Critique de Phantom of The Paradise

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Phantom of the Paradise

De Brian De Palma

Avec William Finley, Jessica Harper, Paul Williams, Gerrit Graham

États-Unis –  1974 – 1h32

Rating: ★★★★★

Huitième film d’un jeune cinéaste alors au début de son âge d’or, Phantom of The Paradise fait partie de ces films parvenant à transcender leur époque, ses possibilités techniques, l’aspect kitsch de ses costumes et/ou décors. Un film culte passant d’une génération à l’autre sans perdre de son magnétisme, de sa splendeur ou la vigueur et la justesse de ses propos, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, sa nature même d’adaptation moderne de deux grands titres de la Littérature Fantastique, Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux et Faust de Goethe, en fait un film hors norme. Mixant des éléments des deux mythes, De Palma transpose son récit dans la flamboyance des 70’s, au cœur de l’industrie du disque, alors en pleine explosion. En liant parfaitement entre eux divers éléments d’autres classiques de la littérature fantastique (Le Portrait de Dorian Gray de Wilde, Frankenstein de Shelley, ou la nouvelle La Barrique d’amontillado de Poe), De Palma dresse une trame universelle et intemporelle, pareille à celle d’un mythe où les personnages sont des archétypes et leur histoire, la démonstration d’un raisonnement sur des questions toujours actuelles: le statut de l’artiste face au producteur, l’appartenance d’une œuvre à son créateur face au mercantilisme de l’industrie.

Car c’est bien la thématique centrale de Phantom of the Paradise, posant la question à la fois la valeur d’une œuvre, affective, artistique et mercantile, de sa propriété, si elle revient à celui qui compose ou celui qui façonne (Swan s’approprie les partitions de Winslow pour en faire des tubes commerciaux), l’opposition ancestrale de l’artiste et du marchand. Ce qui était vrai en 1974 s’avère être toujours d’actualité, De Palma taclant au passage la starification excessive et la création d’icônes éphémères, la perte de liberté artistique face à l’appel du profit. Swan se voit comme maître de son “Xanadu”, à l’image du Kane de Welles, homme esseulé par un excès de pouvoir, centre d’un système façonné par lui même, pour sa gloire personnelle. Ce n’est pas tant après l’argent que court Swan, mais après la célébrité, car acquérir la renommée et la gloire, c’est acquérir l’immortalité.

Porté par une bande originale fabuleuse, composé par Paul “Swan” Williams, Phantom of the Paradise est un véritable bijou dans le genre des “films musicaux”, parvenant, contrairement à bon nombres de ses contemporains, à toucher un public transgénérationnel, tout en étant pourtant très ancré dans son époque par son aspect “glam”. En mêlant les codes de différents genres cinématographiques, le cinéaste donne à son film une épaisseur et une densité folle, passant de l’Horreur pure au burlesque, du thriller au fantastique, lui conférant un caractère inédit, une allure de jamais vu. Multipliant référence et clin d’œil à la culture pop, De Palma dresse aussi le portrait d’une époque pleine de contradiction, entre l’assise du classicisme et la recherche perpétuelle de l’avant garde, en plein boom, portée par les nombreuses révolutions sociales et sociétales amorcées depuis quelques années. Rejetant son statut de “disciple hitchcockien” ancré avec son précédent film Sisters, De Palma cherche à s’affranchir de l’ombre du maître pour personnifier, s’approprier son propre cinéma. Phantom of the Paradise préfigure ainsi l’idée même de film référentiel comme il en pleut à présent dans cet âge d’or de la culture geek que nous vivons.

Incroyablement glam, aussi envoutant qu’étrange, Phantom of the Paradise est un cas bien particulier dans la filmographie d’un cinéaste cultivant pourtant depuis ses débuts un attachement particulier pour certains motifs et certaines figures cinématographiques. Alors à peine à l’orée de son âge d’or, De Palma signe son film le plus singulier, mais aussi le plus universel.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.