Critique de The Canyons

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The Canyons

De Paul Schrader

Avec Lindsay Lohan, James Deen, Nolan Gerard Funk, Amanda Brooks  et Gus Van Sant

Etats-Unis – 2013 – 1h39

Rating: ★★★★☆

Fils à papa richissime et sex addict psychotique, Christian soupçonne sa compagne Tara de le tromper. Lorsqu’il découvre que son rival n’est autre que Ryan, un acteur raté qu’il vient d’engager sur un petit film d’horreur, le golden boy se lance dans un jeu complexe de manipulations.

En voilà un projet qui suscite la curiosité rien que par la liste de ses intervenants. D’abord, Paul Schrader, auteur emblématique du cinéma américain moderne (Taxi Driver, Obsession,  Raging Bull, American Gigolo) dont la prestigieuse carrière scénaristique fait toujours de l’ombre à son œuvre de cinéaste tout aussi passionnante (une vingtaine de long-métrages parmi lesquels on trouve Hardcore, Affliction, Auto Focus…) Ensuite Bret Easton Ellis, l’un des écrivains américains contemporains les plus influents de sa génération (Less Than Zero, American Psycho, Les Lois de l’attraction) qui signe ici le scénario original. Puis son casting de freaks, avec en tête l’acteur porno James Deen (une sorte de James Franco avec les yeux de Ryan Gosling et la bite de Rocco Siffredi), tenant tout autant le film que l’ingérable Lindsay Lohan qui s’offre ici un vrai rôle. Puis Gus Van Sant dans un rôle de psy…

Tourné pour 400 000 dollars, dont une bonne partie en crowfunding (système de mécénat virtuel qui permet à un projet de récolter des fonds directement auprès de ses fans potentiels), The Canyons est un reflet désabusé de l’industrie du cinéma, avec en ouverture et en fermeture des plans fixes de salles de cinéma laissées à l’abandon. D’ailleurs, dématérialisé comme tout le reste à l’ère d’Internet, peut-on encore parler de cinéma lorsque celui-ci perd ses producteurs et ses exploitants ?

A l’image de Christian, tout autant obsédé par la baise que par le besoin de se voir en train de baiser (il fait ses propres films porno avec son téléphone portable),  une thématique d’ailleurs commune à Ellis et Schrader, The Canyons traite de l’obsession toute masculine du contrôle absolu. Comme un rejeton de Patrick Bateman, Christian plie son univers et celui de ses proches par l’impulsion de ses pouvoirs financier, d’intimidation ou de séduction, même si les deux derniers découlent directement du premier, comme l’explique le personnage de Lindsay Lohan qui a sacrifié son libre-arbitre et sa dignité en échange d’une vie de luxe. L’individualisme ayant définitivement gagné notre époque, on comprend donc mieux ces plans de salles de cinéma fantômes qui  témoignent d’une époque de communion collective qui n’a plus aucun sens à notre époque. Rejoignant d’autres œuvres récentes de vieux briscards hollywoodiens (Passion de Brian De Palma, Cartel de Ridley Scott) sur les errements d’une caste hédoniste surplombant une société en train de s’effondrer, The Canyons constate la mort définitive du cinéma, celle-là même qu’annonçait Godard il y a plus de quarante ans avec Le Mépris.

 

The Vug  

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».