7 films qui ont coulé leur studio

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En anglais, on appelle ça un box office bomb, un film faisant un tel flop qu’il conduit parfois le studio qui l’a produit au bord de la faillite, voire dans la banqueroute totale. Pourtant au delà de l’échec commercial, ces films n’en sont pas pour autant des bouses. Ils sont simplement le fruit de la démesure d’un homme ambitieux, un projet trop fou, trop en avance ou trop en marge de son époque ou le dernier pari d’une entreprise déjà au bord du gouffre. Voici donc sept films qui auront coûté un studio.

 

La Porte du Paradis de Michael Cimino (1980) – Studio: United Artists


Novembre 1978. Voyage au bout de l’enfer n’est pas encore sorti qu’il bénéficie déjà d’un buzz fou faisant de Cimino, LE mec capable de faire du blockbuster d’auteur à la Coppola, le genre de film raflant Oscars et millions au box office. La United Artists, studio historique d’Hollywood, devenu conglomérat au début des années 60 avec la Transamerica, vient à peine de subir la démission des principaux cadres senior ayant maintenu à flot le navire depuis 1951. Amputée d’une bonne partie de sa tête dirigeante, la firme est alors en pleine confusion et un gros succès critique et commercial dans la lignée du Parrain 1 & 2 ne serait pas de refus. Le contrat est donc signé pour 7.5 millions, qui deviendront 44 millions au final, à force de reshoots et de dépassements de budget pour un montage de 2h29 (une version director’s cut de 3h36 a emergé en 2012). Initialement prévu pour sortir à Noel 1979, La Porte du Paradis sort sur les écrans américains en novembre 1980, ne récoltant un peu moins de 3.5 millions de dollars. Fin mai 81, la United Artists est revendue à Kirk Kerkorian, proprio de la MGM, et Cimino, blacklisté des financiers jusqu’en 1985  avec L’Année du Dragon.

 
 

Le Conquérant de Dick Powell (1956) – Studio: RKO Pictures


Autre studio emblématique de l’Age d’Or hollywoodien, la RKO n’a pu atteindre les glorieuses 60’s. Conduite à un succès certain jusqu’au milieu des années 30 par  David O. Selznick, à qui elle doit certains hits comme Les Chasses du Comte Zaroff ou encore King Kong, la firme enchaîne les choix audacieux, soutenant par exemple Citizen Kane de Welles et prend le parti durant les années 40 de se spécialiser dans les séries B classieuses, Jacques Tourneur et autres Tarzan (version Weissmuller) en tête. En 1948, elle est rachetée par le richissime et décadent Howard Hugues (qui a inspiré l’Aviator de Scorsese), homme d’affaires / aviateur/ réalisateur / producteur de cinéma, dont la démesure et les caprices rendent difficile la gestion de la firme, se trouvant ainsi affaiblie. Sa chute sera précipitée dès 1956 avec la production du Conquérant, fresque de près de 2h mettant en scène John The Duke Wayne en Gengis Khan ayant coûté 6 millions mais n’en ayant rapporté que 4,5 millions sur le territoire américain. Au delà du ridicule d’affubler John Wayne du costume de chef de guerre mongol (considéré encore à ce jour comme l’un des plus grosses erreurs de casting de l’Histoire), la vraie controverse du film reste les conditions de son tournage, qui a eu lieu à proximité de Yucca Flat, zone d’essais nucléaires de l’Armée, dont certains ne remontaient qu’à 1953. Résultat désastreux, sur les 220 personnes qui constituaient l’équipe, 91 développèrent une forme de cancer avant 1981 et parmi eux, 46 y succombèrent dont John Wayne. Parfois la démesure peut coûter bien plus qu’un bilan financier.

 
 

La Chute de l’empire romain d’Anthony Mann (1964) – Studio: Samuel Bronston Productions


A l’été 1963 sort l’un des films les plus chers de l’Histoire, Cléopâtre de Mankiewicz rapportant sur le sol américain 58 millions pour un budget de 44 millions. La fresque épique est de nouveau tendance, et à la manière d’un Cecil B Demille, on construit de vastes et onéreux décors, même quand on n’a pas la prestance d’une major. C’est le pari fou relevé par Samuel Bronston, patron et fondateur de Samuel Bronston Productions, petite boite spécialisée dans la fresque historique en costumes créé en 1943 ayant constitué en 20 ans un petit catalogue de cinq films, dont deux signé Nicolas Ray et un d’Anthony Mann. Ce dernier est d’ailleurs appelé pour réaliser ce nouveau projet de grande ampleur, La Chute de l’empire romain, epic movie porté par un impressionnant casting composé de Sophia Loren, de Stephen Boyd, d’Alec Guinness, de James Mason ou encore Omar Sharif. Levant un fond bien supérieur à ses autres productions (hormis le Nicolas Ray de 1963, 55 Days of Peking qui a coûté 17 millions), Samuel Bronston met 20 millions de dollars et Anthony Mann sur le dossier et le film sort en mars 1964.  Mais le public est déjà passé à autre chose, James Bond, Mary Poppins, My Fair Lady se partagent la tête du box office. Le film génère 1,7 millions de recettes, à peine plus que Le Plus Grand Cirque du monde d’Henry Hattaway, l’autre prod de Bronston sortie en juin la même année, ayant tout de même coûté moitié moins. Devant deux échecs successifs, la compagnie ne s’en relève pas et ferme ses portes avant la fin de l’année.

 
 

Une femme disparaît d’Anthony Page (1979) –  Studio: Hammer Film Productions


Créé en 1935, Hammer Films Productions, affectueusement nommée La Hammer, a régné sur le Fantastique du milieu des années 50 à la fin de la décennie suivante, se spécialisant dans la costume horror gothique, avec pelletées de stars maison, qu’elles soient acteurs ou réalisateurs, et franchises au succès assurées (Dracula, Frankenstein, La Momie). Mais les 60’s passées, le marché change peu à peu et le public, habitué à davantage de gore avec l’avènement du Nouvel Hollywood, veut plus de sang. La Hammer peine à renouveler ses productions, s’entêtant à ne faire que des variations de ses vieilles recettes, y ajoutant plus ou moins de l’érotisme, pour rester un poil connecté avec son temps. A la fin de la décennie, les fonds se font maigres mais dans un dernier élan, la firme produit un remake d’Une Femme disparaît d’Hitchcock, avec Elliot Gould, Angela Lansbury et Cybill Shepherd (la copine de Willis dans Clair de Lune). Se voulant plus “british & 70’s”, inspiré par le succès d’adaptations d’Agatha Christie,  le ton est délibérément comique. Mauvaise pioche pour un studio dont ce n’est pas le genre phare, le film fait un bide et laisse le studio au bord de la faillite.

 
 

Twice Upon a Time de John Korty et Charles Swenson (1983) – Studio: The Ladd Company


Cas très particulier que ce Twice Upon a Time, premier film d’animation produit par George Lucas via Industrial Light & Magic et distribué par The Ladd Company. Le projet en soi est complètement fou, utilisant le procédé du cut-out, technique d’animation en papier découpé, usuellement plus utilisé par les Européens et les Russes que par le pays de Walt Disney. Encore considéré comme l’un des fleurons du stop motion, le film est réalisé par John Korty (qui a mis des pépettes dans l’affaire via sa boite Kortis films) qui fera dans la foulée une pelletée de téléfilms dont le succès L’Aventure des Ewoks, et par Charles Swenson, auteur du film d’animation pour adultes Down and Dirty Duck, datant de 1974. Des acteurs d’improvisation sont engagés, cela donnant lieu à différentes versions alternatives du film, dont plusieurs seront montrées par la suite à la télévision, parfois sans l’accord de Korty, ce qui l’amènera plus d’une fois à se brouiller avec son buddy Bill Couturié, scénariste et producteur sur le film. Déjà engagée dans la production de L’Etoffe des héros, la Ladd Company choisit de ne sortir Twice Upon a Time que dans un circuit limité. Le film sort le 5 août et fait un échec au box office, victime de sa particularité et du choix de sa distribution. Au final, seul The Ladd Company en paiera les conséquences, le semi-échec de l’Etoffe des Héros enterrant définitivement la société qui mettra dix ans à se relever.

 
 

L’Île aux pirates de Renny Harlin  (1995) – Studio: Carolco Pictures


Fondée en 1982 avec l’ambition de rivaliser avec les majors, Carolco Pictures démarre fort en mettant des parts dans l’aventure Rambo (First Blood), dont la firme produira aussi les deux suites, Rambo 2 et 3. Les années 80 sont un âge d’or pour l’actionner et le Fantastique et Carolco le sent bien. Les projets s’enchaînent alors, Angel Heart d’Alan Parker, Prince des Ténèbres de Carpenter, Shocker de Wes Craven, un beau catalogue de films cultes atteignant son summum à l’orée des 90’s, avec la production de Total Recall de Verhoeven et le rachat des droits de Teminator, le studio ne tardant pas à mettre Cameron sur le dossier et à lancer ce projet d’envergure, tous deux portés par Schwarzy la nouvelle star maison, comme Stallone, engagé par contrat avec la firme pour 10 films depuis Rambo. Terminator 2 devient alors le plus gros succès du studio à sa sortie, qui a déjà constitué son écurie de champions, Verhoeven, McTiernan, Emmerich et Harlin en tête.  Les années suivantes, Basic Instinct,  Last Action Hero,  Cliffhanger ou encore Stargate viennent enrichir le catalogue. Mais derrière ces titres cultes se cachent un amoncellement de dettes, la rentabilité sur le coup n’étant pas toujours au rendez-vous. Deux projets sont alors mis sur la table, Showgirls de Verhoeven et L’ile aux pirates chapeauté par Renny Harlin, qui en profite pour mettre en star sa nana, Geena Davis. Michael Douglas, initialement engagé, préfère passer son tour et laisse sa place au moins vendeur Matthew Modine. Harlin ayant rapporté un max avec Cliffhanger deux ans auparavant jouit alors d’une bonne réputation, malgré quelques couacs au box office. La production du film est donc lancée, 65 millions de dollars débloqués, qui se changeront en 90 ou 105 millions selon les versions, avoisinant au final le budget de Terminator 2, soit deux fois plus que Showgirls. Prévu pour juillet, puis avancé au printemps pour être repoussé à Noël 1995, le film fait un énorme bide au box office, générant à peine 10 millions de dollars et entrant ainsi au Guinness Book des Records comme étant le plus gros flop de tous les temps. Carolco coule à pic et ses fondateurs Mario Kassar et Andrew Vajna sauvent les meubles en vendant leur catalogue, notamment à StudioCanal.

 
 

Final Fantasy : Les Créatures de l’esprit (2001) – Studio: Square Pictures


Square Co., la boite ayant développé les jeux Final Fantasy (le succès du premier volet l’avait même sauvé de la faillite en 1987), décide de décliner le concept du jeu en film, via sa filiale Square Pictures, créé pour l’occasion en 1997. La compagnie ayant fait sa réputation sur le soin et la modernité de ses séquences animées en CGI, l’ambition du projet se devait d’être à la hauteur. Square se lance donc dans le pari fou (surtout pour l’époque) de faire un long-métrage entièrement en CGI, allonge  70 millions de budget au départ, choisit de tourner entièrement en anglais pour faciliter l’exportation et engage au doublage un casting d’acteurs connus et abordables (Alec Baldwin, Donald Sutherland, James Woods, Ving Rhames, Steve Buscemi). Mais les difficultés s’accumulent, les coûts de production explosent, la production prend du retard (4 ans en tout), malgré plus de 200 personnes mobilisées pour l’animation. Le budget s’allonge pour atteindre les 137 millions de dollars. Le final s’avère extrêmement abouti, particulièrement sur le réalisme des personnages humains et constitue un vrai progrès dans les techniques d’animation. Le film sort le 13 juillet en Amérique du Nord, ne générant que 32 millions de dollars et sa sortie mondiale durant l’été permettra d’atteindre un total de recettes de 85 millions au final et ce, malgré des critiques positives. Devant cet échec commercial, Square Co annonce à l’automne la fermeture de Square Pictures, dont Final Fantasy : Les Créatures de l’esprit aura été l’unique production.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.