Critique de Inside Llewyn Davis

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Inside Llewyn Davis

De Joel et Ethan Coen

Avec  Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake, John Goodman, Garrett Hedlund et F. Murray Abraham

Etats-Unis – 2013 – 1h45

Rating: ★★★★★

Bon, Inside Llewyn Davis est un des meilleurs films de l’année dernière. Un de mes préférés en tout cas. J’avais pas posté ma critique à temps, alors qu’elle était prête sous forme de brouillon griffonné dans mon téléphone à la sortie du ciné. A l’occasion de la sortie du Blu-Ray,  je vous offre ce brouillon. Cette tornade de mots qui m’ont traversé l’esprit. Mais avant tout, regardez mon super poster de la mort, il sera dans mon salon bientôt:

Je sors à peine du film, et c’est devenu en 15 minutes, le temps qui me sépare du cinéma au bus dans lequel j’écris ça, un des films que je préfère des frères Coen.

Je ne sais pas trop par où commencer, mais allez, on va dire que déjà, j’aime l’Amérique vue par ces gars là, même dans des films que j’aime moins, genre The Man Who Wasn’t There et O’Brother, j’aime leur point de vue sur ce pays, ces époques, ses personnages tantôt débiles, tantôt brillants, mais qui sont toujours dans le moment présent diégétique: en gros, j’aime comme ils réussissent à ne prendre aucun personnage en témoin simple, mais réussissent à les montrer dans toute la grandeur de leur petitesse, aussi vivants qu’ils ne le seront jamais.

Ensuite, j’apprécie le fil conducteur de tous leurs films, qui est plus ou moins appuyé ici, c’est à dire ce chaos permanent nous menant du berceau à la tombe. En cela d’ailleurs, je pense que Inside Llewyn Davis est bien plus proche de A Serious Man que de O’Brother. En effet, le personnage qu’on suit a toutes les raisons de réussir, et n’est pas le dernier à saisir les opportunités qui lui sont données, mais le monde fait que… C’est de l’anti karma pur, et c’est agréable de voir ça dans le paysage cinématographique, ça donne une vision, un ton inédit, propre au cinéma des frères Coen. J’aime le personnage, et j’aime le traitement qui lui est donné, le rendant acteur de sa vie, mais passif dans celle du monde. Touchant de voir exister quelqu’un qui affirme et lutte justement pour faire plus que ça.

Ensuite, j’aime leur manière de diriger les acteurs. Oscar Isaac est juste parfait ici, et ça fait plaisir, putain! Le mec, je le suis depuis ses seconds rôles chez Scott, Refn ou Snyder, et le voir ici dans un rôle aussi fort, aussi nuancé, aussi beau est une vraie récompense pour l’avoir suivi depuis tout ce temps. Il joue, il habite le rôle, et quand il chante et fait de la musique (les performances ici sont en « live »), je retiens mon souffle. Aucun des autres acteurs ou actrices n’est en reste, Timberlake apparait peu ouais, mais il déchire! Carey Mulligan est super mimi et agaçante, elle joue très bien ce genre de nanas là, celles qui n’assument rien et choisissent la facilité à tout prix en mettant plus bas que terre des gens qui sont pourtant au même niveau qu’elle.

J’adore d’ailleurs le fait que le film n’est jamais dans la romance, mais constamment dans un romantisme personnel désespéré. En gros, on n’a pas d’histoire d’amour qui handicape le film, et la seule qui existe est celle d’un mec et de ce qu’il fait, ce qu’il sait faire, ce qu’il aime faire. Évidemment, tout ce qui lui arrive influe sur sa manière de jouer, de chanter, et c’est vraiment fort de le revoir jouer la même chanson du début à la fin, le film et ce qui est arrivé à son personnage pour en arriver là donne tout le poids et le gravitas à ses paroles et ses airs.

Le tout est mis en scène de manière tellement maitrisée et pourtant organique, on ne perd jamais le point de vue de Llewyn, on est avec lui, on le suit et on vit, on ressent tout comme lui. Évidemment, comme je le dis plus haut, le jeu d’acteur est pour beaucoup, mais il y a aussi les plans, la lumière et le découpage qui sont bien présents et savent quoi nous montrer pour provoquer l’émotion qu’il faut. D’ailleurs, il n y a rien à craindre au niveau de la photo, même si Deakins n’est pas là, l’autre mec Delbonnel assure comme un chef.

Bon, revenons en à mon premier gros paragraphe: la thématique.

Ici, on est en Amérique donc, dans un New York qu’on n’a plus l’habitude de voir et qui n’existe plus dans que dans l’inconscient collectif. Le « vrai » New York, celui qui n’a pas été nettoyé par Giulianni, celui qui propose bien plus qu’une scène underground, mais qui EST underground à tous les niveaux. Et c’est énorme de voir l’influence artistique se transmettre de bouche à oreille dans un milieu où chacun se suit et se connait. En cela, cette fin est juste sublime et touchante.

Le super poster acheté par Skreemer

Dans le sens où ce mec n’est pas Dylan, et n’a peut être jamais voulu l’être, qu’il a été lui, toujours.

Ensuite, ce qui me touche, c’est cet anonymat d’un mec pourtant assez sociable, qui est connu de tous mais que personne ne comprend vraiment finalement, ces contradictions de l’artiste solitaire.

J’aime comme le film me montre et me dit ce que je ressens parfois quand je ne me sens pas compris ou quand je suis un peu rêveur ou nostalgique, sans pour autant se lamenter une seconde.

Bon, après, la BO, le travail sur la musique Folk, le taf qu’il y a derrière est vraiment méga classe!

Voilà en quoi le film est fort, c’est un « grand petit film » qui est au delà de toute leçon morale ou misérabilisme à la con, au delà d’un point de vue bourgeois qui serait « allons voir un film sur un jeune type qui galère, sur un loser magnifique », je déteste cette expression, et me mec décrit ici n’est pas un loser, c’est juste un type talentueux qui n’a jamais eu ce dont ceux qui l’appellent loser rêvent juste pour la gloire et la thune. Et pas une seconde ça se vautre là dedans, le personnage, comme je le dis plus haut, est actif, il se donne vie à chaque chanson qu’il chante, un peu comme quand Hellboy se casse les cornes.

Un truc qui m’a un tout petit peu sorti du film, c’est John Goodman qui joue le même rôle que dans quasi tous les Coen, mais même ça, ça devrait s’estomper à la deuxième vision.

Aucun film des frères Coen ne m’a fait chialer, je me disais tout à l’heure. True Grit l’aurait fait si son épilogue n’était pas une copie adulte de Stand By Me, mais celui ci en était le plus proche.

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.