Critique de Tesis

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Tesis

d’Alejandro Amenabar

Avec Ana Torrent, Eduardo Noriega, Fele Martinez, Xabier Elorriaga

Espagne – 1996 – 2h05

Rating: ★★★★☆

Angela, étudiante préparant une thèse sur la violence à l’écran, retrouve son professeur mort après que celui-ci ait visionné une VHS, qui s’avère être un snuff movie. Aidée de Chema, un étudiant fasciné par les images violentes, elle va chercher à découvrir le coupable de ce meurtre filmé.

Alejandro Amenabar fait partie de cette génération de réalisateurs espagnols ayant réellement bousculé le cinéma de leur pays, donnant au Fantastique ibérique ses lettres de noblesses, du milieu des années 90 à nos jours. Datant de la même année que Le Jour de la Bête, second long métrage d’Alex de la Iglesia devenu depuis le grand pape du genre en son pays, Tesis est avant tout, comme le rappelle son réalisateur dans la vidéo de présentation de l’édition de Carlotta, un film d’étudiants. Pourtant, même 15 ans après, cela ne transparait à aucun moment dans le film, tant le scenario et la mise en scène sont déjà fort maîtrisés, bien loin de l’amateurisme que l’on retrouve régulièrement dans les premiers métrages, s’appuyant de surcroît sur un trio d’acteurs de choix, Ana Torrent, qui a joué enfant dans L’Esprit de la Ruche (en terme d’influence, l’équivalent d’un Wicker Man espagnol) et dans Cria Cuervos de Carlos Saura, Fele Martínez, qui obtiendra le Goya du meilleur espoir masculin pour le rôle de Chema, et Eduardo Noriega (le Brad Pitt ibérique), révélé par le film.

Fort inspiré du Giallo italien, Amenabar s’amuse à en reprendre certains codes, de mise en scène, de costumes, sans pour autant tomber dans les travers habituels du genre, se limitant bien souvent à plagier les travaux du grand Mario ou du grand Dario. Car le désir premier d’Amenabar est de produire un film avec une vraie identité espagnole, le discours même du film portant autant sur le renouveau du cinéma Fantastique espagnol que sur la violence à l’écran et notre accoutumance. Dans la scène du cour, Jorge Castro, le professeur prône  que le cinéma doit “montrer ce que le public veut voir”, se devant de rester avant tout un spectacle. Discours prophétique ou largement ententu par ses confrères contemporains mais la seconde moitié des années 90 et la première des années 2000 (et même plus) furent le théâtre d’une véritable déferlantes de bobines horrifico-fantastiques, faisant de l’Espagne, une des terres promises de l’Horreur durant près de 10 ans. Dans la foulée, Jaume Balaguero, Paco Plaza, Guillermo Del Toro, Nacho Cerda, Alex de la Iglesia, tous livrèrent des films d’une grande qualité, reposant bien souvent sur un scenario solide et un réel souci de soigner la mise en scène, formant ainsi un courant, une école, un genre en soi.

Concernant la violence des images et notre accoutumance, Amenabar et Mateo Gil, son acolyte scénariste, mettent ainsi en perspective une hypothèse glaçante: la violence est le premier spectacle à l’état naturel, le premier auquel l’Homme a assisté, celui qui le fascinera toujours, qui le poussera à regarder un accident, à utiliser le critère d’affichage “user submitted” sur Imgur, à parcourir la section “Faits Divers” du Parisien. Bref, ce sentiment de curiosité morbide qui nous plongent plus ou moins dans un débat intérieur selon notre degrés de vices et de vertus, qui conduira cinq années plus tard à l’arrivée de la Real TV, summum du voyeurisme de masses, qui depuis est allée crescendo dans le trash, donnant à Tesis des airs prémonitoires.

Fort d’un scénario riche en scènes marquantes et ingénieuses, Tesis augurait en son temps non seulement du talent d’Amenabar (qui sortit deux ans plus tard Ouvre le yeux) mais également d’un véritable mouvement dans le Fantastique espagnol, qui ne finit de diffuser son influence depuis. Cette réédition remasterisée de Carlotta remet superbement en lumière le premier film d’un des réalisateurs les plus marquants du cinéma espagnol de ces quinze dernières années.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.