – 2013 – 1h48

Rating: ★★★★★

Quand on vous dit qu’il ne faut pas monter dans la voiture des gens qu’on ne connaît pas… Encore plus si vous êtes un homme célibataire en rade sous la pluie et que vous êtes abordé en bagnole par Scarlett Johansson fringuée comme Marilyn Chambers dans Rage. Ça a l’air sympa comme ça, voire inespéré, mais ça se conclut généralement par une mort abominable, la quéquette en l’air.

Près de dix années après Birth, le génial clippeur Jonathan Glazer (Virtual Insanity, Karma Police) revient au long-métrage en adaptant le best-seller de Michael Faber. Se débarrassant de son décorum SF par sa séquence d’ouverture, magnifique moment cold-tech pour décrire la naissance de l’héroïne, Under the Skin préfère s’ancrer dans un cinéma purement fantastique, ramenant la figure de l’extraterrestre à sa simple dimension surnaturelle, ici créature merveilleuse à mi-chemin du vampire et du succube qui va lentement se mettre à nu, appuyé par les déshabillages leitmotiv qui précédent les mises à mort de ses proies (qui, elles-aussi, se déshabillent).

De son éveil à l’acceptation de son corps, de sa survie à sa découverte de l’empathie, le monstre campé par Scarlett reste au cœur de l’intrigue. Le film se rive sur sa perception de notre monde et le changement psychologique qui va en découler, d’abord impitoyable (la séquence de la plage) puis afin apitoyée par une victime difforme, interprétée sans aucun artifice par Adam Pearson qui amène une dimension extra-filmique puissante au thème du corps et de la chair.

Avec ses précieuses scènes fantastiques proprement hallucinantes venant ponctuer un récit à l’esthétique réaliste et brute, Under the Skin est une expérience sensitive exigeante. Minimaliste, elliptique et contemplative, l’intrigue se dessine souvent dans les zones d’ombres de l’histoire, demandant au spectateur de relier lui-même les points décisifs qui mèneront à la pleine compréhension du récit (à la manière d’Only God Forgives, autre film soufflant le chaud et le froid). Cela peut être frustrant, voire longuet, mais la mise en scène hypnotique de Glazer reste intransigeante et Scarlett Johansson, redevenue simple corps après avoir été réduite à une simple voix (Her), offre l’un de ses rôles les plus risqués. A des années-lumière des films d’invasions extraterrestres lambda, Under the Skin nous invite à dépasser les apparences de la manière la plus perturbante qu’il soit.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».