Critique: Only Lovers Left Alive

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Only Lovers Left Alive

de Jim Jarmusch

Avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, John Hurt, Mia Wasikowska et Anton Yelchin

Etats-Unis/ Grande-Bretagne/Allemagne/France – 2013 – 2h03

Rating: ★★★★★

Adam vit à Detroit. Eve vit à Tanger. Tous deux sont des vampires s’aimant depuis toujours et pour l’éternité. Mais lorsque le spleen d’Adam se fait trop  inquiétant, Eve part le rejoindre.

Et si Adam et Eve étaient toujours en vie ? Et si le premier homme et la première femme avaient vécu la vie de l’Humanité entière ? Tel est l’incroyable postulat de départ de Jim Jarmusch, offrant à ses héros le statut bien particulier de témoins silencieux et invisibles de notre évolution, puis de notre dévolution. Rock star à fleur de peau, poète terré dans l’ombre d’un géant, ou discipline inassouvie de savoir, le couple de vampires et son ami Christopher “Kit” Marlowe (joué par John Hurt, le senior le plus actif d’Hollywood), côtoient depuis des millénaires les “zombies”, nous, pauvres mortels, capables des plus grandes choses comme des pires, mais ne vivent que pour l’Art et la Connaissance, seules consolations d’une immortalité les contraignant à la solitude et à subir les choix des “zombies”.



Car nous sommes maintenant, à l’heure des eaux polluées, de la Real-TV, des réfugiés climatiques, des guerres pour le pétrole, période fort sombre en comparaison du XVIIIe siècle de Lord Byron et de Mary Shelley, aux 50’s de la naissance du rock. Jarmusch fait de son Adam un musicien mélancolique et offre à Tom Hiddleston un rôle à la mesure de son charisme inexploité, contrebalancé par une Tilda Swinton toujours juste et envoûtante. Comme à son habitude, le réalisateur déstructure son récit, réfutant la narration classique pour en épouser une plus sensorielle, plus instinctive, se servant de la fascination que ses personnages exercent sur nous. Porté par l’omniprésence de la musique, noise pour le Detroit d’Adam et orientale pour le Tanger d’Eve, le film dépeint l’amour, ce fort équilibre qui peut s’instaurer entre deux opposés qui finissent par devenir complémentaire comme Eve la blanche lumineuse et Adam le sombre torturé, l’Amour, que Jarmusch compare à l’intrication quantique comme Platon le faisait avec les Âmes sœurs, l’unité de deux systèmes paraissant distincts.

Jouant sur l’immortalité du vampire et sur l’addiction au sang comme une drogue, le cinéaste use quelques codes du motif pour en faire des archétypes rock’n’roll réalisant le rêve ultime de littéralement vivre d’amour et de sang frais, sans pour autant chercher à faire un film de vampire à proprement parler. Point de scènes gore ou glauque, le vampire est utilisé ici pour son romantisme et la poésie de sa condition d’éternel, pièce centrale de la lente et hypnotisante élégie que met en scène avec brio un Jim Jarmusch, retrouvant une fulgurance qu’on ne lui prêtait plus, parvenant à faire prendre l’alchimie recherchée.

Formellement sublime, Only Lovers Left Alive est un objet filmique étonnant, ode à l’Éternité de l’Art et de l’Amour véritable, la « perdurance » des oeuvres et des sentiments à travers les siècles. Le rêve de tout poète.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.