Critique de Her

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Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

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Her

De Spike Jonze

Avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams,  Rooney Mara,  Olivia Wilde

Etats-Unis – 2014 – 2h06

Rating: ★★★★★

Her c’est vachement bien, et c’est réalisé par Spike Jonze.

Je sais que beaucoup d’entres vous connaissent Spike Jonze pour ses films, qui vont du très sympa (Dans la Peau de John Malkovitch) au méga mortel (Max et les Maximonstres), mais je ne sais pas si vous êtes conscient de l’influence qu’il a eu sur l’inconscient collectif dans la pop culture de ces 20 dernières années. En effet, allant des Beastie Boys à Weezer en passant par The Pharcyde, Sonic Youth, Fatboy Slim ou encore Bjork, il a crée une empreinte visuelle pour ces groupes, une empreinte qui, à moins que vous ayez grandi dans une cave, nous reconnaissons et associons à ces chansons lorsqu’on les écoutera encore aujourd’hui.

Bon, jusque là, vous me direz que ce n’est pas aussi fou que ça qu’un réalisateur doué commence avec du clip, bien que je vous trouverais de bien mauvaise foi, mais là où ça devient vraiment intéressant, c’est lorsqu’on sait que Spike Jonze, un des premiers à faire des vidéos de skateboard un art, est aussi un des co-créateurs et producteurs de l’émission décadente par excellence du début de ce siècle: Jackass.

Pourquoi je vous dit tout ça?

Pour que vous compreniez mieux quand plus tard je vous dirai que je comprends Jonze et qu’il me comprend mieux que personne, parce que j’ai grandi avec lui, et qu’il a grandi avec moi aussi, un artiste de ma génération, certes, mais qui en plus de ça la comprend, l’influe, la monte et la démonte.

 

Passé cette intro longuette et un peu molle, mais nécessaire dans le développement de ma critique, passons ENFIN à mon avis sur Her.

Comme je l’ai dit au début, c’est vachement bien.

Le postulat de départ du film est le suivant: Un type qui se sent méga seul dans un futur réaliste tombe amoureux d’un OS, une intelligence artificielle, quoi.

J’avais eu des échos super positifs de ci, de là sur le film, mais je me demandais toujours comment Jonze allait faire pour ne pas se limiter et tomber dans tous les pièges tendus par ce pitch alléchant mais qui ouvre autant de porte qu’il n’en ferme.

Et bah putain, le mec a réussi à faire un film sensible sans tomber dans le pathos gratuit. Son film est sensible, embrasse son concept à fond et est réaliste dans l’écriture de ses personnages, que ce soit ce héros romantique, blessé et solitaire qui a comme métier d’écrire les lettres d’amour des autres, ou ses amis, qui l’acceptent tel qu’il est.

En effet, un truc qui me faisait peur pendant le film, c’est qu’on ait un jugement de la part de ses amis ou de son entourage, peur irrationnelle symétrique à celle que pouvait avoir quelqu’un qui présente sa copine en disant à ses potes « je l’ai rencontrée sur internet ». Mais au final, tout se passe bien, parce que internet ou pas, les copains aiment que vous soyez heureux.

Venons en maintenant à l’OS en question. La relation du héros avec elle est magnifique parce que simple et réaliste, l’évolution de l’OS est super bien écrite dans le sens où on a une évolution logique de la pensée et des ressentis, se calquant par rapport à la pensée du protagoniste, mais aussi en gardant son identité propre. Jonze réussit à créer un vrai couple qui existe, ils évoluent ensemble et évoluent aussi séparément. Chaque étape est intéressante et a déjà été vécue ou presque par chacun d’entre nous. Les réactions de chacun des personnages me donne parfois envie de les claquer, parfois de les serrer dans mes bras, souvent de tomber amoureux, mais je ne suis jamais insensible. D’ailleurs, le film comporte une des plus belles scènes de sexe au cinéma.

Évidemment, on a un autre élément qui me touche aussi, c’est le rapport à la technologie qui n’est pas forcément un rapport malsain. On pourrait croire que le personnage est accro à son oreillette (téléphone où l’OS se trouve), mais en fait, il est accro à elle, à la personne qu’il y a dedans. Ce n’est pas à la technologie qu’il est dépendant, mais à la relation, à l’humain qui s’est crée dans le creux de son oreille. Ca me rappelle notre rapport à la technologie où on passe des heures à parler aux gens qu’on aime sur nos téléphones, ce n’est pas à l’objet qu’on est dépendant, mais aux gens qu’il y a dedans. Bien sûr, Jonze parle aussi de la solitude qu’on peut éprouver en conséquence de cela, mais ne tombe pas dans la diabolisation de la technologie ou dans la damnation de l’humain à cause de celle ci. Au contraire, on a une technologie qui aide le personnage à évoluer dans son rapport à lui même et aux gens qu’il a aimé. Ainsi, l’OS agit comme une amoureuse, un compagnon, mais aussi une sorte de Jiminy Cricket.

Toujours pour rester dans la technologie, on a un élément intéressant qui moi m’a fait éclater de rire, c’est le jeu vidéo auquel joue Théodore, le protagoniste. En effet, ce jeu est lui même une sorte d’intelligence artificielle avec un bonhomme grossier qui t’insulte dès que tu n’avances pas à son rythme. D’ailleurs, la voix de ce perso est faite par Spike Jonze, dont on retrouve ici le côté décadent.

Enfin bref, j’aime ce film pour tout ça et pour tellement d’autres choses aussi: la réalisation qui n’est jamais grossière, la photo qui n’est jamais fade, les enjeux, les personnages secondaires, les acteurs et actrices, la musique d’Arcade Fire, la chanson de l’OS et de Théodore (nominée à l’Oscar cette année d’ailleurs), les décors, la moustache de Joaquin Phoenix.

Je trouve que c’est un des plus beaux films de Science Fiction et un des plus beaux films sur l’amour que j’ai pu voir ces dernières années, exploitant son concept à fond et suivant les pensées d’un des artistes qui ont le mieux compris notre époque, celui de Spike Jonze.

Cette dernière phrase, je l’ai écrite ainsi parce que l’écriture du film suit un procédé soufflé à Jonze par son pote Kauffman, c’est celui de l’écriture automatique qui suit le flux d’idées.

Cette technique a ses forces, mais malheureusement, crée aussi quelques (petites) longueurs dans un film qui fait 2h06 et qui initialement devait faire 2h30.

Bon, y a tellement d’autres choses que j’ai envie de vous dire, mais je ne veux pas spoiler le film. Je trouve par exemple qu’il est hyper intéressant de faire le parallèle entre Her et Des Fleurs pour Algernon, ou encore entre Her et Fight Club, mais là, je préfère en parler avec ceux qui ont vu le film au lieu de risquer de gâcher la vision de ceux qui s’apprêtent à le découvrir.

Ah, et j’ai oublié de le dire, mais j’ai eu plein de frissons et quelques larmes.

C’est un grand et beau film, à la hauteur de ses ambitions, et sans les toutes petites longueurs ça aurait pu être un putain de chef d’oeuvre.

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.