True Detective, ce petit miracle HBO…

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Deux anciens policiers, Rust Cohle (Matthew McConaughey) et Marty Hart (Woody Harrelson), sont interrogés sur une enquête non élucidée qu’ils avaient menée en Louisiane il y a plusieurs années sur le meurtre d’une jeune femme retrouvée nue, le corps recouverts de signes ésotériques et coiffée de bois de cerfs. Au-delà de l’énigme policière, c’est les âmes des deux hommes qui vont être mises à nu. Entre Rusty le torturé, obsédé par son douloureux passé et sa quête de justice, et Marty, le père de famille tranquille qui se laisse submerger par ses propres faiblesses, True Detective conte une histoire humaine complexe étalée sur dix-sept années, doublé d’un portrait particulièrement caverneux  des États-Unis.

Autant te l’avouer immédiatement cher lecteur, les séries télé et moi, ça fait deux ! Pas la patience de rester scotché des dizaines d’heures sur le même récit audiovisuel ni l’envie de m’enferrer sur un soap interminable qui oblige à une rapidité de visionnage palliative à tous ces spoilers du Net qui guettent les retardataires (je pense à The Walking Dead et surtout Game of Thrones, ce Dallas du XXIe siècle que certains vont mater à pas d’heure dans la nuit du lundi pour s’épargner les spoils du lendemain). Donc, les séries télé, même les géniales, j’en ai relativement rien à carrer et pour moi, cela restait la dernière planche de salut à tous les has-beens et autres anciennes gloires du cinéma (Kiefer Sutherland, Kevin Spacey, Sean Bean, Tim Roth, Simon Baker etc.)… Jusqu’à ce qu’arrive True Detective qui, premièrement, condense une histoire passionnante en huit épisodes à haute teneur cinématographique (ce putain de plan-séquence à la fin de l’épisode 4), et deuxièmement, vient consacrer le talent phénoménal de Matthew McConaughey  et sa renaissance cinématographique ahurissante de ces trois dernières années (Killer Joe, Mud, Le Loup de Wall Street pour ne pas tous les citer, sans oublier Interstellar), venant contredire ma frêle « théorie des has-beens » puisque l’acteur texan a obtenu l’Oscar du meilleur acteur pour Dallas Buyers Club durant la diffusion télé de True Detective sur la HBO.

Qu’y-a-t-il donc dans True Detective qui me fasse autant tomber la mâchoire par terre ? Rien d’original, en définitive, la série du romancier Nic Pizzolatto semblant presque compiler le meilleur du thriller contemporain, qu’il soit cinématographique ou littéraire. On retrouve ainsi la banalité légèrement décadrée de Twin Peaks, la déchronologie en puzzle de Usual Suspects, la moiteur glauque de Seven, la mélancolie acerbe de Prisoners, la description quasi-animalière de L’humanité mais aussi l’implacable précision d’un James Ellroy, l’horreur des grands espaces d’un Cormac McCarthy, le cynisme naïf d’un Chuck Palahniuk, voire même, dans ses éléments flirtant avec le fantastique, l’altération du réel d’un Philip K. Dick (avec une préférence pour le désespéré A Scanner Darkly) et cette effrayante ancestralité oubliée, presque lovecraftienne, dissimulée sous nos sociétés modernes.

Pourtant, au-delà de son enquête aussi labyrinthique qu’hypnotisante, True Detective m’a touché principalement par sa dimension métaphysique cohérente reliant l’histoire de ses protagonistes à quelque chose de plus grand et d’indicible, tout comme la théorie des cordes cherche à accorder la mécanique quantique avec la théorie de la relativité générale. A ce titre, l’histoire de Pizzolatto va jusqu’à s’appuyer sur la théorie des branes (qui considère notre Univers comme partie d’un Multivers, abritant lui-même des univers et des dimensions supplémentaires) pour donner une raison à la fatalité et la répétitivité de l’existence humaine (le désastre conjugal de Hart en est la parfaite illustration) dans une métaphysique qui apparaitrait bricolée si elle n’était admirablement soutenue par Matthew McConaughey qui livre une composition parmi les plus complexes de sa carrière. Passant du nihilisme vers l’agnosticisme le temps d’une démonstration savamment agencée, True Detective est un long thriller qui présente un angle inédit pour apprécier la valeur de notre propre existence (et des valeurs qui nous élèvent) dans cette grosse explosion chaotique que constitue l’Univers. Mais, il ne s’agit là qu’une des nombreuses facettes de cette série TV extraordinairement riche dont je t’invite cher lecteur celluloïdzien (si ce n’est déjà fait) à te ruer sans hésitation pour en apprécier toutes les composantes.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».