Critique de Robocop

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.5/5 (2 votes cast)

.

Robocop

De José Padilha

Avec Joel Kinnaman, Gary Oldman, Michael Keaton, Abbie Cornish, Jackie Earle Haley, Jay Baruchel et Samuel L. Jackson

Etats-Unis – 2014 – 1h58

Rating: ★★★★☆

2028. L’industriel Raymond Sellars inonde le monde de robots guerriers intervenant dans les pays du Moyen-Orient sous occupation américaine. Appuyé par un présentateur télé réactionnaire (Samuel L. Jackson), Sellars veut gagner le marché de la sécurité intérieure des Etats-Unis. Pour cela, il fait concevoir par son ingénieur Dennett Norton un nouveau type de policier, mi-humain, mi-machine…

En 1977, deux auteurs britanniques (John Wagner et Carlos Ezquerra) font entrer le comics dans l’ère punk avec Judge Dredd, super-flic d’un État futuriste fasciste, administrant à lui seul les trois pouvoirs de la justice (arrestation, jugement et châtiment). Derrière son masque impassible de la Justice, ne laissant entrevoir que sa bouche, Judge Dredd se balade sur sa grosse moto avec son gros flingue pour faire régner la loi, prêt à flinguer le premier qui traverse en dehors des passages cloutés. Plagiat à peine déguisé de Judge Dredd, le Robocop de Paul Verhoeven (1987) gardait cette insolence punk, faisant de son héros le dernier bastion de l’ordre et de la morale dans un monde corrompue jusqu’à la moelle, parabole des cyniques années 80 avec ses yuppies en costards-cravates, cokés jusqu’aux oreilles, guettant le moindre faux pas de leurs supérieurs hiérarchiques afin de prendre leurs places, quitte à marcher sur quelques tronches pour gagner les sommets. En résultait l’un des blockbusters les plus incroyablement violents de l’Histoire du cinéma.

Plus de 25 ans plus tard, à l’heure où tout se remake, qu’attendre d’une nouvelle version du film-culte de Paul Verhoeven ? Réalisateur de Troupe d’élite (2010), le Brésilien José Padilha a l’intelligence de faire de son Robocop un nouveau portrait de la situation économique de notre monde. La version des années 80 présentait une cité fermée sur elle-même, Detroit, symbole de l’essor économique américain par son industrie automobile, dont tous les enjeux du film était destinée à la Ville. En 2014, Detroit est désormais la première ville américaine en faillite, victime d’une crise économique qui n’en finit plus de réguler le marché du travail dans un monde où les frontières économiques ont été abolies. La hiérarchie verticale des cadres en costumes cède aujourd’hui la place à la coolitude des PDG multi-milliardaires sans cravate (Jobs, Zuckerberg, Branson et consorts) dont Michael Keaton devient la parfaite incarnation et qui trace les grandes lignes de leur projets, laissant le soin à leurs collaborateurs de trouver le moyen de concrétiser leur idée.

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce Robocop 2014, c’est la part que va prendre le superflic robotisé dans cette histoire avant tout économique. Considéré comme un simple produit destiné à gagner un marché, Robocop  est créé pour faire oublier une bavure filmée en direct à la télévision (un gamin des pays arabes mitraillé par une machine alors qu’il ne constituait pas une menace, scène faisant écho au yuppie dézingué en pleine réunion dans le Verhoeven) et rassurer l’opinion publique qui réclame une dimension humaine à ces flics-robots avant qu’on les lâche massivement dans les rues des Etats-Unis (il n’y a qu’une loi à voter pour que Sellars gagne le marché américain). Insistant davantage sur les magouilles politico-industrielles, ce Robocop prend une prudente distance avec son illustre modèle dont il va amplifier les questionnements SF (entre l’esprit de Murphy dominé par Robocop et l’inverse) tout en proposant des scènes de science-fiction très fortes (le guitariste réapprenant à jouer avec ses mains robotiques, Murphy réduit à l’état d’une tête relié à des poumons artificiels…) et quelques scènes d’action, plutôt rares sur deux heures de film, mais néanmoins au diapason (la fusillade en vision thermique, le combat contre les ED-209 semblant sortir d’un Mamoru Oshii). On aurait souhaité une conclusion plus cathartique (Robocop est tellement droit dans ses bottes qu’il est en passe de retourner le système entier) qui aurait pu rendre ce nouveau Robocop aussi jubilatoire et punk que l’original. Mais on ne boudera pas son plaisir pour autant devant ce nouvel ersatz car, en choisissant de prendre un chemin beaucoup plus sobre que Verhoeven, José Padilha signe pour le coup un pur film de SF avec un vrai questionnement sociétal qui est propre à notre époque mondialisée, finalement plus proche d’Elysium de Neill Blomkamp que du brûlot de Verhoeven, avec lequel toute comparaison qualitative est désormais hors-sujet. Pour une fois qu’un remake est intelligent…

 

The Vug

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».