Critique du Secret derrière la porte

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Secret Beyond the Door

de Fritz Lang

Avec Joan Bennett, Michael Redgrave, Anne Revere, Barbara O’Neil

Etats-Unis – 1948 – 1h40

Rating: ★★★★★

Huit ans après qu’Hitchcock ait porté à l’écran le roman de Daphne du Maurier, Rebecca, un autre génie européen expatrié, Fritz Lang tourna Le Secret derrière la porte, lui aussi adapté d’un roman contemporain, Museum Piece No. 13 de Rufus King, auteur spécialisé dans le whodunit. Partant de pitch assez similaires (une femme rencontre un homme dont elle tombe éperdument amoureuse qu’elle épouse en hâte sans vraiment le connaître et le trouve étrange une fois le mariage prononcé), elles restent les œuvres de maîtres bien différents dans leur approche de leur sujet et de leur époque (à huit ans près), tout en définissant tous deux une certaine grammaire du thriller classique et du whodunit.

La comparaison des deux reste intéressante, les deux films mettant en scène une femme, une héroïne plongée dans le système marital, synecdoque d’une société, reflet de ses mœurs et de leur évolution. Celia, l’héroïne de Lang, n’est pas une jeune oie blanche encore couvée par sa mère. C’est une jeune héritière, orpheline mais indépendante, libre, n’ayant nul besoin d’un mariage pour la sortir de sa condition. Pour traduire cette indépendance, Fritz Lang utilise des codes de narration du film noir, habituellement réservés aux hommes, mais surtout confère à son héroïne de sacrés « guts », lui permettant de ne craindre ni le divorce, ni le potentiel danger qui plane sur elle. Bien loin des cruches insensibles d’Hitch, le personnage de Celia, dès sa rencontre avec Mark, présente une excitation et une fascination pour la violence, lui conférant une force et un courage plus souvent prêté à l’époque à des hommes qu’à de belles femmes.

De même, douze ans avant Psycho du grand Hitch, Fritz Lang, déjà à l’origine de M le Maudit un des premiers films traitant de tueurs en série, aborde ici la question de la folie résultant d’un trauma de la psyché ou d’un complexe d’Oedipe mal digéré, de cette pulsion meurtrière que subissent les tueurs en série. Là où M questionnait de l’Humanité, Le Secret derrière la porte entrevoit  la solution au mal, l’unique possibilité d’éviter la catastrophe, la psychanalyse, le traitement du mal à la racine, l’inconscient humain, source de mystères, corridor rempli de portes renfermant souvenirs et secrets.

Lang fait partie des bâtisseurs de ce que l’on considère maintenant comme le classicisme à l’américaine, avec son utilisation du clair obscur, du hors champ, la construction de sa narration. Rien de très étonnant de la part d’un des pionniers du cinéma muet, un des premiers à avoir donner à ce jeune septième Art ses lettres de noblesse. Pourtant, dans le choix de ses sujets et dans leur traitement, dans les questionnements qu’il soulève à travers eux, le cinéaste a toujours su faire preuve d’une incroyable modernité, le plaçant bien une décennie en avance sur son temps et la plupart de ses contemporains.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.